Comment évaluez-vous la présence en Algérie des entreprises et des hommes d’affaire turcs?
Ahmet Necati Bigali : Nous avons une forte présence d’hommes d’affaires et de sociétés turcs en Algérie, soit 200 compagnies turques, toutes activités confondues. La plupart opèrent dans le secteur du bâtiment. L’Algérie et la Turquie sont deux pays amis et frères et il existe un grand potentiel de coopération entre ces deux nations. Plusieurs compagnies turques s’intéressent et se renseignent sur les activités et les investissements en Algérie. Notre conseiller commercial les oriente pour leur faciliter l’investissement en Algérie. Dans les mois à venir, la commission mixte économique algéro-turque devrait se réunir à Alger afin de booster cette coopération. Je dois dire aussi que la Turquie a enregistré un volume d’échanges avec l’Algérie de quelque 5 milliards de dollars pour 2009. Ce chiffre devrait être revu à la hausse à la faveur des bonnes relations politiques et économiques qu’entretiennent nos deux pays. Il faut rappeler également que les relations entre l’Algérie et la Turquie remontent à une époque lointaine. En ce sens, les deux pays ont partagé la même histoire et le même destin durant des siècles. A présent, nous partageons encore les mêmes valeurs avec une coopération étroite au plan bilatéral, mais aussi au plan international et multilatéral. La Turquie et l’Algérie travaillent de concert et en collaboration dans diverses instances internationales.
Hormis le bâtiment, dans quels autres secteurs interviennent les entreprises turques en Algérie ?
Les exportations de la Turquie vers l’Algérie se composent essentiellement de véhicules motorisés, de différentes machines et équipements, le textile, les vêtements et accessoires, le fer et acier. 12% des besoins du gaz liquéfié de la Turquie sont également assurés par l’Algérie. Il y a d’autres matériaux que nous importons d’Algérie.
Pensez-vous que le chiffre de 5 milliards de dollars d’échanges entre les deux pays soit suffisant ?
Je considère que ce chiffre n’est pas suffisant compte tenu des relations excellentes qu’entretiennent les deux pays. Il faut préciser que la plupart de nos exportations sont dirigées vers les pays européens. Cependant, au niveau africain, l’Algérie reste notre premier partenaire économique. Et comme nous prônons une politique d’ouverture sur l’Afrique, nous considérons l’Algérie comme un partenaire viable dans notre interaction avec ce continent. Nos exportations vers les pays arabes sont passées de 12% en 2004 à 20% en 2008. L’Algérie occupe une place très importante.
En moyenne, combien d’investisseurs turcs viennent en Algérie chaque année ?
Le volume des investissements turcs en Algérie est évalué à 350 millions de dollars. Ce chiffre demeure insuffisant et nous incitons ainsi nos compagnies à venir investir en Algérie. Je peux annoncer qu’une usine turque sera construite à Oran dans les prochains mois. Elle sera spécialisée dans la transformation du fer et de l’acier de récupération. Ce sera la première du genre en Algérie et cet investissement pèse trois 300 millions d’euros.
En plus des investisseurs, à combien est évaluée la communauté turque en Algérie ?
La communauté turque en Algérie s’agrandit de jour en jour. A présent, nous estimons qu’il y a 5 000 Turcs vivant en Algérie.
Quels sont les facteurs incitant les Turcs à venir investir en Algérie ?
L’Algérie n’est pas un pays quelconque pour la Turquie. Nous avons des relations privilégiées avec l’Algérie et nos deux peuples ont une affection mutuelle profonde et historique. Les hommes d’affaires turcs considèrent l’Algérie comme un pays frère et ami et son peuple très hospitalier. Ce facteur est très important. En outre, l’énergie ainsi que la main-d’œuvre y sont moins chères.

Comment expliquez-vous que certains pays, notamment occidentaux, considèrent l’Algérie comme un pays à risque ?
