Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 104 - Avril 2017

Go

Portrait

« L’artisanat, ma passion »

Mme Aicha Tagabou, Ministre Déléguée Chargée de l’Artisanat

Par Leila BOUKLI



C’est dans le hall de cet immeuble, sis au Sacré Cœur, que les anciens journalistes connaissent bien, pour avoir longtemps abrité le ministère de l’Information à l’époque, que nous attend un membre du cabinet de Mme Aicha Tagabou. Il nous conduit au 6e étage de l’édifice. Sur les lieux, nous traversons un long couloir aux murs tapissés de photos de mannequins arborant et attestant de la richesse des costumes de l’Algérie, pour aboutir dans un salon attenant au bureau de l’actuelle Ministre Déléguée chargée de l’Artisanat. Autour d’un thé, nous attendons sa venue admirant le mobilier et accessoires, bien de chez nous. Accueillante et souriante, elle entre vêtue de ‘Tassaghnest’, tenue que portent les femmes du Sud Algérien, ornée  d’un beau bijou en argent : la clé de sa ville natale Tamanrasset.
« Lorsque mes obligations me le permettent, et pour mes deux enfants, je me replonge dans mes racines afin de retrouver mes repères. J’aime de temps à autre m’éloigner du tumulte des grandes villes, et aller me perdre dans l’immensité de notre beau désert, écouter son silence enrichissant et régénérant  », nous confie-t-elle.

