Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 120 - Avril 2019

Go

Dossier

« Toutes les conditions sont réunies pour le décollage réel du tourisme en Algérie »

Abdelkader Benmessaoud, ministre du Tourisme et de l’Artisanat

Entretien réalisé par Farid HOUALI



El-Djazair.com : Dans un discours prononcé en 2013, Abdelaziz Bouteflika, alors président de la République affirmait que « les atouts naturels dont dispose l’Algérie ne suffisent pas pour la relance du tourisme qui reste tributaire de notre capacité à transformer ce potentiel en produits touristiques de qualité». En outre, il avait insisté sur « la plus grande attention et le plus grand intérêt à la ressource humaine, en lui garantissant une formation de qualité conforme aux standards internationaux ». Quelles sont les mesures prises dans ce sens ?

Abdelkader   BENMESSAOUD: Permettez-moi tout d’abord de vous remercier ainsi que le staff du magazine El-Djazair.com pour cet entretien, qui m’offre l’opportunité de m’adresser à vos lecteurs et de les éclairer sur les progrès considérables réalisés par l’Algérie en matière de développement touristique dans le cadre de la consolidation de la destination touristique « Algérie ».  Votre question me donne l’occasion de rappeler que l’Algérie, a réalisé d’immenses progrès dans le cadre du développement économique et social du pays. Ces progrès ont touché l’ensemble des secteurs de l’économie nationale, ce qui a valu à l’Algérie d’occuper les meilleurs classements au niveau international, en matière d’indices de développement humain ou dans le cadre de la réalisation des objectifs du développement durable (ODD), qui constituent le cadre de référence du développement national.

Les différents plans de croissance économique, initiés par Son Excellence, Monsieur le Président de la République, ont permis, notamment, la réalisation d’un important programme d’infrastructures qui concourent, tous, au développement du tourisme.

Il s’agit, notamment, des millions de logements et des nouvelles villes, des milliers de kilomètres d’autoroutes, du réseau dense de voies ferrées modernes et électrifiées, des dizaines de ports, plus d’une trentaine d’aéroports nationaux et internationaux, ajoutés aux avancées réalisées par notre pays en matière de réseau de fibre optique. Nous pouvons citer également les grandes réalisations de l’Algérie, en matière d’infrastructures liées aux ressources hydriques, qui ont permis d’atteindre et de dépasser les objectifs du développement durable en matière d’accès à l’eau potable et aux réseaux d’assainissement. Tous ces progrès et réalisations n’ont été rendus possibles que grâce à la paix et à la stabilité que connait l’Algérie, résultat de la politique de paix et de réconciliation nationale de Son Excellence le président de la République, ainsi que les efforts soutenus de Son Excellence, dans la stabilité et la paix régionales. Ce qui a valu à l’Algérie une consécration par les Nations unies, par l’adoption de la résolution portant inscription de la journée du 16 mai, comme journée internationale du vivre ensemble en paix.

Je tiens à rappeler, également, que dans le cadre de la politique clairvoyante de Son Excellence le président de la République, le secteur du tourisme est désormais classé comme secteur stratégique prioritaire dans le cadre de la diversification des ressources du pays, hors hydrocarbures. Il s’agit d’un secteur porteur de l’économie nationale, secteur créateur d’emplois et de richesses par excellence. Effectivement, l’Algérie recèle des potentialités touristiques exceptionnelles, avec un patrimoine naturel, culturel et historique très riche. Des sites naturels d’une beauté exceptionnelle, des oasis et un Sahara enchanteurs qui forcent l’admiration à travers leur splendeur et leur originalité, ce qui en fait une destination touristique par excellence.

Cependant, il faut admettre que la relance du tourisme reste conditionnée par notre capacité à transformer ces potentialités naturelles à l’état brut en offres et produits de qualité, répondant aux standards internationaux, à même de nous permettre de gagner le pari de la compétitivité, pour faire de l’Algérie une destination touristique qui puisse répondre à la demande intérieure et aux exigences du marché international.

C’est à partir de ce constat, que le schéma directeur de l’aménagement touristique à l’horizon 2030 a été élaboré et adopté par le gouvernement en 2008. Il constitue le cadre de référence de la politique touristique en Algérie, qui fixe ses propres outils d’exécution selon un calendrier à court, moyen et long termes.