C’est une considération sans fondement de la part de ces pays. Je suis en Algérie depuis deux années et je constate que le pays se trouve dans une situation stable depuis une dizaine d’années. Les forces de sécurité ont réussi à prendre le dessus en maîtrisant la situation face aux actes terroristes. Je peux affirmer que l’Algérie est devenue un pays stable, malgré certains actes terroristes qui surviennent au même titre que dans d’autres pays européens et aux Etats-Unis. Je réitère que l’attitude prônée par certains pays européens reste infondée. Il n’y a pas de risque en Algérie que ce soit du point de vue touristique ou économique. C’est un pays stable et en progression dans tous les domaines.
Les investisseurs turcs évoquent-ils le préalable de la sécurité avant de venir en Algérie ?
Non, jamais ! Nous leur affirmons qu’il n’y a pas de problèmes de sécurité. Dans les années noires vécues par l’Algérie, on aurait pu les dissuader de venir, mais plus maintenant. Je dois aussi préciser que durant les années 1990, Turkish-Airlines n’avait pas suspendu ses vols vers l’Algérie.
C’est, en somme, une réponse à ceux qui font croire que l’Algérie est un pays à risque.
Nous sommes en train de mettre en place, à Alger, la Chambre de commerce et d’industrie algéro-turque. Elle sera créée avec nos partenaires algériens. Cette institution ouvrira encore de nouvelles perspectives à la coopération entre nos deux pays. Nous comptons aussi ouvrir, dans moins d’une année, un centre culturel turc à Alger, ce qui enrichira les relations culturelles entre les deux pays.
Cela fait-il suite aussi au traité d’amitié signé entre les deux pays ?
En février 2005, le Président Bouteflika avait effectué une visite officielle en Turquie et s’était rendu à Ankara, Istanbul et Bursa. L’Emir Abdelkader, qui avait vécu pendant deux années à Bursa, avait alors ouvert la voie aux relations entre les deux pays. En 2006, la visite de notre Premier ministre en Algérie a été couronnée par la signature d’un traité d’amitié. Ainsi, les deux pays sont devenus des alliés stratégiques. Je dois aussi vous dire que notre Président Abdullah Gull est dans l’attente d’une visite officielle en Algérie. J’espère que ce sera concrétisé en 2010.
La Turquie s’est distinguée récemment par une réaction vive et courageuse envers Israël…
Cela fait suite à la diffusion par la télévision turque (étatique) d’un téléfilm où est dévoilée la répression israélienne en Palestine. Il s’agit d'une réalité que l’on ne peut occulter et qu’on ne peut ignorer. Les Israéliens ont massacré des innocents et utilisé des bombes et des balles à phosphore ainsi que des armes chimiques à Gaza. Ce sont des crimes de guerre et contre l’humanité. La Turquie, ayant un rôle dans la région du Moyen-Orient, prône paix, sécurité et stabilité, c’est-à-dire zéro problème avec les pays voisins. A ce titre, en Turquie, on estime qu’Israël doit obéir aux règles de la diplomatie internationale. Récemment, le vice-ministre des Affaires étrangères israélien a convoqué notre ambassadeur à Tel-Aviv pour protester contre le téléfilm que j’ai déjà évoqué. Or, en Turquie, la liberté d’expression est respectée. Cependant, la manière avec laquelle notre ambassadeur a été traité était inadmissible. Les Israéliens l’ont fait asseoir sur un fauteuil plus bas sans que le drapeau turc soit mis à côté du drapeau israélien. En outre, notre ambassadeur a dû attendre longtemps dans les couloirs avant qu’il ne soit reçu. La Turquie a jugé qu’il s’agit d’actes incompatibles avec les règles diplomatiques. Nous avons ainsi exigé des excuses de la part du gouvernement israélien, autrement nous menacions de rappeler notre ambassadeur. En définitive, il y a eu des excuses officielles d’Israël.