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N° 120 - Avril 2019

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Ali Tounsi, artisan de la modernisation des services de la sûreté nationale

La fin tragique d’un patriote infatigable

Nacer Zenati



L’homme qui a traversé tous les obstacles dressés sur sa voie par les contingents de la colonisation dans les maquis de Telagh à Sidi Bel Abbés, vient d’être tué, dans son bureau au niveau de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) à Alger, suite à une balle assassine. Ali Tounsi touché à bout portant a succombé à ses blessures. Patriote accompli et homme au tempérament serein, qualité qu’il a dû tirer du calme légendaire propre aux hommes du ministère de l’Armement et des Liaisons générales (MALG), ancêtre des services secrets algériens qu’il a eu à côtoyer tout au long de sa carrière, il fut l’homme de la situation qui a su transformer les services de la police algérienne, fortement ébranlés par une décennie d’insécurité, marquée par des assassinats et des sabotages de toutes sortes. Rien ne prédestinait cet ancien moudjahid de la Wilaya V historique et patron de la DGSN, à une fin aussi tragique. Ayant côtoyé la mort des années durant dans les maquis de l’ALN, cet ancien élève du lycée de Meknès (Maroc), dans les années cinquante, s’est enrôlé dans les rangs de la résistance algérienne à l’âge de 19 ans. A peine sorti de l’adolescence, il s’est engagé dans le combat libérateur de son pays, avec cette idée que la mort pour sa patrie est la meilleure mort qui puisse être octroyée à un humain qui vit sous le joug réducteur de la colonisation. Les années passèrent, et le jeune Ali Tounsi sort vivant du combat le plus féroce qu’il a eu à mener dans les maquis de Telagh. Affecté par près de six ans de vie dans les conditions effroyables imposées par le combat, avec leurs lots quotidiens d’accrochages et de harcèlement des forces de la colonisation avec sa puissance de feu incroyable, Ali, qui fut capturé et emprisonné, vivra, la mort dans l’âme, les douleurs de la crise ayant apparu les premiers mois de l’indépendance et la guerre fratricide à laquelle se sont livrés les frères-ennemis. Son engagement dans le combat libérateur faisait suite à l’appel à la grève des étudiants et lycéens du FLN, lancé le 19 mai 1956. Il disait de cet appel ce qui suit : "Nous l’avons suivi avec l’enthousiasme propre à notre âge et beaucoup d’entre nous se sont proposés pour prendre les armes. Ce n’était pas facile car les moyens financiers de la Révolution étaient limités. A l’époque, pour intégrer les rangs des combattants, il fallait payer son arme et celui qui ne pouvait se le permettre devait attendre son tour comme on dit. Et du jour au lendemain, on se retrouvait dans les rouages de la Révolution après des initiations à divers niveaux selon les compétences de chacun." L’ironie du sort qui a frappé tragiquement Ali Tounsi, fait qu’il succombe à une balle tirée d’une arme censée le protéger et à protéger les citoyens. Il traversa toute cette période où, il était exposé quotidiennement à une mort certaine, avec la seule idée que s’il devait mourir, il aurait rempli pleinement son devoir et s’il devait sortir indemne, il consacrerait le reste de sa vie à la construction de son pays. C’est ce qu’il fera, par la suite, lorsqu’il s’engage dans les services secrets de son pays, durant une période traversée par de forts remous sur le plan régional et surtout, marquée par le sempiternel conflit arabo-israélien. Ali remplit sa mission de fort belle manière, sous son pseudonyme qui le suivait depuis le maquis de Telagh, ’’Si Ghouti’’. Même après sa retraite méritée, il continua à servir son pays dans le cadre de la lutte antiterroriste. Ses amis, comme ses détracteurs d’ailleurs, reconnaissent en lui l’homme qui a pu transformer les services de la police algérienne, en les réconciliant avec leur efficacité d’antan qui a commencé à battre de l’aile devant la surprise des actes terroristes dans les années quatre-vingt-dix. Le colonel Si Ghouti sut, avec perspicacité, imposer discipline et efficacité dans un corps de sécurité qui a payé un lourd tribut pour assurer la sécurité des citoyens. Il le fut à coups de sacrifices énormes, lui, qui passait toute ses journées à l’intérieur de son bureau ou sur les chantiers de la DGSN qui s’est fixé comme objectif d’arriver à mettre la police algérienne au niveau des standards internationaux. Privilégiant la formation, à partir de son idée majeure, « bien s’instruire pour mieux servir", les promotions d’officiers et de policiers se succédèrent à un rythme, faisant qu’il comptait atteindre le niveau de couverture appréciable du territoire national avant la fin 2010. Son passage à la tête de la DGSN fut, également, marqué par l’intégration des femmes au sein de ce corps qui a connu cette tradition depuis l’ère du Président Chadli Bendjedid. Le retour de la femme au sein de la police marquera, d’ailleurs, le déclin du terrorisme en Algérie. Ali Tounsi s’en va dans des conditions tragiques mais l’adage qui dit que les grands hommes ne meurent jamais dans le lit vient de refaire surface pour confirmer cette règle, en disant que le désormais ex-DGSN est mort debout dans son bureau quand il s’apprêtait à organiser une réunion avec ses collaborateurs. Quand la balle de l’ingratitude l’atteignit en cette matinée hivernale, tirée d’une arme supposée être amie, pour mettre un terme à une vie vouée au service du pays, c’est qu’un nom illustre venait d’être ajouter à la liste des grands patriotes qui ne sont plus de ce monde et qui demeurent eternels pour les nationalistes de ce pays ■



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