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  N° 30 - Sep 2010
 
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Reportage

Mila : l’eau, la terre et les hommes !
IMAGES DE LA VILLE AUX MILLE SOURCES
Par Mohamed Mebarki

Mila est considérée comme l’une des wilayas qui ont été grandement desservies par leur situation géographique. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Mileviens estiment que leur ville a paradoxalement subi, pendant de nombreuses années, les retombées négatives de sa proximité avec de grands centres urbains au même titre que Guelma. De tout temps, insistent-ils, Sétif et Constantine lui ont fait de l’ombre. Ces deux grandes villes ont toujours constitué, et constituent aujourd’hui encore, des pôles d’attraction et de transit dont le poids a énormément gêné la petite ville de Mila, pour ne pas dire qu’il l’a écrasée par moments ; à un point qu’il s’est trouvé des Algériens qui ne connaissent pas Mila ou la confondent, dans le meilleur des cas, avec El Milia, une daïra de la wilaya de Jijel. Et ce n’est que durant cette décennie, ou plus précisément à partir des années 2000, qu’elle a commencé progressivement à sortir de son isolement et de l’anonymat, grâce à un programme de développement approprié, dont une grande partie a été réalisée et le reste en voie de l’être. La plupart de ses habitants sont unanimes : l’une des principales causes qui a relégué leur ville au second plan est bel et bien cette fameuse RN 5 qui traverse pourtant Chelghoum Laïd et Tadjenanet, deux importants centres urbains de la wilaya ! Le wali de la wilaya, Djamel Eddine Salhi, ne partage pas tout à fait ce raisonnement, mais ne le désapprouve pas pour autant. En sa qualité de premier responsable, il préfère abonder dans un sens moins défaitiste et plus productif. « Mila est une grande wilaya que peu de gens connaissent. Sétif et Constantine ont consommé tout leur espace et Mila constitue leur profondeur naturelle ; c’est pourquoi nous avons conçu un développement intégré à ces deux espaces », affirme-t-il non sans fierté. Il ne faut pas oublier que Mila, c’est d’abord 1,5 million quintaux de blé, une production annuelle qui la place à la cinquième position au plan national ; 8 millions de litres de lait et un marché de l’œuf unique en son genre.

Une wilaya verte et un label algérien de consommation bio

 M. Salhi considère que Mila possède tous les atouts qui lui permettent de tirer profit de sa « ruralité ». Avec le barrage de Beni Haroun, infrastructure monumentale d’une capacité d’un milliard de mètres cubes qui approvisionne actuellement les wilayas de Mila, Khenchela, Batna, Oum El Bouaghi et Constantine, elle ambitionne légitimement le statut de la capitale de l’eau. Une richesse hydrique qui assurera prochainement l’irrigation de 8500 hectares situés au sud de la wilaya. « Nous avons l’eau, la terre et les hommes ; tous les atouts pour faire de Mila une wilaya verte ; le label algérien d’une consommation bio. Il suffit d’oser», insiste le wali. Ce ne sont pas des propos démesurés, mais une réalité bien palpable à travers les mechtas de Beni Ouakden, Bourouh, Beni Guecha, El Fadhlia et El Khalfi. Avec la mise en place des plans de développement rural intégré, la stabilisation des populations rurales a atteint un niveau qui place Mila parmi les wilayas pionnières dans ce domaine. Si on prend l’exemple de Ferdjioua, les chiffres se passent de commentaires. En 2004, 23 aides à l’habitat rural seulement ont été enregistrées. En 2009, cette formule a enregistré un score fulgurant avec l’inscription et la satisfaction de 1500 demandes ! Pour l’ensemble de la wilaya, c’est-à-dire les 32 communes, ce sont plus de 113 00 aides à l’habitat rural qui ont été concrétisées. Mila est bel et bien jalouse de son cachet rural et le montre sans le moindre complexe pour le grand bien d’une population enracinée dans ses terres ancestrales. « Je ne veux pas d’un développement répétitif. Je sais où je vais. La destinée de plus de 800 000 habitants est très importante pour que l’on fasse l’économie d’un méticuleux état des lieux. Et puis servir l’Algérie et rendre hommage aux martyrs n’est pas une affaire de bonnes intentions et de slogans ; c’est surtout une bonne analyse de la situation en tenant compte des caractéristiques et des potentialités de la wilaya. Pour 2010-2014, les actions sont déjà ciblées. Nous avons un programme très ambitieux et c’est pour cela que je n’ai pas hésité à demander une enveloppe financière de 140 milliards de dinars », déclare M. Salhi, un wali pas vraiment comme les autres.

Université Boussouf : un chef-d’œuvre !