La nouvelle stratégie touristique élaborée à travers ce schéma vise la réhabilitation de l’image de l’Algérie sur le marché international en tant que destination touristique par excellence et de répondre aussi à la demande interne en matière de tourisme domestique.

Quant au deuxième volet de votre question lié à l’intérêt accordé par l’Etat au développement de la ressource humaine, je vous confirme qu’au niveau du ministère du Tourisme et de l’Artisanat, nous considérons la formation et l’investissement dans la ressource humaine, comme la pierre angulaire de notre stratégie de développement, car la compétitivité de la destination en dépend dans une large mesure. Nous agissons aussi dans la perspective d’atteindre les objectifs fixés par le Plan qualité tourisme, notamment à travers le développement de la formation, qui fait l’objet d’actions permettant d’agir sur la qualité et sur l’offre de formation spécialisée.

 

El-Djazair.com : Quelle est la stratégie adoptée par votre département ministériel en application du Schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT 2030) qui sera actualisé, réévalué et adapté à l’étape actuelle ?

Abdelkader   BENMESSAOUD:  La prise de conscience nationale, dès le début des années 2000, de l’enjeu du développement touristique comme facteur incontournable du développement économique et social, a imposé la nécessité de se doter d’un cadre stratégique de référence permettant de construire une vision à long terme, traduite en objectifs par le Schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT), adopté en 2008 par le gouvernement. C’est un outil de référence pour un développement cohérent et durable du tourisme en Algérie.

C’est ainsi que le tourisme a pris son impulsion durant cette dernière décennie, dans le cadre d’une ambitieuse vision stratégique, susceptible de faire de la destination Algérie une référence labellisée, matérialisée par l’élaboration d’un outil référentiel pour orienter l’action de l’Etat. Le Schéma directeur d’aménagement touristique est l’instrument privilégié et le cadre stratégique de référence qui traduit la politique mise en place par l’Etat en matière de tourisme en Algérie, afin d’engager, d’orienter et d’encadrer une réelle mise en tourisme dans le pays, visant ainsi des objectifs concrets, à échéanciers et à financement identifiés pour un développement cohérent et durable du tourisme en Algérie, et ce, à travers les cinq dynamiques qui le structurent. Ce schéma s’articule autour de cinq objectifs, à savoir :

  • promouvoir une économie alternative et de substitution aux hydrocarbures ;
  • dynamiser sur les grands équilibres/effets entraînant sur les autres secteurs ;
  • combiner durablement promotion du tourisme et environnement ;
  • promouvoir le patrimoine naturel, historique, culturel et cultuel ;
  • valoriser l’image de l’Algérie

Les cinq dynamiques du SDAT constituent des axes stratégiques pour le développement touristique, à savoir :

  • La valorisation de la destination Algérie pour accroitre l’attractivité et la compétitivité.
  • Le développement des pôles et villages touristiques d’excellence par la rationalisation de l’investissement.
  • le développement d’un plan qualité tourisme pour le développement de la qualité de l’offre touristique nationale intégrant la formation et l’éducation à l’excellence et aux TIC en cohérence avec l’évolution du produit touristique dans le monde.
  •  la promotion de la transversalité et de la cohérence dans l’action par l’articulation de la chaine touristique et la mise en place d’un partenariat public-privé.
  • la définition et la mise en œuvre d’un plan de financement opérationnel pour soutenir les activités touristiques et les promoteurs-développeurs et attirer les grands investisseurs nationaux et internationaux.

La nature très sensible de l’activité touristique et sa réaction quasi immédiate à tout évènement ou phénomène, endogène ou exogène, direct ou indirect, nous incitent à opérer une évaluation périodique des avancées réalisées ou des retards enregistrés en vue de réajuster et de réadapter la démarche adoptée. Une évaluation d’étape qui demeure nécessaire et indispensable pour conforter et amplifier la dynamique existante, dans un contexte de forte concurrence marqué par des évolutions rapides, notamment au niveau des pays méditerranéens. C’est ainsi que nous venons d’organiser les 3es assises nationales du tourisme, dédiées à l’évaluation du SDAT qui se sont tenues à Alger les 21 et 22 janvier de l’année en cours et ont constitué le couronnement des assises régionales traduisant les instructions et orientations des hautes autorités du pays en direction de l’économie nationale et du développement durable, visant à faire de l’Algérie un pôle touristique méditerranéen.

