Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 119 - Fev 2019

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Medias

La démarche prudentielle du gouvernement

Ouverture du champ de l’audiovisuel ŕ l’investissement privé

Par Soulef Biskri



L’ouverture du champ audiovisuel à l’investissement privé est une vieille revendication, née dans le sillage de l’avènement de la presse écrite indépendante à l’orée des années 1990. Les troubles politiques et sécuritaires, qui ont plongé l’Algérie, une décennie durant, dans une crise profonde, ont incité les autorités nationales, à l’époque, à garder dans les tiroirs ce dossier. Dans un contexte de violence extrême, il n’était certes pas recommandé de libérer un canal d’information, susceptible de se transformer en un support de propagande alimenté par les groupes islamistes. Il est connu et reconnu que bien plus que les écrits, l’impact de l’image est immense, pour la simple raison que sa portée est plus grande. La télévision atteint les catégories de populations les plus vulnérables de par un niveau d’instruction bas ou limité et donc plus facilement influençables. Il est d’ailleurs admis que «ceux qui détiennent l’information et la diffusent à la télé possèdent un immense pouvoir et peuvent, par le biais des images et de paroles, transmettre des pensées malveillantes. Par conséquent, tenter de contrôler le monde ». Aujourd’hui, avec la restauration de la paix, le danger n’est guère apparent. Pourtant, les pouvoirs publics s’astreignent à la prudence. A l’Assemblée populaire nationale et dernièrement au séminaire sur le service public à la télévision et à la radio, Abdelkader Messahel, ministre de la Communication, affirmait que «l’ouverture du champ audiovisuel au privé est irréversible. (…) Nous nous sommes inspirés (en la matière, ndlr) d’une expérience de plus de vingt ans, dans la presse écrite privée, et ce avec ses côtés positifs et négatifs (…) Nous avons mesuré les risques de dérives, dans notre pays et ailleurs, desquels nous devons nous prémunir ». Dès lors, le gouvernement a élaboré un projet de loi spécifique à l’activité audiovisuelle, qui définit sa configuration, sa régulation et son exercice. Tout en permettant à l’opérateur privé d’investir dans ce domaine, il a prévu, dans le projet de texte, des dispositions garde-fou, qui préservent le service public et préviennent contre des manipulations malintentionnées des programmes et des velléités d’endoctrinement politique ou religieux. « La communication audiovisuelle, quel que soit le support terrestre ou satellitaire qui en assure la diffusion, influe de façon décisive sur l’opinion et les comportements, voire sur la décision politique. En raison de cet enjeu sociopolitique considérable, elle n’a jamais laissé indifférents les pouvoirs publics, dont la mission de gardien des intérêts moraux de la nation légitime leur intervention en la matière » a-t-on mis en préambule du projet de texte. « Il est nécessaire d’encadrer l’initiative privée (dans ce secteur) par des règles prudentielles liées aux conditions de création de nouveaux services de communication audiovisuelle, à leur mode de financement et au contenu de leurs programmes » poursuit-on. A ce titre, l’opérateur privé est soumis à une autorisation, valide dix ans pour les télévisions et cinq ans pour les stations de radio, pour « exploiter un service de communication audiovisuelle ». Il ne peut investir que dans la création de chaines strictement thématique. C’est justement cette restriction, contenue dans l’article 7 du projet de loi, qui suscité la controverse dans les milieux des professionnels des médias et aussi parmi les parlementaires. D’aucun estiment que c’est là une discrimination envers le privé interdit implicitement de lancer des télévisions généralistes. Le ministre de la Communication a alors précisé qu’une « chaîne thématique se décline en une chaîne à un seul thème ou à plusieurs thèmes. Il est bien signifié qu’elle peut être une chaîne à programme unique ou multiple ». Il s’est engagé ensuite à émettre des textes d’application qui affineront davantage le concept.
Des critères d’éligibilité à la création de chaines de télévision ou de station de radio privées sont également nettement codifiés par le texte du gouvernement, qui les assujettit, en outre, à un cahier de charge bien défini. Il est prévu aussi l’institution d’une Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV). Cette instance sera dotée de «toutes les prérogatives lui permettant de contrôler la conformité à la loi des différents aspects de l’exercice de l’activité audiovisuelle et de mettre en œuvre son pouvoir de régulation ». Il reste la régularisation des douze chaines privées, de droit international, qui émettent leurs programmes, strictement destinés aux Algériens, à partir de satellites hébergés essentiellement en Jordanie. A ce propos, Abdelkader Messahel, ministre de la Communication, est catégorique : « Quand la loi (relative à l’activité audiovisuelle, ndlr) sera adoptée, ces chaines devront se conformer à la loi. Il est dans l’intérêt de tout le monde qu’elles deviennent des chaînes de droit algérien puisque ça donne beaucoup d’avantages et ça éloigne un peu la contrainte. » A l’issue de leur conformité au droit algérien, ces chaines, pour émettre par satellite ou par télévision numérique terrestre (TNT), pourront utiliser la TDA (Télédiffusion algérienne) à qui revient la charge d’attribuer les créneaux. Il s’agit, selon Abdelkader Messahel, d’une question de souveraineté nationale qu’il n’est pas question de négocier.
 S. B.



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