 En deux mots et trois mouvements, il a réussi à nous communiquer son enthousiasme. Un grand commis de l’Etat qui pratique le souci de la proximité avec une facilité déconcertante. Et ce n’est pas nous qui l’affirmons ! Avec M. Salhi, la preuve nous a été donnée que cette catégorie de responsables existe chez nous. Une catégorie de patriotes qui préfère travailler dans l’ombre ; sans faire de bruit et dans la discrétion la plus totale. Ces responsables «compassionnels » ont toujours eu horreur de la publicité! Nous l’avons vu et constaté à Mila où nous avons été invités à aller voir de près tout ce qui a été réalisé dans les domaines des travaux publics, de l’habitat, de l’enseignement supérieur, de la jeunesse et des sports ou de la culture. Petite wilaya par sa superficie, Mila s’est avérée très grande de par ses réalisations. Entre 2005 et 2009, l’ensemble du réseau routier de la wilaya a été remis à niveau. Toutes les opérations inscrites ont été achevées. 450 kilomètres de chemins communaux, réalisation de la pénétrante sud de Mila, sur 20 kilomètres, réalisation du contournement de Beni Haroun, sur 20 kilomètres, aménagement de la RN 100 Ferdjioua-Tleghma, aménagement de la RN 77 A Ferdjioua jusqu’à la limite de la wilaya de Sétif, réalisation des contournements de Tadjenanet, Tleghma et Ferdjioua, dédoublement de la RN 79 sur trois kilomètres jusqu’au nouveau pôle universitaire, réalisation et réhabilitation de 8 maisons cantonnières et surtout mise à la circulation d’un tronçon de 16 kilomètres de l’autoroute Est-Ouest qui traverse la wilaya sur une distance de 50 kilomètres. C’est en résumé l’aperçu que nous a permis un séjour de deux jours dans la wilaya de Mila. Mais cela nous a offert toutefois l’image d’une région qui se construit en toute vitesse et qui a envie de se faire connaître par l’Algérie entière ! Dans le domaine de l’habitat, la wilaya a connu une évolution remarquable. 7300 logements sociaux locatifs, 7000 autres sociaux participatifs et 11350 logements ruraux. Ces chiffres reflètent les efforts consentis par l’Etat, mais aussi la détermination des autorités locales à tout faire pour ne pas compromettre un programme national auquel les pouvoirs publics accordent une importance capitale. A Mila, on est déjà prêt à relever le défi de faire descendre le taux d’occupation du logement en dessous de la moyenne nationale ! Dans une entrevue que nous avons eue avec lui, le chef de la daïra de Ferdjioua nous a déclaré que le quota de logements réalisés est équilibré par rapport au nombre des demandes. «Je me sens parfaitement à l’aise au sein des commissions d’attribution », nous a-t-il affirmé. Lorsque nous avons visité la salle de sports et l’auberge de jeunesse de Ferdjioua, c’est là que nous avons bien saisi les propos du chef de la daïra. Il avait tout à fait raison d’être à l’aise ! Des performances que des grandes villes et des anciennes wilayas doivent certainement envier. Le top du top, nous l’avons laissé pour la fin. Il s’agit de l’université Abdelhafid Boussouf de Mila, un joyau architectural qui offre un environnement idéal aux études et à l’effort intellectuel, avec ses bâtiments bien agencés et fonctionnels, ses espaces verts et ses aires de détente. De quoi vous donner envie de reprendre vos études ! En se dotant de cette importante infrastructure en un temps relativement record, la wilaya de Mila vient d’accomplir un pas de géant vers une autonomie totale dans le domaine de l’enseignement supérieur par rapport aux villes universitaires qui constituaient auparavant l’accueil traditionnel des étudiants mileviens. Finis le calvaire et le parcours du combattant pour des centaines de jeunes filles et de jeunes garçons issus du monde rural et qui éprouvaient les pires difficultés à poursuivre leurs études supérieures à Constantine ou à Sétif, par exemple. C’est le wali qui a suivi en personne et dans le détail toutes les étapes de réalisation de ce projet, au point d’insister sur un détail aussi insignifiant comme la rampe d’escalier de la bibliothèque. Ayant un sens aigu de la perfection, M. Salhi s’est fait un point d’honneur en accordant une attention particulière à l’esthétique des 100 locaux commerciaux par commune initiés par le président de la République. Durant notre séjour à Mila, nous avons pu visiter les locaux implantés à Ferdjioua ; sans aucune exagération, ce sont de véritables centres commerciaux. « Je n’en ai pas fait des conteneurs », assure M. Salhi pour qui le désenclavement de Mila est devenu une réalité tangible grâce à un réseau routier, dense et performant. Tout un livre ne suffit pas pour énumérer la totalité des réalisations de la wilaya de Mila. Le nouvel hôpital de Chelghoum Laïd d’une capacité de 120 lits, équipé de toutes les commodités et qui entrera en service avant l’été, la maison de la culture de Mila, un véritable palais, les logements LSP de Zeghaïa et, tenez-vous bien, une école d’aviron, une première en Algérie, et dont le projet est à l’étude… Mila est une petite wilaya qui voit grand ! ■




 

Portrait
Le combat libérateur n’a pu être déclenché et être mené à son terme que grâce aux sacrifices de tout un peuple et à l’engagement indéfectible de sa jeunesse formée...