Ces assises nationales du tourisme marquent la fin de la première période du SDAT relative à l’amorçage des projets prioritaires et constituent une halte pour évaluer la mise en œuvre du SDAT à moyen terme. Elles sont l’aboutissement maturé des travaux menés lors des rencontres régionales, qui les ont précédés.

Organisées sous le thème « Le tourisme durable, un avenir prometteur », ces assises ont connu une participation record et permis de ressortir avec une série de recommandations stratégiques pour la mise en œuvre du SDAT, à travers un large débat, auquel ont contribué tous les intervenants institutionnels, les acteurs privés, les universitaires, les experts et les professionnels, en vue, de promouvoir une économie alternative et de substitution aux hydrocarbures, de valoriser l’image de l’Algérie et de promouvoir le patrimoine naturel, historique, culturel et cultuel.  A la lumière de ces recommandations, nous allons proposer des réajustements aux dysfonctionnements constatés qui soient en adéquation avec la conjoncture économique et sociale du pays, au regard du contexte touristique régional méditerranéen, africain et mondial, pour la mise en tourisme de l’Algérie.

 

El-Djazair.com : Vous aviez tout récemment appelé l’ensemble des acteurs et des partenaires du secteur à déployer davantage d’efforts afin de promouvoir l’activité touristique pour qu’elle contribue au développement économique. En quoi consistent ces actions ?

Abdelkader   BENMESSAOUD:  Je vous remercie pour votre question qui est très pertinente et qui me donne l’occasion d’aborder le caractère multisectoriel de certains dossiers liés à la promotion de la destination touristique « Algérie ». Sachant que le secteur du tourisme est un secteur transversal, qui œuvre en synergie avec d’autres secteurs, à savoir le transport, les travaux publics, les affaires étrangères, l’intérieur et l’aménagement du territoire ainsi que l’agriculture, la culture, les TIC…, notre département a initié plusieurs conventions-cadres avec ces secteurs afin de promouvoir l’activité touristique au niveau national et local. Le but principal de ces conventions est de hisser un partenariat avec tous les autres secteurs afin d’œuvrer à un développement harmonieux de l’activité touristique. Il s’agit d’une parfaite coordination intersectorielle, qui s’inscrit dans le cadre de la volonté des pouvoirs publics, de faire du secteur du tourisme, un élément moteur de soutien à la croissance économique. Conscients des atouts particuliers dont dispose la destination touristique Algérie, nous avons mis en œuvre un plan d’action qui comporte une série de mesures, qui visent toutes la mise en valeur de toutes les régions du pays en tant que pôles touristiques d’excellence. Nous travaillons en concertation avec les autres secteurs, pour mettre en œuvre une série de mesures qui visent la facilitation du déplacement et le séjour du touriste désirant se rendre dans notre pays.  Ces facilitations touchent aussi bien à la délivrance du visa d’accès, dont la durée de traitement a été très écourtée afin de répondre dans les délais raisonnables aux particuliers, ainsi qu’aux réductions sur les vols intérieurs allant jusqu’à 50% vers les villes du sud, qui ont été accordées par nos partenaires Air Algérie et Tassili Airlines. Cela va aussi à l’organisation de circuits touristiques à travers l’ensemble des régions du pays, notamment, au Sahara, qui représente un produit phare de la destination Algérie. Dans le cadre de cet effort national de promotion de la destination touristique « Algérie », nous considérons la presse et les médias comme des partenaires à part entière. Je profite de cette occasion pour saluer leur rôle éminemment important et leur précieuse contribution dans la promotion de la destination touristique algérienne. Nous œuvrons ensemble à l’effet de l’émergence d’une presse spécialisée dans la promotion touristique.  L’essentiel, c’est que l’ensemble des acteurs concernés par la promotion de la destination touristique « Algérie », sont conscients de l’importance de l’enjeu du tourisme et de son apport aux plans économique et social. Nous travaillons en concertation et en collaboration avec tous les secteurs concernés, pour aplanir toutes les difficultés qui peuvent apparaitre sur le terrain. Comme nous œuvrons à accorder plus de facilitations aux touristes et aux visiteurs désirant se rendre dans notre pays. La promotion de la destination Algérie passe aussi par divers programmes et actions que nous mettons en œuvre, notamment à travers la modernisation du circuit et de l’administration du tourisme, par la décentralisation de l’ensemble des transactions et procédures administratives, l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication, la numérisation de l’ensemble des documents et procédures qui rentrent dans le cadre de l’amélioration du service public, ainsi que l’utilisation de l’ensemble des réseaux de communication, pour mettre en valeur ce riche patrimoine naturel et culturel et les immenses potentialités que recèle notre pays à l’effet de toucher le plus large public possible.

