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N° 117 - Nov 2018

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LA POLICE ALGERIENNE DES HOMMES ET DES MISSIONS

Par Assa Kasmi, Ancien cadre de la Sret Nationale



En tout état de cause, indépendamment de la gestion des hommes et des conditions d’exercice de la responsabilité, la police algérienne s’est frayé dignement son chemin et occupe une place de choix parmi les autres institutions nationales. Elle s’est imposée par sa discipline, sa cohésion, sa loyauté, son dévouement à l’Etat, le patriotisme de ses hommes et femmes et leur attachement indéfectible à l’Algérie républicaine. Les trois générations qui l’ont composée, de 1962 à nos jours, ont toutes contribué au même degré à l’édification d’une institution solide, d’essence fondamentalement sociale et de destin républicain au service de la nation toute entière. Leurs sacrifices au service de la patrie sont incommensurables. J’émets ici le souhait que l’Algérie n’oubliera pas ceux parmi ses enfants qui ont accepté d’offrir leur vie pour sauver leur cher pays.

 

Nul doute que l’histoire de la police algérienne se confond avec la naissance et l’évolution de l’administration nationale postindépendance dans son ensemble en raison de la relation organique qui lie l’institution de la police à l’Etat, à la fonction publique. Il appartient aux cadres ayant eu le privilège et l’honneur d’assister à cette naissance et d’accompagner le « bébé » Algérie dans ses premiers pas et dans ses balbutiements ultérieurs, de rapporter et de restituer à l’intention des générations futures les conditions difficiles ayant présidé à l’édification des premiers jalons de l’administration publique algérienne. Il est à mon sens de leur devoir de capitaliser et de restituer à la société ce qu’ils savent et ce qu’ils ont appris au cours de leur carrière. Il me semble que personne ne peut le faire à leur place.
D’une manière générale, tout le monde sait qu’au lendemain de l’indépendance, le départ massif et précipité des Européens qui constituaient la quasi-majorité de l’encadrement des structures nationales et locales héritées du colonialisme, a provoqué une véritable paralysie dans le fonctionnement de ces structures. La minorité tout à fait infime d’Algériens ayant exercé des fonctions de gestion et de maîtrise était incapable de suppléer le vide effroyable laissé par le colonisateur dans tous les secteurs d’activité. En réalité, il faut le dire, l’image que présentait l’Algérie à cette époque précise, s’apparentait à une sorte d’hémorragie mortelle au moment où le pays sortait meurtri d’une guerre, d’un génocide ayant coûté la vie à un million et demi parmi les meilleurs de ses enfants. Une telle situation aurait pu aboutir à une anarchie totale aux conséquences catastrophiques, n’eût été le sursaut salutaire du peuple algérien toujours prêt à relever les défis quelle que soit leur ampleur, comme il l’a constamment fait au cours de sa longue et glorieuse chevauchée.
S’agissant spécialement de la police, étant le sujet qui nous intéresse aujourd’hui dans ce modeste témoignage, c’est dans les circonstances extrêmement difficiles et complexes rappelées ci-dessus qu’est née l’institution de la police algérienne, circonstances aggravées par la nature des nombreux défis que la société algérienne se devait de relever tout particulièrement dans les domaines de la sécurité et du maintien de l’ordre. L’Etat algérien renaissant devait en effet prendre des décisions urgentes et courageuses pour garantir un seuil minimum de paix et de tranquillité afin de permettre au train de l’indépendance de démarrer sans trop d’obstacles. Ce train auquel les autorités coloniales avaient prédit tambour battant tous les malheurs du monde.
Pour que le lecteur puisse mieux appréhender les grandes lignes du processus d’évolution de la Sûreté nationale depuis l’indépendance à nos jours, puisque l’histoire de cette grande institution reste à écrire par les spécialistes en la matière, le sujet sera abordé en le scindant en quatre principales étapes correspondant globalement aux différentes phases ayant marqué cette évolution. La première concerne la période de juillet 1962 à juin 1965, la deuxième de juin 1965 à 1969, la troisième de 1970 à 1988, et enfin la quatrième à partir de 1989. A vrai dire, le travail de police pour les militants du FLN a commencé juste après le cessez-le- feu (19 mars 1962), que l’OAS voulait saboter à tout prix en mettant en action ses commandos d’assassins décidés à semer la terreur au sein de la population algérienne et à détruire toutes les infrastructures utiles. Des centaines d’hommes avaient été mobilisés durant la période séparant le 19 mars du 5 juillet 1962, dans les principales villes du pays pour faire face à la folie meurtrière des partisans de l’Algérie française. Après l’indépendance, ces valeureux patriotes ont tous intégré les rangs de la police pour servir d’encadrement aux nouvelles recrues.