Son parcours
Mme Tagabou vint au monde les 7 septembre 1981, de parents Touaregs, son père est responsable et fondateur de l’agence ‘Oudane Voyages’, du nom d’une montagne de la région ayant la particularité d’émettre des sifflements la nuit. C’est la 3e de la fratrie de 6 enfants. Elle sera prénommée Aicha, du nom de sa grand-mère paternelle, une poétesse aveugle, qui l’initie à la poésie targuie, qu’elle récitait divinement et qu’elle avait hérité de sa maman, son arrière-grand-mère Tekidaout. Toutes les femmes de sa génération racontaient leur quotidien, exprimaient leurs sentiments, donnaient leurs points de vue aux générations futures.
« Je me revendique de cette filiation, de cette catégorie de femmes courage et femmes fortes qui nous ont transmis de belles valeurs, un beau savoir et un savoir-faire, et ont su vaincre les dures conditions de vie dans le désert. J’espère être à la hauteur de cet héritage et je m’y attèle incessamment et pleinement», souligne Mme Aicha Tagabou.
C’est entourée de l’affection des siens que la petite Aicha poursuivra à Tamanrasset son cursus scolaire, primaire et secondaire où elle choisit comme deuxième langue l’anglais et l’allemand. C’est une polyglotte qui obtient, toujours à Tamanrasset, son baccalauréat série- Lettres et langues étrangères avant de rejoindre la Fac Centrale d’Alger pour des études universitaires d’interprétariat Arabe-Français-Anglais. Après avoir validé avec succès sa Licence, elle opte pour la traduction et intègre son nouveau poste de travail au sein de la Cellule de Communication de Sonatrach, en 2009. Ensuite, elle évolue vers la Division Production de Sonatrach. Parallèlement, elle prépare sa post-graduation en Relations Internationales à l’Université d’Alger, en 2010. 
En 2014, elle reçoit un appel de la Présidence de la République lui demandant son curriculum vitae. A ce moment, elle est loin de se douter, elle qui a toujours été de cœur FLN et militante dans  l’ombre pour ce parti, qu’on voulait lui confier une fonction ministérielle, de surcroit dans un domaine qu’elle connait si bien et dans lequel elle excelle, l’artisanat. Peu de temps après, sa nomination au poste de Ministre Déléguée, chargée de l’Artisanat lui a été confirmée. Dès lors, ses proches, dont son père et son mari, fiers d’elle et conscients de l’importance de  la mission, la soutiennent pleinement.
« J’ai toujours adoré l’artisanat. Jeune fille je participais efficacement, avec mon père, à l’organisation de ses voyages dans le désert. C’est à moi qu’était dévolue la tâche d’accompagner les touristes découvrir les différents produits artisanaux de la région, entre autres, dans les souks. Mais, je n’ai jamais pensé devenir un jour ministre », admet-elle, ajoutant : « Étudiante, je n’ai jamais raté une foire Internationale de l’Artisanat ».
Prémonition, intuition purement féminine, non. Seulement sa passion depuis toujours pour cette richesse patrimoniale, dont elle mesure et sait apprécier la valeur, et qu’elle s’attèle à mettre en valeur dans l’exercice de ses fonctions.
«  Une période durant, les Algériens se sont éloignés de l’artisanat national. Mais aujourd’hui, Dieu merci, on remarque un grand retour vers l’authenticité, de nos compatriotes qui achètent de plus en plus nos produits artisanaux nationaux, d’autant que la qualité de production s’est beaucoup améliorée. Bien sûr, la large commercialisation reste toujours liée à un certain nombre de critères et domaines, en particulier le tourisme. Tourisme et artisanat sont deux domaines intimement liés. Deux choses qui vont ensemble. Sur ce point précis tous les efforts fournis par l’Etat en la matière ne peuvent qu’abonder dans le sens de l’amélioration, et de la progression escomptée  », indique-t-elle, soulignant que « de plus, grâce à la stabilité que connait le pays aujourd’hui, les touristes reviennent progressivement. Et tout cela grâce à la politique menée depuis 1999 par notre Président Abdelaziz Bouteflika.
Outre le développement de l’artisanat sur le territoire national, nous travaillons également à ce que ce riche et beau patrimoine soit connu, mis en valeur, et commercialisé à l’étranger. Dans ce cadre, nous participons aux différentes manifestations, foires, salons …, organisés en dehors du pays. Nous œuvrons aussi avec le ministère des Affaires étrangères pour dédier des espaces consulaires et des ambassades à exposer et commercialiser notre artisanat. Nous collaborons également avec le ministère des Transports, pour la mise en place de boutiques d’artisanat dans les aéroports, les ports, mais aussi à bord des bateaux. Ces produits artisanaux sont de véritables créations artistiques. Certains d’entre eux peuvent sembler, au premier abord, onéreux, mais ils sont réalisés minutieusement à la main, à partir de matériaux nobles. Pour moi, il est indispensable en quelque sorte, qu’ils réintègrent les différentes casbahs du pays afin de les valoriser en leur rendant leur âme. Ces lieux, également une véritable richesse patrimoniale, sont très visités et très prisés par les touristes.
Elle poursuit : « L’artisanat est un secteur économique par excellence du fait qu’il participe pleinement à la création de l’emploi. Il y a eu 875.000 emplois créés, dans différentes spécialités d’artisanat d’art, services et production de biens. Le secteur de l’artisanat permet à plusieurs familles de subvenir à leurs besoins principaux tout en améliorant leur situation sociale. Et plus particulièrement, la femme artisane représente 30% dans ce secteur. La plupart de ces femmes artisanes pratique de l’artisanat d’art qui nécessite beaucoup de sensibilité, de savoir-faire et de patience. Il faut à une femme, pas moins de 6 mois pour faire un tapis. Les femmes ont un instinct inné de la beauté et la finesse. »
De plus, il est urgent de réfléchir à sauvegarder certains métiers en voie de disparition, et particulièrement à travers  la formation. Mme Tagabou donne l’exemple des maréchaux ferrants. « Lors d’une visite à la jumenterie de Tiaret en 2015, nous avions trouver qu’un seul maréchal ferrant mais aujourd’hui et grâce a la formation nous avons une trentaine de personnes formées à ce métier.
Quant aux matières premières, qu’il s’agisse notamment, du cuir, de la laine, du corail… en général elles sont disponibles en Algérie. Pour d’autres matières, non disponibles sur le territoire national, des solutions ont été apportées. A titre d’exemple, pour la dinanderie les fournisseurs reçoivent paiement après la vente du produit. ». Acte, dit-elle, « que nous encourageons vivement.  Pour l’argent et les métaux précieux, c’est Agenor – Agence relevant de l’Industrie et des Mines – qui fournit aux artisans ces matières. Et nous avons soutenu les artisans en la matière jusqu’à ouvrir des points de vente au sein des chambres d’artisanat afin d’appuyer la proximité, leur faciliter l’accessibilité aux matières premières et leur éviter  le déplacement à Alger ».
 « L’artisanat est un secteur important qui fait partie de notre identité et de notre patrimoine culturel. En Algérie, l’artisanat est beau, riche et varié à l’image de la richesse et la diversité de nos régions,  de l’immensité et de la beauté de notre territoire National », indique Madame la Ministre Déléguée Chargée de l’Artisanat
L’artisanat, tient-elle à souligner, « est un secteur que nous voulons au cœur de l’économie Nationale, car créateur d’emplois et de richesse, mais également facteur participant au développement humain», dit-elle. « J’ai toujours soutenu et encouragé les artisans à aller de l’avant pour améliorer la qualité de leurs produits afin de pouvoir répondre à l’exigence et aux attentes de ce marché très concurrentiel », conclut Mme Tagabou, ministre déléguée chargée de l’Artisanat, qui nous apprend qu’elle serait candidate du parti FLN lors des prochaines législatives, et ce la dans la wilaya d’ILLIZI .
L. B.



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Leila BOUKLI

Les plus lus

L’Algérie avant tout
Par AMMAR KHELIFA.

Protection civile
Par Farid HOUALI.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF