Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 106 - Juil 2017

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Dossier

Une position conforme aux principes du syndicalisme libre

Union générale des travailleurs algériens

Par Boualem TOUARIGT



Dans le numéro 11 d’El Moudjahid daté du 4 janvier 1958, un texte de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) précisait les objectifs de la centrale syndicale : « ses objectifs politiques sont la défense de la dignité et le respect de la personne humaine, le rétablissement de la souveraineté d’un peuple et l’indépendance d’une Nation. Ses objectifs économiques et sociaux sont l’exploitation rationnelle et la répartition équitable des richesses, l’institution d’un régime social qui permettrait à tous les travailleurs quelles que soient leurs origines et leurs confessions, d’améliorer leurs conditions d’existence et d’avoir la place qui leur revient dans la société.
Dès sa constitution, l’UGTA n’a cessé d’exprimer sa ferme conviction qu’un changement de la situation des travailleurs algériens ne peut s’effectuer dans le cadre du régime colonial qui n’a cessé d’œuvrer pour maintenir l’autochtone dans un continuel état d’infériorité et de misère sociale. Elle est persuadée que ce ne peut être que dans une Algérie indépendante, avec son économie nationale et son système social approprié, que les travailleurs pourront aspirer à de meilleures conditions de vie et de travail.
C’est pourquoi notre objectif premier devint et demeure le même que celui du FLN : l’indépendance nationale. Notre position, quoi qu’en dise le gouvernement français, demeure conforme aux principes du syndicalisme libre. »
Durant la guerre de libération nationale, l’UGTA, dont l’objectif central était la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs algériens, l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, a estimé que ces objectifs ne pouvaient se réaliser dans le cadre du système colonial, basé sur la discrimination et l’injustice. Il était donc tout à fait logique que la centrale syndicale adopte une position qu’elle a considérée comme conforme aux principes du syndicalisme libre : rejoindre la lutte de libération nationale. Cette position a trouvé sa continuité dans l’attitude de l’UGTA après l’indépendance : appuyer le recouvrement des richesses nationales et le développement des politiques sociales d’aide aux personnes à faibles ressources.
Bien avant l’indépendance, le mouvement syndical s’est distingué par l’apport de personnes de grande envergure et a très tôt pris sa place dans le mouvement national.
Le 1er congrès du MTLD de 1947 décide la création d’une centrale syndicale algérienne. Aïssat Idir est chargé d’animer une commission des affaires syndicales et sociales. Il est membre du comité central du MTLD.
L’été 1954, le MTLD éclate en deux organisations rivales. Les partisans restés inconditionnels de Messali tiennent un congrès à Hornu en Belgique en juillet 1954. Le mois suivant, les partisans du comité central, les « centralistes » dirigés par Lahouel et Benkhedda tiennent leur propre congrès séparé à Alger. Les deux groupes décident chacun de son côté, la création d’une organisation syndicale exclusivement algérienne. La même année, les syndicats algériens affiliés à la CGT se regroupent dans l’UGSA (Union générale des syndicats algériens). Les messalistes essaient de créer les premiers une centrale syndicale exclusivement algérienne. En septembre 1955, ils tiennent une réunion pour préparer la constitution d’une Union syndicale des travailleurs algériens (USTA).
Après le déclenchement de la guerre de libération nationale, les militants ouvriers adhérents au FLN s’organisent. En février 1956, au cours d’une réunion à laquelle ont participé Abane Ramdane et Benkhedda, la décision est prise de créer l’UGTA. Un bureau national est désigné le 24 février 1956. Il comprend notamment : Aïssat Idir, Rabah Djermane, Attalah Benaïssa, Mohammed Akeb, Amar Lamini, Ahcène Bourouiba, Boualem Bourouiba, Abdelmadjid Ali Yahia, Mohammed Mada, Abdelkader Amrani, Messaoud Haddadi, Ahmed Zitouni, Ahmed Kroun.
Le premier numéro de L’ouvrier algérien, organe de l’UGTA, paraît le 7 avril 1956.
Le sacrifice de Aïssat Idir, maintenu en captivité malgré une décision du tribunal militaire le lavant de toute accusation, et décédé à l’hôpital militaire des suites des tortures qu’il a subies, déclenche une protestation internationale.
Après l’indépendance, le huitième congrès de l’UGTA de juin 1990 est considéré par les syndicalistes comme historique, en ce sens qu’il a désengagé le syndicat de la tutelle politique et a consacré le pluralisme syndical à l’initiative de l’UGTA. Le syndicat est devenu indépendant à l’égard du pouvoir politique. Le congrès a également recréé les fédérations professionnelles et réinitialisé la négociation collective qui est depuis devenue une constante dans la pratique de l’UGTA. En avril 1991, s’engagèrent des négociations entre l’UGTA et le gouvernement suivant les grèves de mars 1991 et aboutirent à la revalorisation du SNMG, à l’assainissement financier des entreprises publiques, à l’approvisionnement en produits de large consommation. En octobre 1990, fut mise en place la première bipartite, suivie une année plus tard en octobre 1991, par la première tripartite. Ces rencontres consacrent des rapports formalisés de dialogue, d’échanges et de négociations entre les partenaires sociaux. A cette époque, l’UGTA avait exprimé officiellement et fermement son opposition au programme économique et social dicté et imposé par le FMI.
Le dialogue social, une dimension essentielle du modèle de société
L’UGTA fait siennes les conventions et recommandations du BIT qui ont reconnu le dialogue social comme une dimension essentielle du modèle de société et de développement, avec une protection sociale de qualité, l’investissement dans l’éducation et les qualifications et les réformes destinées à améliorer le dynamisme de l’économie.
Le dialogue social, conforté par le gouvernement et le patronat a permis des réalisations importantes dans les domaines économique et social, l’instauration de la paix, la cohésion sociale, et le renforcement de la démocratie.
Depuis la bipartite d’octobre 1990, les partenaires socio-économiques et les pouvoirs publics ont privilégié les négociations, qu’elles soient bilatérales ou tripartites.
Les différentes sessions tripartites et bipartites ont constitué un cadre de la traduction de la volonté des partenaires, de leurs efforts et de leurs aptitudes à la prise en charge des questions de l’heure dans un cadre consensuel.
Pour l’UGTA, comme pour le BIT, le dialogue social est considéré comme une valeur cardinale dans la relation entre partenaires.
C’est ainsi que l’UGTA s’est consacrée principalement à protéger les revenus des salariés. Entre 2000 et 2012, le SNMG a été revalorisé de 300 pour cent.
C’est ainsi qu’entre 1990 et 2016, pour le secteur économique public, ont été conclus 353 conventions collectives de branches, 3858 conventions collectives d’entreprises, et 16319 accords salariaux. Pour le secteur économique privé, entre 1997 et 2016, ont été conclus 16534 accords salariaux. Globalement, de 1990 à 1999, ce sont au total 2 213 000 salariés qui ont été concernés par les accords signés dans le secteur économique public et privé et qui ont bénéficié d’une augmentation moyenne de 42% des salaires, primes et indemnités. Pour le même secteur économique (public et privé), les accords conclus pendant la période allant de 2000 à 2016 ont concerné 3 212 088 salariés qui ont bénéficié d’un taux moyen d’augmentation de 54% touchant à la fois les salaires, les primes et les indemnités. Au total entre 2008 et 2016, ce sont 6 315 498 salariés (dont 3 212088 dans le secteur économique et 3 103 410 dans la fonction publique) qui ont bénéficié d’accords entre les partenaires sociaux. L’UGTA a également déployé d’importants efforts pour améliorer les conditions des retraités. Le nombre de ces derniers est passé de 1 253 942 en 2000 à 2 901 820 en 2016. Les pensions et allocations de retraite ont en moyenne augmenté de 20% durant la période 1984-1989 et de 48 % durant la période 2000-2016.
L’UGTA a également contribué aux différentes mesures de protection sociale. Il en a été ainsi de la gratuité des médicaments concernant les maladies chroniques. La centrale syndicale a été à l’origine de la création de différentescaisses de protection sociale et de la mise en place des agences :CNAC, CACOBATPH, FNPOS , ANSEJ.

