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N° 120 - Avril 2019

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Abdelmalek Sellal, Premier ministre

Les secrets d’une réussite

Par Ammar Belhimer



Il s’est révélé sur le terrain et ne doit ses succès qu’à son application à la tâche. Il est le produit même de la méritocratie tant espérée et pas encore toujours évidente. Plus généralement, l’homme est souple, jovial, lisse. Cela donne une synthèse de grand frère idéal, de bonus pater familias et d’artisan laborieux et méticuleux. 

 

La démarche incarne une profonde conviction que le développement, le progrès, résulte d’efforts cumulatifs et par/dans la durée. Il l’aura notamment expérimentée au cours de son long passage à la tête du secteur de l’hydraulique.
En effet, le pari gagné du nouveau Premier ministre, qui aura pesé tout autant que sa direction de campagne présidentielle du président de la République, a certainement trait à la bataille de l’eau. La guerre de l’eau, dit-on sous d’autres cieux, tant la ressource peut consolider, comme elle peut la fragiliser, la stabilité des États. On se rappellera qu’en Octobre 1988, « la goutte qui avait fait déborder le vase », l’expression n’aura jamais été aussi appropriée, se rapportait aux manifestations qui avaient allumé l’est algérien en réaction à des pénuries prolongées et quotidiennes d’eau.
Depuis, rien de notable n’aura été fait jusqu’en janvier 2005, lorsque le Conseil des ministres a mis la touche finale au projet de loi sur l’eau qui sera soumis à l’Assemblée populaire nationale au cours de la même année.
Deux fronts sont alors ouverts : améliorer le système de gestion et accroître les disponibilités hydriques.
Premier front : la rupture avec l’ancien système bureaucratique et budgétivore de gestion d’une ressource rare, avec ce qu’il impliquait comme gaspillages et dilapidations.  Le projet de loi est un juste équilibre entre le « plus ou tout Etat » et le « moins Etat » ou « tout privé ». L’équilibre tient à un partenariat public-privé construit sur un double mécanisme connu des juristes : d’abord, la concession octroyée par l’Etat aux personnes morales de droit public ; ensuite, un mécanisme complémentaire, la délégation de service public accordée par l’Etat ou les concessions à des opérateurs publics ou privés. La question semble être partout la même : comment concilier « la vertu du public », les missions de service public associées au caractère vital de la ressource, et « l’efficacité du privé », particulièrement au stade de la distribution ?
Suivant une démarche classique, le « privé » est la preuve de  l’efficacité du marché car il fonctionne selon la règle du libre-échange consistant à mettre en relation l’offre et la demande pour parvenir à une solution satisfaisante pour chacune des parties grâce au jeu, dit « universel et général», de la concurrence libre et parfaite (non faussée).
Il s’agit de parvenir, à un niveau fondamental, à l’exercice plus ou moins régulé de la libre entreprise. La pleine expression de celle-ci requiert, théoriquement, un marché ouvert en permanence – ce qu’il ne peut être que s’il donne une information pure et parfaite aux agents qui s’y trouvent ou qui y accèdent. À défaut, c’est le monopole, la concentration et son corollaire l’arbitraire et la dictature du « premier venu » qui succèdent à la gabegie et au laisser-aller de la gestion administrée et bureaucratique.
Écartant toute idée de privatisation du service public à travers une cession pure et simple des actifs au secteur privé, l’Algérie a fait appel à l’expertise extérieure, plus particulièrement française, dans le domaine de la distribution, appel comportant  un appui au management et à la remise à niveau des systèmes, comme préalable à la concession envisagée.
Second front : améliorer le ratio entre les ressources renouvelables et la consommation en partant d’un niveau d’alerte. Il est généralement admis qu’en théorie une ressource devient rare lorsqu’elle descend au-dessous de 1000 m3/hab. en année moyenne.
Dans un pays classé « semi-aride », affichant une reprise de la croissance démographique, après une longue hivernation, et du développement économique et social, après la récession attachée à l’ajustement structurel, la demande en eau devenait problématique. Elle bénéficiera de toutes les attentions, le secteur de l’hydraulique figurant encore aujourd’hui au titre des grandes priorités du plan quinquennal en cours (2010-2014), durant lequel pas moins de 19 nouveaux barrages doivent être construits. Pour rappel, le pays est passé d’une quarantaine de barrages à la fin des années 1970 à 66 aujourd’hui, dont 63 sont déjà en exploitation, au moment de l’annonce des projets du quinquennal en 2010.
Vingt milliards de dollars US (14,8 milliards d’euros) sont alloués au titre du plan quinquennal 2010-2014 à l’ensemble des investissements dans le secteur des ressources en eau
Outre les 19 nouveaux barrages, 40 stations d'épuration des eaux usées seront réalisées au cours de la même période, de 2010 à 2014. Cet effort portera la capacité d'épuration à l'horizon 2020 à 1,2 milliard de m3/an.
Cet effort sans précédent de l’Etat a porté le taux de raccordement aux réseaux d’AEP à 92% et celui du raccordement à l’égout à 86%.
La dotation quotidienne en eau potable par habitant est de 165 litres distribués au quotidien dans plus de 70% des chefs-lieux de communes.
L'Algérie devait aussi, au titre du même programme, achever le projet colossal de transfert de l'eau d'In-Salah vers Tamanrasset (centre), lancé en janvier 2008 par le Président Abdelaziz Bouteflika, dans le cadre de la modernisation du réseau d'approvisionnement en eau potable de la région.
Le projet, qui a nécessité un financement de 197 milliards de dinars algériens (environ 2,7 milliards de dollars américains), comprend 48 forages, 2 conduites de 750 km, 6 stations de pompage, 2 grands réservoirs de 50.000 m3 chacun et une station de déminéralisation de l'eau.
Trois compagnies chinoises et l'entreprise algérienne Cosider ont été chargées de la réalisation du projet. Les installations assurent une capacité théorique de transfert de 100.000 m3/jour, pour les besoins d'une population estimés entre 15.000 et 20.000 m3/j.

Reconnaissance universelle
Le Congrès mondial de l’eau, tenu les 12 et 13 mars 2012 à Marseille, avait inscrit au menu de ses travaux l’expérience algérienne en matière de gestion et de distribution de l’eau.
Abdelmalek Sellal y avait vu «un rendez-vous important», par lequel la communauté internationale saluait les succès de l’expérience algérienne : «L'Algérie est passée de la mobilisation de la ressource par des moyens conventionnels (nappes et eaux des pluies) à d'autres non conventionnels (dessalement de l'eau de mer)».
L’Algérie tenait désormais une place centrale dans ce qu’il est convenu d’appeler «l’hydrodiplomatie» et ce qu’elle comporte comme autres déclinaisons majeures, notamment « la sécurité hydraulique » et « l’hydropuissance ». C’est, pour prendre l’exemple de la région MENA, ce qui fait la différence entre des pays qui ont émergé au rang de puissances régionales, comme la Turquie et Israël, d’une part, et l’Arabie saoudite qui peine à trouver ses marques, d’autre part.
Au delà des autres aspects fondamentaux de la question - comme les catastrophes qu’elle peut provoquer (dégâts causés par les inondations) et sa qualité à la distribution –, l’eau se caractérise par sa rareté. L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains.
La gestion du secteur de l’hydraulique au cours de la dernière décennie aura permis à notre pays de prendre la pleine mesure de son caractère vital.
Ammar Belhimer



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