 

El-Djazair.com : En tant que premier responsable du secteur, êtes-vous satisfait de ce qui a été entrepris, en ce qui concerne l’investissement dans le tourisme et à assurer une formation répondant aux exigences du domaine pour promouvoir la destination Algérie ?

Abdelkader BENMESSAOUD: L’investissement touristique représente l’un des piliers essentiels sur lequel repose notre stratégie de développement du tourisme en Algérie par l’augmentation des capacités d’accueil. Il s’agit d’un créneau qui connait une véritable dynamique d’expansion ces dernières années. De grandes réalisations ont vu le jour, et qui viennent renforcer et étoffer le parc hôtelier national, sur les plans qualitatifs et quantitatifs.

Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du programme de son excellence Monsieur le président de la République, décliné en plan d’action du gouvernement, et qui a consacré pour le tourisme la poursuite de la dynamique visant la réalisation et la promotion d’une industrie touristique conforme aux normes et standards internationaux par la mise en œuvre d’un programme de renforcement des capacités d’accueil à travers la promotion et le développement de l’investissement touristique (investissement public et privé).

A ce titre, de nombreuses actions ont déjà été amorcées, notamment en matière de soutien aux projets d’investissement touristiques, à travers les incitations fiscales et foncières.

Désormais, l’investissement touristique, est considéré comme un levier fondamental pour le développement du secteur. De ce fait, le gouvernement a instauré un climat favorable pour le développement de l’investissement touristique à travers l’encouragement et l’accompagnement des porteurs de projets par la mise à leur disposition du foncier touristique, l’octroi de divers avantages ainsi que des mesures incitatives. Ces mesures ont produit un engouement réel de la part des opérateurs, ce qui a permis le lancement d’un important programme d’investissement.

Les mesures incitatives mises en place par le gouvernement à travers les différentes lois de finances depuis 2008 à ce jour, ont fait que la situation de l’investissement touristique durant ces dernières années connaisse une progression appréciable, qui apparait à travers l’agrément par le ministère, à ce jour de plus de 2400 projets d’une capacité de 289.158 lits, dont le lancement en réalisation de près de 900 projets d’une capacité de 140.000 nouveaux lits, générant la création de près de 70.000 emplois directs. Le programme de son Excellence le président de la République se traduit également par des actions qui reposent, entre autres, sur le partenariat, qui est une alternative pour l’investissement touristique, et une démarche fondée sur une confiance partagée et des engagements mutuels du public et du privé. On enregistre, en outre, 11 projets d’investissement touristique dans le cadre du partenariat étranger d’une haute valeur ajoutée. Il s’agit de véritables pôles touristiques structurants, d’une capacité litière de 12.000 lits, initiés par des partenaires étrangers. Plusieurs chaines hôtelières de renommée internationale se sont également installées en Algérie, à la faveur de l’environnement favorable à l’investissement, et plusieurs contrats de management ont été conclus avec des privés. Je tiens à vous signaler que nous avons engagé en parallèle une grande opération de modernisation et de réhabilitation, qui a touché l’ensemble du parc hôtelier public. Cette grande opération d’envergure a touché l’ensemble des 63 hôtels et complexes hôteliers qui relèvent du portefeuille public (hôtels-complexes touristiques et stations thermales). Une fois achevée dans sa totalité, cette opération de réhabilitation et de modernisation aura un impact certain sur l’augmentation de la capacité d’hébergement au niveau national, mais participera, surtout, à la relance du tourisme interne au profit des familles et des jeunes, grâce aux structures d’accompagnement dont disposent ces complexes hôteliers, qui font que toutes les catégories d’âge s’y retrouvent. Le secteur du tourisme connait une véritable dynamique dans le cadre de l’investissement et son développement a permis de faire progresser la population active du tourisme dans la branche d’activité «hôtels, cafés et restaurants».

Concernant le volet lié à la formation, et dans la perspective d’atteindre les objectifs fixés par le plan qualité tourisme, qui vise l’amélioration de la qualité des prestations et des services, il est utile de rappeler à vos lecteurs que nous avons procédé, à ce jour, à la formation de plus d’un millier de licenciés en gestion hôtelière et touristique au niveau de l’Ecole nationale supérieure du tourisme (ENST), et de 6200 techniciens et techniciens supérieurs en tourisme et hôtellerie au niveau des deux instituts nationaux d’hôtellerie et de tourisme de Bou Saâda et de Tizi-Ouzou. L’offre de formation s’est renforcée par 1000 places pédagogiques supplémentaires au niveau de l’Ecole supérieure de l’hôtellerie et de la restauration de Ain-Benian (ESHRA) et de 200 places pédagogiques au niveau de l’école de formation dans le tourisme d’Oran, en attendant le lancement de l’ESHRA de Constantine et de Ghardaïa.

Concernant la coopération intersectorielle dans le domaine de la formation, cette dernière a permis la signature, entre le ministère du Tourisme et de l’Artisanat et le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels d’une convention-cadre. Il s’agit d’un partenariat en vertu duquel des actions communes ont été entreprises telles que l’actualisation de la nomenclature des métiers et la création de spécialités et de filières liées au tourisme dans les établissements de formation du Sud du pays. Cet effort de formation contribuera, à coup sûr, à rehausser le niveau et la qualité des prestations et des services, à la mise aux normes de la gestion des structures hôtelières en cours de réalisation ou de réception, et va permettre surtout de fournir un encadrement de haute qualité et une main d’œuvre qualifiée.

Concernant l’artisanat, et considérant l’apport considérable de cette importante branche d’activité de l’économie nationale sur les plans économique et social, son rôle ne se limite pas uniquement à la seule préservation d’une culture traditionnelle ancestrale, il représente un atout crédible et considérable dans la consolidation du tissu économique national, c’est un secteur créateur de richesses et d’emplois, par excellence. Conscients de cette dimension, on a procédé dans une première phase, au soutien direct aux artisans et à l’amélioration de leurs qualifications, pour opter par la suite à l’élaboration d’une vision consensuelle de développement du secteur à l’horizon 2030.  Je vous cite qu’au titre de la création des activités à ce jour, on enregistre la création de 369.000 activités générant près de 1 million d’emplois réels. Quant aux infrastructures d’appui à l’artisanat, il a été procédé à la réalisation et à la mise en exploitation directe par les artisans d’une centaine de maisons et centres de l’artisanat au niveau des wilayas, traduite par la distribution de milliers de locaux au profit des artisans pour l’exercice de leurs activités.  Par ailleurs, on a mis en œuvre plusieurs programmes de formation et de mise à niveau, à l’effet de promouvoir cette importante branche de l’économie nationale. Le secteur de l’artisanat, enregistre également des programmes de coopération internationale et œuvre à la promotion de l’image touristique algérienne, à travers la participation des artisans aux foires et expositions internationales.

 

El-Djazair.com : Pouvez-vous, Monsieur le Ministre, nous donner un aperçu sur les mesures prises par votre département concernant la décentralisation ? 

Abdelkader BENMESSAOUD: En effet, il s’agit d’une opération qui s’inscrit dans le cadre des orientations et des directives de Son Excellence Monsieur le président de la République, qui visent en premier lieu la simplification des procédures et des dossiers administratifs au bénéfice des citoyens, ainsi que le renforcement de la décentralisation et de la lutte contre la bureaucratie.