Première phase (1962-1965) : la naissance
C’est en fait le 22 juillet 1962 qu’a été délivré l’acte de naissance de la Direction générale de la Sûreté nationale lors d’une cérémonie officielle organisée au Palais du gouvernement et au cours de laquelle il y eut passation de consignes entre le tout premier Directeur général de la Sûreté nationale (Mohamed Medjad) et le délégué à l’ordre public de l’Exécutif provisoire (Abdelkader El-Hassar) institué par les accords d’Evian et installé au lendemain du cessez-le-feu à Rocher-Noir (Boumerdès), sous la présidence de Abderrahmane Farès. La date sus-citée a d’ailleurs été choisie par la suite pour la célébration chaque année de la Fête nationale de la police algérienne à partir de 1968.
Dès sa création, la nouvelle institution allait faire face à une multitude d’obstacles qu’elle devait franchir coûte que coûte. D’abord, il lui fallait affronter le vide redoutable créé par le départ soudain de tous les fonctionnaires de police français qui constituaient la quasi-majorité des effectifs de la police.
Dans les commissariats de police et au niveau de toutes les autres structures administratives ou actives, il ne restait que quelques éléments parmi les Algériens qui étaient auparavant en fonction au sein de la police française et dont le nombre au total ne dépassait guère quelques centaines avec une grande partie d’encadreurs tout de même. Ces derniers ont constitué en quelque sorte le premier noyau de la police algérienne auquel se sont joints rapidement d’autres cadres de valeur provenant de la Fédération de France du FLN, d’une part, et d’autre part, parmi les Algériens qui exerçaient dans la police marocaine et tunisienne, lesquels se sont empressés de rentrer dans leur pays dès les premiers jours de l’indépendance, pour contribuer à son édification. Mais le nombre de ces derniers ne dépassait pas au total 50 personnes.
A cet effectif de base en termes d’encadrement, s’est ajouté un apport appréciable composé d’une trentaine de jeunes commissaires de police que le FLN avait placés en formation à l’Académie de police du Caire (Egypte) durant les trois dernières années de la Révolution. Le rôle de cette catégorie de fonctionnaires formés essentiellement en arabe a été déterminant dans le domaine de la formation en premier lieu et lorsqu’il a fallu entamer l’arabisation des services de police au début des années 1970, en second lieu. Parmi eux, l’on pourrait citer sans risque de susciter la polémique, Rachid Khaldi qui est incontestablement le « père » de la formation policière qu’il a dirigée d’une main de maître durant un quart de siècle (1964-1989).
Le deuxième obstacle de taille auquel la DGSN s’était trouvée confrontée découlait du fait que les autorités coloniales avaient « pris le soin » de rapatrier ou de détruire une grande partie des archives et des fichiers de police que détenaient les commissariats et certains services administratifs centraux.
Néanmoins, la priorité absolue avait été accordés aux opérations de recrutement de jeunes choisis en particulier dans les rangs de l’ALN et de l’Organisation civile du FLN, admis dans des centres de formation accélérée avant de rejoindre leur poste d’affectation. Il faut reconnaître qu’en dépit de toutes les difficultés, la volonté, le patriotisme et le dévouement indéfectible de ces hommes aguerris par la Révolution et pétris de ses valeurs, sont venus à bout de toutes les embûches qu’ils rencontraient sur leur chemin. Il est vrai que leur tâche avait été largement facilitée par le degré de maturité de la plupart de nos citoyens animés à l’époque d’une motivation profonde et sincère de reprendre le flambeau de la Révolution dans le même élan pour édifier rapidement un Etat national fort et stable, en mesure de garantir à tous ses enfants traumatisés par une longue nuit coloniale, la paix et la sécurité qui fondent incontestablement le développement d’un pays dans tous ses compartiments.
Dans le cadre de la concrétisation de cet objectif prioritaire de recrutement et de formation, de nombreuses écoles de police ont été ouvertes à commencer par celle d’Hussein Dey, en novembre 1962, celles de Constantine et de Tlemcen, en 1963 et enfin celle de Sidi Bel Abbès, en 1964. En un laps de temps très court, ces établissements de formation ont réussi à produire un effectif relativement suffisant pour prendre en charge autant que possible la sécurité des personnes et des biens. Avec un faible salaire, des moyens matériels inexistants ou insignifiants, ces hommes se sont mobilisés nuit et jour, au détriment de leur santé et de leurs familles et sans réclamer aucune contrepartie. Ils ont accepté sans sourciller d’être affectés loin de chez eux, à des postes déshérités, aux fins fonds du territoire national, ceux de l’Est à l’Ouest, ceux de l’Ouest à l’Est, ceux du Nord au Sud. Faute de pouvoir déplacer leur famille, la majorité d’entre eux a résidé dans des petits hôtels, des meublés et dans des hammams carrément. D’autres ont été contraints, comble de l’ironie, d’occuper les geôles de certains commissariats de police. Cette situation n’a pas manqué à l’évidence de se répercuter de façon très négative sur la cohésion familiale de ces policiers et sur la scolarité et l’éducation de leurs enfants.
