Choi Cheulsoo est Coréen. Originaire de Séoul, il est directeur administratif et financier à Daewoo Engeenering and Construction, une filiale du géant sud-coréen, chargée de la réhabilitation et de l’extension du port de Djendjen. Nous sommes allés le voir dans son lieu de travail, à l’intérieur de l’enceinte portuaire, afin de recueillir son avis en tant que ressortissant étranger sur une question brûlante qui fait aujourd’hui l’objet d’un traitement orienté, pour ne pas dire malveillant de la part de certains médias internationaux: l’Algérie est-elle vraiment un pays à risque, particulièrement pour les étrangers ? Nous avons tout fait pour qu’il se sente à l’aise. Nous l’avons même prié d’exprimer le fond de sa pensée avec la promesse de rapporter fidèlement ses propos. En trois minutes, il nous a énuméré ses préoccupations majeures : les lenteurs bureaucratiques, les difficultés éprouvées par de nombreux travailleurs algériens à suivre le rythme imposé par les Coréens et la sempiternelle question du respect du temps. Et le problème sécuritaire alors ? « Cela fait six mois que je suis à Jijel et je n’ai jamais rencontré un problème de ce genre. Je me sens en sécurité et c’est pareil pour le reste de mes compatriotes», nous a-t-il déclaré, avant d’ajouter non sans une pointe d’humour: « Je ne supporte pas lorsqu’on me prend pour un Chinois ; ça me gêne… » Ils sont 70 Coréens à travailler aujourd’hui à Jijel. La base-vie où ils résident est un modèle d’organisation et de propreté et les Algériens recrutés par cette compagnie sont vraiment à bonne école ! Il s’agit là d’un apport précieux en savoir-faire, une formule que les Algériens sont appelés à exploiter en s’en inspirant. C’est une voie de longue haleine, mais elle est, de très loin, plus sûre que les incessants et hypothétiques appels tiers-mondistes pour un transfert de technologie que l’Occident considère avec un certain égoïsme ; mais bon, ce n’est pas là notre sujet. En trente minutes, nous avons eu largement le temps de relever quelques indices qui ne trompent pas : la sécurité et les «lamentations médiatiques» alimentées de l’autre côté de la Méditerranée par des milieux hostiles à l’Algérie sont le dernier souci de Choi Cheulsoo. En tout cas, ça ne l’empêche pas de dormir ! Il nous est apparu beaucoup plus préoccupé par la bonne marche du chantier que par ces « bruits» alarmistes. Sa principale priorité est de terminer dans les délais les travaux d’extension du port de Djendjen qui verra sa capacité passer de 4 millions tonnes de marchandises traitées actuellement à 20 millions de tonnes. Géré par le groupe émirati, DP World, le port de Djendjen se trouve aujourd’hui en phase d’activité ascendante. A titre d’exemple, du 1er octobre à fin décembre, pas moins de 25 000 véhicules ont transité par ce port dont le trafic a été diversifié ; cela va du rond à béton au ciment en passant par les huiles, le sucre, les bobines et les « pipes » destinés au mégaprojet de transfert de l’eau potable de la région d’In Salah vers Tamanrasset. Le PDG a tenu à nous souligner que la structure portuaire qu’il dirige est arrivée à «traiter » 182 véhicules par heure et que cette performance a permis au port de Djendjen d’avoir le meilleur rendement du bassin méditerranéen. Sans commentaire ! « Nous sommes conscients des enjeux qui sont derrière cette campagne anti-algérienne ; c’est pour cela qu’il est impossible de nous influencer… » Même climat et même topo au niveau de la centrale électrique de Jijel où une quinzaine de spécialistes russes sont à pied d’œuvre depuis la fin du mois de décembre dans le cadre du programme de révision périodique de cette importante infrastructure et en exécution des clauses du contrat signé entre l’Algérie et la firme russe Technopromexport, le constructeur de la centrale. Invités à nous faire part de leurs sentiments et de leurs préoccupations, Sinyavskiy Yury, ingénieur en thermodynamique et spécialiste de haute qualification, et Nicolay Velyaminov, interprète, n’ont pas fait cas des traditionnelles présentations protocolaires. Très décontractés, les deux Russes, informés de la raison de notre présence à Jijel, ont pris le sujet avec un humour déconcertant; à la limite de la dérision. Et c’est apparemment par correction qu’ils ont accepté de se prêter aimablement au jeu des questions-réponses, tellement le sujet de la sécurité leur paraissait dépassé ! «Nous ne rencontrons pas de problèmes de ce genre. C’est notre troisième séjour à Jijel depuis le début de l’année 2009 ; nous n’avons rien remarqué d’étrange ou d’exceptionnel», ont-ils tenu à nous affirmer. A leur sujet, un cadre algérien nous signale: « Ils sont sérieux et précis et invitent souvent les ingénieurs algériens à s’approcher d’eux afin d’apprendre pour une meilleure maîtrise. » « En outre, ajoute-t-il, ils acceptent sans problèmes les conditions de vie qui leur sont proposées. Ils n’ont pas la grosse tête. » Est-ce vraiment l’attitude de quelqu’un qui a peur ? Est-ce le comportement de quelqu’un qui se sent menacé ?