Aussi, et dans le cadre de la mise en œuvre des instructions de Monsieur le Premier Ministre relatives à la décentralisation des procédures et des actes de gestion, notre département a entrepris des actions de simplification et d’amélioration des procédures administratives, qui ont touché l’ensemble des domaines d’activité relevant de notre secteur, dont certains textes remontent à plus d’une vingtaine d’années, et qui nécessitent une adaptation aux évolutions de l’hôtellerie internationale et aux nouveaux besoins de la demande touristique et des investisseurs dans l’hôtellerie.

Au titre de la restauration touristique, nous avons procédé à la décentralisation de l’opération de classement des restaurants, en la confiant à une commission de wilaya, pour toutes les catégories (de 1 à 4 étoiles). Le wali territorialement compétent prononce, par arrêté, après avis de la commission de wilaya le classement des restaurants de tourisme dans les catégories « 1, 2, 3 et 4 étoiles ». A cet effet, un projet de décret exécutif a été examiné et endossé par le gouvernement lors du conseil tenu le 5 décembre 2018.

En matière d’autorisation d’exploitation des établissements hôteliers, nous avons procédé à la décentralisation de l’autorisation d’exploitation des établissements hôteliers, tous types et catégories confondus. La délivrance sera confiée, dorénavant, au wali territorialement compétent, sur proposition du directeur de wilaya chargé du tourisme.

Concernant le classement des établissements hôteliers, il sera prononcé, dorénavant, par arrêté du wali, après avis de la commission de wilaya de classement.  Il en est de même pour l’agrément du gérant des établissements hôteliers, qui sera prononcé par arrêté du wali, sur proposition du directeur de wilaya chargé du tourisme. Pour ce faire, un projet de décret exécutif a été examiné et endossé par le gouvernement lors du conseil tenu le 12 décembre 2018.

En matière de concession d’utilisation et d’exploitation des eaux thermales, la concession d’utilisation des eaux thermales sera octroyée par le wali territorialement compétent après avis favorable du comité technique du thermalisme. Comme il a été procédé à la décentralisation de l’octroi de l’autorisation d’exploitation d’un établissement thermal, qui sera délivrée par le wali territorialement compétent, sur proposition du directeur de wilaya chargé du tourisme.

A ce titre, un projet de décret exécutif modifiant et complétant le décret exécutif n° 07-69 du 19 février 2007, fixant les conditions et les modalités d’octroi de la concession d’utilisation et d’exploitation des eaux thermales, a été examiné et endossé par le gouvernement lors du conseil tenu le 16 janvier 2019.

De ce qui précède, vous voyez clairement que notre département a franchi de grands pas et accompli des progrès considérables dans le cadre de la mise en œuvre de la décentralisation des actes de gestion et de la simplification des procédures administratives.

 

El-Djazair.com : Certains monuments touristiques archéologiques sont dans un état déplorable. Des actions en vue pour leur réhabilitation ?

Abdelkader BENMESSAOUD: Permettez-moi, tout d’abord, de préciser que les monuments archéologiques et historiques de manière générale sont bien pris en charge par le secteur de la culture, qui ne ménage aucun effort pour leur préservation. Le plan d’action du gouvernement, vise la valorisation de notre riche patrimoine culturel matériel et immatériel, à travers, notamment la protection et la restauration des sites historiques et culturels, le développement du service public de la culture à travers une politique soutenue de la culture de proximité favorisant l’accès des citoyens aux activités culturelles, aux infrastructures et espaces de pratique culturelle. Le SDAT considère le tourisme, l’artisanat et la culture comme potentiel de croissance et de développement économique et social du territoire. Une convention de partenariat a été signée, dans ce sens, avec le ministère de la Culture en date du 7 octobre 2015, et qui est en cours d’actualisation. Elle a défini le cadre de concertation, de partenariat et de coordination entre les deux ministères, concernant ce volet. Elle vise, notamment, à renforcer la synergie entre les acteurs des deux secteurs pour œuvrer ensemble à préserver, à réhabiliter et à valoriser le patrimoine naturel et culturel dans le cadre d’un développement durable.