En fait, l’évolution quantitative dans ce domaine précis ayant trait à la formation n’a connu son accélération décisive qu’avec l’ouverture au mois d’août 1969 de l’Ecole d’application de la Sûreté nationale à Soumaâ, dans la wilaya de Blida, ainsi que l’Ecole supérieure de police à Alger, au mois de janvier 1970. Afin de renforcer le corps enseignant des établissements de formation, un groupe composé d’une trentaine de stagiaires avait envoyé en 1967 en Allemagne fédérale, en vue de recevoir en deux années une formation polyvalente et qualifiante dans plusieurs disciplines, notamment en matière de pédagogie et de techniques d’enseignement. En plus, il avait été fait appel aux meilleurs cadres ayant fait la preuve de leur compétence sur le terrain, avant de montrer d’autres qualités humaines et professionnelles inestimables qu’ils ont transmises durant des années à des générations de jeunes recrues.
Au plan de l’organisation et du fonctionnement proprement dit, cette phase a été caractérisée par le tâtonnement inévitable, l’improvisation et l’acquisition « intuitive » de l’expérience dans tous les domaines, entre autres, la gestion financière, matérielle et administrative, le fonctionnement des structures décentralisées au niveau régional et local. L’organigramme hérité de l’administration coloniale a été maintenu tel quel avec de légers aménagements. Sans vouloir aller dans les détails, il nous appartient de noter que l’institution de la Sûreté nationale a bénéficié de la part de l’Etat, malgré le manque de moyens financiers, d’un intérêt soutenu compte tenu de la sensibilité de sa mission dans un pays renaissant de ses cendres, vivant une situation précaire et aléatoire pouvant connaître à tout moment des troubles imprévisibles. Les causes de ces perturbations de l’ordre public ne manquaient pas : le conflit interwilayas, la lutte implacable engagée par les divers groupes antagonistes pour accaparer pouvoir, la remise en surface de toutes les contradictions et convoitises étouffées durant la guerre de libération nationale, le conflit des frontières avec le Maroc, sont tous des événements aux conséquences directes sur la sécurité et la stabilité du pays.
Au regard de l’importance et des enjeux que représentait l’institution de la Sûreté nationale à cette époque déjà, les autorités politiques, conscientes justement de ce facteur, se sont évertuées à placer à sa tête des hommes dont les profils répondaient parfaitement aux critères de patriotisme et de loyauté éprouvés durant la Révolution, mais aussi souvent au gré des fluctuations politiques en cours. C’est ainsi que de juillet 1962 au mois de juin 1965, ce ne sont pas moins de quatre directeurs généraux qui se sont succédé à ce poste : Mohamed Medjad, M’hamed Yousfi, Mohamed Larbi Tayebi et Mohamed El-Ouassini Yadi. Le 1er juin 1965, arrive comme directeur général de la Sûreté nationale Ahmed Draïa qui était avant cette date commandant du Corps national de sécurité (CNS) et compagnon de Houari Boumediene durant la Révolution.
Deuxième phase (1965-1970)
Devenu après le 19 juin 1965, membre du Conseil de la Révolution et confirmé en tant que « patron » de la police, Si Ahmed Draïa s’est mis à l’œuvre avec beaucoup de sagesse et de clairvoyance pour jeter les bases d’une institution nationale forte et respectée. Dès le mois d’août 1965, les effectifs du Corps national de sécurité ont été intégrés à la Sûreté nationale à la faveur de la fusion des deux institutions (décret n° 65-185 du 12/07/1965). Depuis, rien n’a été épargné pour asseoir l’institution sur de nouvelles fondations en application d’une stratégie à court, moyen et long termes. C’est durant cette période de quatre années qui correspond au lancement du premier plan national de développement économique et social qu’ont été lancés de grands projets de réalisation, de réorganisation et de révision du mode de fonctionnement de la Sûreté nationale. Dans ce vaste chantier tant au niveau national que local, Si Ahmed Draïa s’est révélé être un stratège mû par une ambition à la hauteur des défis multiformes à relever, dans un domaine aussi sensible que la sécurité et l’ordre public.
