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N° 80 - Dec 2014

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L’eau, une priorité de l’Etat

Par Ammar Belhimer

Elles semblent bien loin les manifestations d’août 1988 dans l’Est du pays contre les pénuries quotidiennes d’eau et les prévisions les plus pessimistes, voire apocalyptiques, d’experts malintentionnés prévoyant que l’Algérie manquera d’eau, avant d’avoir épuisé ses ressources pétrolières et gazières.

 

Le tournant date de janvier 2005, lorsque le Conseil des ministres boucla le projet de loi sur l’eau qui sera soumis à l’Assemblée populaire nationale au cours de la même année.
Le projet de loi est un juste équilibre entre le « plus ou tout Etat » et le « moins Etat » ou « tout privé ». L’équilibre tient à un partenariat public-privé construit sur un double mécanisme connu des juristes : d’abord, la concession octroyée par l’Etat aux personnes morales de droit public ; ensuite, un mécanisme complémentaire, la délégation de service public accordée par l’Etat ou les concessionnaires à des opérateurs publics ou privés.
Dans le mode de gestion déléguée par contrat, la collectivité locale confie à une entreprise privée tout ou partie de l’exploitation des infrastructures, mais conserve les pouvoirs d’autorité, d’organisation et de contrôle, pouvoirs dont relève notamment la fixation du tarif (c’est l’exemple français de l’intervention du privé).
Au-delà des techniques juridiques usitées, ce sont les sphères d’activités couvertes qui importent. Les experts distinguent deux autres degrés dans l’intervention du privé : dans la privatisation du service des eaux, l’entreprise privée devient alors propriétaire des infrastructures, mais elle est contrôlée par une agence de régulation nationale chargée de la réglementation, du contrôle de qualité, de l’établissement du niveau des tarifs et de la fixation des objectifs. La Grande-Bretagne en est le prototype.
 Dans le cas de la société mixte, les investisseurs institutionnels, majoritaires, confient un contrat d’exploitation à l’opérateur privé. Ce modèle est connu en Europe continentale, notamment en Allemagne.
Ecartant toute idée de privatisation du service public à travers une cession pure et simple des actifs au secteur privé, l’Algérie a fait appel à l’expertise extérieure dans le domaine de la distribution, appel comportant  un appui au management et à la remise à niveau des systèmes, comme préalable à la concession envisagée pour les partenaires nationaux et étrangers. L’objectif est d’améliorer le ratio entre les ressources renouvelables et la consommation en partant d’un niveau d’alerte : les experts estiment que si la ressource naturelle en eau tombe à moins de 1000 m3/hab. en année moyenne, elle devient une ressource rare. En 2020, on prévoit qu’elle descendra à 420 m3/hab/an et en 2025 à 300 m3/hab/an (si on ne compte qu’avec les eaux de surface, ce ratio sera de 200 m3/hab/an). Cette tendance s’appuie sur un facteur objectif : l’Algérie est un pays semi-aride. La croissance démographique et le développement économique et social entraînent de plus grands besoins en eau et une demande plus forte, alors que les ressources en eau sont limitées et de faible qualité.
Les efforts n’ont pas seulement porté sur l’amélioration du système de gestion. L’hydraulique figure également au titre des grandes priorités du plan quinquennal en cours (2010-2014).
Dix-neuf barrages seront construits pendant cette période. Pour rappel, le pays est passé d’une quarantaine de barrages à la fin des années 1970 à soixante-six aujourd’hui, dont soixante-trois sont déjà en exploitation, au moment de l’annonce des projets du quinquennal en 2010. 20 milliards de dollars US (14,8 milliards d’euros) sont alloués au titre du plan quinquennal 2010-2014 à l’ensemble des investissements dans le secteur des ressources en eau
Outre les dix-neuf nouveaux barrages, quarante stations d’épuration des eaux usées seront réalisées au cours de la même période, de 2010 à 2014. Cet effort portera la capacité d’épuration à l’horizon 2020 à 1,2 milliard de m3/an.
Le volume annuel des eaux usées rejetées actuellement est estimé à environ 750 hm3/an ; il passera à plus d’un milliard de m3/an à l’horizon 2020 et constituera une alternative salutaire en matière de réutilisation de ces eaux à des fin d’irrigation ou industrielles dans les années à venir.
Auparavant, près de 1500 projets ont été lancés dans le cadre du programme complémentaire de soutien à la croissance couvrant la période 2005/2009, et ce, grâce à la mobilisation d’un volume d’investissements qui avoisine les dix-huit milliards de dollars américains.
Dans le cadre de ce programme, des réalisations majeures ont vu le jour. Il s’agit, entre autres, du complexe hydraulique de Beni-Haroun, opérationnel depuis septembre 2007, d’une interconnexion de cinq barrages permettant l’amélioration de l’alimentation en eau potable de quatre millions d’habitants, répartis sur le territoire de six wilayas et de l’irrigation de 40.000 hectares dans quatre grands périmètres.
Dans la liste des mêmes réalisations figure également le complexe hydraulique de Taksebt qui produit, à partir du barrage du même nom et depuis mars 2008, 250.000 m3 d’eau potable pour l’alimentation des localités situées sur le couloir Tizi Ouzou-Boumerdès-Alger. Ce à quoi, il faudra ajouter :

                                                                       
 le système MAO vers les wilayas de Mostaganem et Oran (155 hm3/an) ;
 les barrages Erraguène, Tabellout et Draa Diss vers la wilaya de Sétif (189 hm3/an) ;
 les barrages Ighil Emda et Mehouane vers la wilaya de Sétif (119 hm3/an) ;
 la réhabilitation des réseaux d’AEP dans 13 grandes villes du pays ;
 les travaux de lutte contre la remontée des eaux à El Oued et Ouargla ;
 les projets de protections des agglomérations contre les inondations ;
 la réalisation de quarante stations d’épuration, auxquelles s’ajoutent la réhabilitation de 20 STEP et la construction de 50 stations de lagunage.
                                                                       

Cet effort sans précédent de l’Etat a porté le taux de raccordement aux réseaux d’AEP à 92% et celui du raccordement à l’égout à 86%.
La dotation quotidienne en eau potable par habitant est de 165 litres distribués au quotidien dans plus de 70% des chefs-lieux de communes.
L’Algérie devait aussi, au titre du même programme, achever le projet colossal de transfert de l’eau d’In-Salah vers Tamanrasset (centre), lancé en janvier 2008 par le Président Abdelaziz Bouteflika, dans le cadre de la modernisation du réseau d’approvisionnement en eau potable de la région.
Ce projet, qui a nécessité un financement de 197 milliards de dinars algériens (environ 2,7 milliards de dollars américains), comprend 48 forages, 2 conduites de 750 km, 6 stations de pompage, 2 grands réservoirs de 50.000 m3 chacun et une station de déminéralisation de l’eau.
Trois compagnies chinoises et l’entreprise algérienne Cosider ont été chargées de sa réalisation. Les installations assurent une capacité théorique de transfert de 100.000 m3/jour, pour les besoins d’une population estimés entre 15.000 et 20.000 m3/j.


                                          
A.B.



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