A ce titre, nous avons arrêté une série de mesures qui tendent à promouvoir les atouts culturels, matériels et immatériels du territoire, à valoriser le patrimoine culturel à des fins de développement local et de création d’emplois et à favoriser la protection du patrimoine culturel dans un souci de développement durable des territoires, notamment par la formation et la sensibilisation. La convention vise notamment à promouvoir le développement du tourisme culturel à travers des circuits thématiques spécialisés, à entreprendre des études liées à l’utilisation et à la fréquentation des sites et monuments culturels et des évènements culturels. Pour ce faire, nous avons mis en place un groupe de travail commun, qui veille à mettre en œuvre les termes de la convention. La durabilité de la destination est une composante de la destination touristique qui porte sur les questions relatives à l’environnement et au paysage, ainsi qu’à la culture et au patrimoine.

  

El-Djazair.com : Il est reconnu que le tourisme est, tout d’abord, très souvent un inventeur, un découvreur de patrimoine, du fait que c’est le regard extérieur qui valorise les lieux dans lesquels nous vivons au quotidien et c’est aussi le tourisme qui va leur donner une valeur d’échange. Dans ce contexte, et contrairement aux monuments architecturaux traditionnels, les sites historiques de la résistance et de la guerre de libération ne sont pas mis en valeur. Comment y remédier ?

Abdelkader BENMESSAOUD: Je tiens à vous rassurer sur ce point bien précis que nous accordons une importance particulière à la question, surtout les aspects liés à valorisation et à la vulgarisation de notre longue et glorieuse révolution nationale et de la guerre de libération nationale. Il s’agit en premier lieu de mettre la lumière sur les hauts lieux des batailles menées par nos valeureux martyrs et moudjahidines, sur tout le territoire national, soit en milieux urbains ou en zones rurales, et de faire connaitre aux visiteurs et aux générations futures les immenses sacrifices consentis par notre valeureux peuple durant sa longue et glorieuse lutte pour le recouvrement de notre indépendance.

Il s’agit, en outre, de mettre toute la lumière sur ces valeureux martyrs qui ont, sacrifié leur vie au service de la patrie. Pour ce faire, nous avons tracé un programme de travail pour mettre en place des circuits spécialisés qui retracent ces hauts lieux de notre histoire. Nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère des Moudjahidine, dans le cadre d’une convention que nous avons signé le 7 janvier 2019 et qui prend en charge l’ensemble de ces aspects que j’ai évoqués. Notre histoire représente un grand potentiel exprimé par les richesses civilisationnelles, religieuses, patrimoniales et géologiques de l’Algérie.

Nous veillons à traduire toutes ces richesses que notre grand territoire recèle, dans les schémas directeurs d’aménagement touristique de wilaya, dont la finalité est de fixer les priorités des politiques touristiques à venir, à l’échelle locale.

 

El-Djazair.com : Nous vous laissons le soin de conclure, Monsieur le Ministre.

Abdelkader BENMESSAOUD: Il faut savoir qu’aujourd’hui nous œuvrons pour la promotion d’une industrie touristique durable, conforme aux normes et standards internationaux, à travers notamment la promotion de la destination Algérie, le soutien à la promotion de l’artisanat et la consolidation du tissu économique national par la création de richesses et d’emplois. La réussite d’une destination est tributaire des conditions minimales nécessaires pour garantir un service de base aux visiteurs, services qui incluent le transport, l’hébergement, la restauration, les réseaux de distribution ainsi que les différents services accessibles tant à la population locale qu’aux visiteurs. Les mesures de performance classiques, à savoir les capacités d’hébergement, nuitées, établissements, investissements, emplois créés, nombre d’arrivées au pays, demeurent des indicateurs précieux pour la dimension économique, mais le besoin de mesurer sous un autre angle la performance, ou la qualité du territoire en matière d’attractivité touristique et de compétitivité devient de plus en plus pressant. Pour cela, le plan d’action du gouvernement a introduit une nouvelle approche, basée non seulement sur la mesure de la performance, mais avant toute chose sur la notion de territoire en tant qu’entité productrice de richesse. Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour le décollage réel du tourisme en Algérie, grâce à la stabilité et à la sécurité, vécues au quotidien, résultat de la politique clairvoyante de paix et de réconciliation prônée par son Excellence Monsieur le président de la République.

F. H.



Articles de la même rubrique

Les plus lus

Air Algérie Cargo
Par Yahia MAOUCHI.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya De Annaba

Version PDF