« C’est comme si j’étais au Portugal ; il n’y a aucune différence »
La réponse à nos questions nous a été donnée par un ressortissant portugais que nous sommes allés voir sur le chantier de construction du barrage de Boussiaba dans la région d’El Milia. Fernando Gomez est ingénieur en travaux publics. Il occupe le poste de directeur général en Algérie du groupement portugais-brésilien, Andrade Gutierrez et Zagope. Cette firme est chargée actuellement de la réalisation de plusieurs projets dans les secteurs de l’hydraulique et des travaux publics à travers les wilayas d’Alger, Constantine, Tlemcen et Jijel. Gomez est en Algérie depuis un peu plus de trois ans. Chaleureux et expansif comme tout méditerranéen qui se respecte, nous n’avons même pas eu besoin de lui expliquer suffisamment le but de l’entretien ; dès qu’il a compris le sujet, il s’est mis tout de suite dans le « bain », tout heureux de nous apprendre qu’au Portugal, lorsqu’on veut s’adresser à lui, on l’interpelle par : « Toi, l’Arabe. » Et il en est tout fier. Pour les Portugais, nous apprend-il encore, « l’Algérie est tellement proche. Pour eux, c’est de l’autre côté de l’oued ». A propos du « risque Algérie », il avoue qu’il a eu des appréhensions, mais depuis qu’il est là sa perception de notre pays a complètement changé. « Il faut venir constater que ce sont des mensonges. Nous sommes conscients des enjeux qui sont derrière cette campagne anti-algérienne ; c’est pour cela qu’il est impossible de nous influencer. Ici, en Algérie, nous sommes tranquilles et nous menons une vie normale », affirme-t-il avec beaucoup de conviction. Son compatriote, Luis Raçoes, est directeur des travaux au niveau du chantier de construction du nouveau port de pêche d’El Aouana et il est du même avis. « Vous voulez vraiment que je vous exprime ce que je ressens maintenant ? Eh bien, c’est comme si j’étais chez moi. Oui, c’est comme si j’étais au Portugal ; il n’y a aucune différence. » Faut-il commenter ces propos ? Y aura-t-il quelques mauvaises langues pour dire peut-être qu’ils ont été soutirés sous une quelconque pression ? En ce qui nous concerne, nous avons été très touchés par tant de sincérité et de franchise. Il faut l’entendre et le voir pour le croire. C’est tout simplement émouvant au point qu’on a failli en pleurer !
« Parlons plutôt de Coupe du monde ! »
Leur troisième collègue est Brésilien. Il vient de Sao Paulo et il est en Algérie depuis une année où il vit avec son épouse. Il s’appelle José Oscar Brun. Oscar comme le célèbre architecte brésilien dont le nom demeure intimement lié à plusieurs réalisations d’envergure en Algérie, comme par exemple l’université de Constantine. C’est un peu sa marque de fierté! Décontracté et sûr de lui, il s’est écrié : « Parlons plutôt de Coupe du monde ! » Reste-t-il quelque chose à dire sur ces étrangers dont la vie serait menacée ? Afin de donner la parole à l’ensemble des ressortissants étrangers qui étaient disponibles à Jijel, nous nous sommes déplacés jusqu’au barrage de Kissir, en phase d’achèvement et nous avons rencontré les techniciens serbes, chargés de la réalisation du projet. Rajkovic Miodrag, ingénieur en génie civil et son interprète, Niculovic Zivojin, nous ont laissés sans réaction: « On ne savait pas que notre sécurité était menacée ! » Un sens de la dérision décapant ! « Nous allons très souvent en ville et les gens sont vraiment sympas. C’est la présence des agents de sécurité qui nous rappelle parfois ce problème, sinon rien de bien particulier. Nous souhaitons qu’il y ait d’autres opportunités pour que nous puissions continuer à travailler en Algérie. » Pas de commentaire ? Alors, nous passons aux Chinois de la firme d’engeenering et de construction, Dong Yang et Zheij Ang. Feng Shou Dong et son interprète, une jeune Chinoise du nom de Zhang Chang Ping, sont catégoriques : « Nous nous sentons parfaitement en sécurité. Nous ne sommes pas influencés par tout ce qui se dit. Le travail avance bien et nos problèmes sont bien pris en charge par les autorités locales. D’ailleurs, c’est l’essentiel. » Cette entreprise chinoise a déjà réalisé 1000 logements pour le compte de l’OPGI d’Hussein Dey à Alger. A Jijel, elle est chargée de la réalisation de la nouvelle aérogare de l’aéroport Ferhat-Abbas et d’une cité de 402 logements de type LSP. A l’unanimité, Portugais, Serbes, Coréens, Chinois, Russes et Brésiliens n’ont pas manqué de relever l’entière disponibilité de Ahmed Maâbed, wali de Jijel, dont le tact, le savoir-faire et surtout cette capacité d’anticipation ont fini par convaincre tout ce beau monde que les choses sérieuses ont réellement commencé à Jijel, puisque nous y étions, et en Algérie. Alors, cette vieille rengaine de l’Algérie pays à risque, c’est tout simplement de la mauvaise littérature qui ne fait même plus peur aux gosses. Les théoriciens du pourrissement doivent se recycler d’urgence !