La production nationale, un défi patriotique
Fidèle à sa démarche de concertations et de négociations avec les représentants des pouvoirs publics et des employeurs, considérant le développement de l’économie nationale comme une tâche patriotique, l’UGTA a pris une part active aux travaux ayant porté sur le Pacte national économique et social au cours des différentes réunions tripartites. L’UGTA, depuis la 7e tripartite du 18 septembre 2014, adhère à ce qu’elle a considéré comme un consensus stratégique : la volonté collective de donner un élan réel au concept de la Production nationale, source de création d’emplois et d’amélioration du pouvoir d’achat. Résolument engagée dans la défense de la production nationale, l’UGTA a proposé de faire de la production nationale un défi patriotique. Pour elle, la promotion de la production nationale est un soutien au développement des entreprises locales, permet d’augmenter l’offre d’emplois, et partant, d’améliorer les revenus des travailleurs.
C’est ainsi que l’instauration d’un crédit à la consommation, destiné à soutenir la vente de produits issus de la production nationale a été soumise par l’UGTA d’une manière constante depuis avril 1997. Elle a été concrétisée en décembre 2015.
Dans le même ordre d’idées, l’UGTA a défendu et endossé la règle dite « 51/49 » concrétisée par les dispositions de la loi des finances complémentaire de 2009.
Les réunions tripartites ont contribué, notamment, à la réhabilitation et à la modernisation du secteur économique public. Ainsi, 300 entreprises publiques ont été concernées par les résolutions prises entre 2010 et 2015 avec 341 milliards de dinars d’effacement de dettes et 1500 milliards de dinars d’investissements. Entre 2012 et 2015, des crédits ont été également octroyés pour les entreprises du secteur économique privé, pour un montant global de 10 166 milliards de dinars.
La lutte contre le chômage a également été une constante de la lutte de l’UGTA qu’elle a portée lors des réunions avec les pouvoirs publics. La première bipartite d’octobre 1990 a abordé la question de la Caisse d’assurance chômage : «Les deux parties ont retenu le principe de constitution d’une caisse d’assurance chômage et ont décidé, à cet effet de constituer un groupe de travail commun chargé d’étudier les mécanismes et instruments de son lancement, ainsi que l’identification des catégories pouvant en bénéficier. »
En mai 1994, est promulgué le décret instituant l’assurance chômage ; la Caisse nationale d’assurance chômage est créée par le décret exécutif du 6 juillet 1994.
La sixième tripartite d’août 1996 souligne les mesures importantes prises durant le courant du 1er semestre 1996 dont notamment « la création du fonds national de soutien à l’emploi des jeunes ».Le décret du 8 septembre 1996 porte création de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej). Depuis sa création et jusqu’au 31 décembre 2016, l’agence a financé 367 980 projets représentant 878 264 emplois, pour un investissement global de plus de 1 156 milliards de dinars.
Dix-neuf tripartites (gouvernement, UGTA, patronat) se sont tenues entre novembre 1991 et juin 2016. Elles ont été consacrées à des sujets aussi variés que : la sécurité sociale, les retraites, le pouvoir d’achat des travailleurs, la promotion de la production nationale, le code du travail, le soutien à l’investissement, etc.
L’UGTA veut prendre sa place dans l’effort collectif d’installer le pays dans un cycle de développement durable de nature à le rapprocher du peloton de tête des pays émergents. L’UGTA fait siens les objectifs du pacte national économique et social en vue de préparer les conditions du passage de l’économie nationale vers la phase de l’après-pétrole, une économie de production, créatrice de richesses et d’emplois, en particulier la promotion et le développement d’une agriculture moderne, l’intensification de la productivité des entreprises pour améliorer leurs capacités concurrentielles, la réduction du chômage, l’amélioration du pouvoir d’achat.
L’UGTA entend faire face aux responsabilités qui sont les siennes et prendre totalement sa place dans la réussite du programme national de développement, en s’efforçant de contribuer à l’instauration d’un climat favorable et de participer à l’explication de toutes les orientations relatives au développement durable et au maintien de la compétitivité de l’économie nationale, en particulier sensibiliser les travailleurs au respect de leurs obligations sur les lieux de travail, préserver la stabilité sociale indispensable à toute politique de développement, par le recours au dialogue, à la concertation, à l’arbitrage et à la pratique de la médiation et ce, dans le souci de prévenir l’émergence de conflits sociaux et de contribuer à leur règlement.
L’UGTA adhère pleinement à la démarche de promotion et de renforcement des cadres institutionnels de dialogue et de concertation dans tous les domaines de la vie sociale et d’appui au Pacte national économique et social de croissance, appuyant en cela la démarche du président de la République visant à asseoir les acquis politiques, économiques et sociaux en vue de garantir la stabilité sociale, condition pour la concrétisation des objectifs d’un développement économique intégré et durable. Elle prend toute sa place dans l’union des efforts des différentes parties.

B. T.

 

Le pacte national économique et social de croissance :
Une plateforme de promotion du processus de croissance et de développement de la nation.
Un cadre de partenariat stratégique autour d’objectifs et d’actions visant à projeter le futur commun de la société.



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