De 1962 à 1969, la plupart des services hérités de la colonisation ont continué à fonctionner selon le même mode de gestion, sous la même appellation et avec les mêmes prérogatives. Les services décentralisés en apparence étaient gérés par des structures centrales. Dans une wilaya par exemple, il existait trois services de police indépendants l’un de l’autre et commandés chacun par un chef qui rendait compte directement à la centrale. Il s’agit de la Police judiciaire, des Renseignements généraux et de la Sécurité publique. La contradiction ici par rapport à la conception de l’administration coloniale est que cette dernière avait intérêt à multiplier les services, à les cloisonner et à encourager les rivalités et les frictions entre eux pour plus d’efficacité, selon sa propre logique. Par contre, les responsables algériens ont
vite compris qu’un tel système n’était pas conforme à la vocation et aux missions d’une police nationale. C’est dans cette optique innovante qu’a été lancée en 1969 une étude tendant à dégager les voies et moyens susceptibles d’unifier les différents services pour gagner en cohésion et en efficacité. Cette étude a abouti à la mise en place à partir de l’année 1971 (décret n° 71-150 du 03/09/1971), des sûretés de wilaya au sein desquelles sont rassemblés les trois principaux services actifs avec à leur tête un seul responsable chargé de coordonner leur activité en tant qu’unique représentant de la hiérarchie et interlocuteur ès qualité des autres organismes au niveau local. En prolongement de la sûreté de wilaya, nous retrouvons à l’échelon inférieur la sûreté de daïra et la sûreté urbaine intra-muros ou extra-muros, s’agissant de la structure de base de l’édifice de la Sûreté nationale.
Troisième phase (1970-1988)
Si la première et la deuxième phases de l’évolution de cette institution ont été caractérisées par des tâtonnements dus à l’inexpérience des hommes et à l’inadéquation des lois et règlements aux nouvelles exigences de l’Algérie indépendante dans tous les domaines, la troisième phase, plus longue et plus stable, a été couronnée de succès grâce à la fiabilité des fondations qui ont été jetées entre 1962 et 1969. L’ensemble des projets et réflexions conçus et élaborés durant cette période a été mis en œuvre à partir de l’année 1970. Il s’agit notamment de la modernisation et du renforcement de l’appareil de formation, le recyclage intensif des personnels formés initialement dans la précipitation sous la pression des besoins, l’acquisition des équipements nécessaires à l’ensemble des services administratifs, techniques et actifs, en particulier : la police scientifique, les transmissions et l’informatique, en plus de la réalisation de nombreuses infrastructures nouvelles en mesure de répondre au plan de charge de plus en plus conséquent.
En 1973, la Sûreté nationale a ouvert ses portes pour la première fois au recrutement de deux promotions d’inspectrices de police admises à l’Ecole supérieure de police pour une formation de deux années chacune. A l’époque, ce recrutement avait été critiqué par certains milieux conservateurs qui pensaient que la femme algérienne n’avait pas sa place au sein de la police alors qu’elle a prouvé de la façon la plus éclatante, en participant activement à la guerre de libération nationale, qu’elle était parfaitement capable d’exercer dans n’importe quel secteur en particulier dans la police dont la nature de la mission la place au cœur de la société, au contact des pulsions et des préoccupations de la société dans toute sa composante humaine. Par la suite, le recrutement de l’élément féminin s’est accentué à partir de 1981 pour atteindre aujourd’hui plus de 10.000 policières au total réparties à travers tout le territoire national et soumises aux mêmes droits et devoirs que les hommes. Dès 1972, les établissements de formation avaient été également ouverts aux stagiaires de nombreux pays africains que l’Algérie avait soutenus dans leur lutte de libération nationale. Des centaines de ressortissants de ces pays ont été ainsi formés dans toutes spécialités policières.
En 1977, Ahmed Draïa quitte la DGSN à la suite de sa nomination comme ministre des Transports puis ambassadeur au Portugal avant de décéder le 23 février 1988, des suites d’une longue maladie. Sa politique a été poursuivie et améliorée par El-Hadi Khediri, son adjoint depuis sa prise de fonction en 1965. Du fait qu’il s’était impliqué dans toutes les mesures engagées par Draïa, ce dernier a continué à travailler dans le même esprit et avec les mêmes hommes. Sous sa direction, l’institution a évolué avec beaucoup plus de sérénité et de stabilité, ce qui a permis la concrétisation de l’ensemble des projets mis en chantier auparavant. Au début des années 1980, précisément au mois d’octobre 1982, M. Khediri, conscient de l’importance de la communication pour l’amélioration de la qualité des relations de la police vis-à-vis du public, a mis en place une structure spécialement chargée de mener une action tous azimuts d’information et de sensibilisation en direction des citoyens en vue de les amener à mieux comprendre la police et à collaborer davantage avec ses services pour que la paix et la sécurité puissent régner dans la pays.
Lorsque Khediri quitte à son tour le poste de directeur général de la Sûreté nationale en 1987, pour être nommé ministre de l’Intérieur, il cède lui aussi sa place à son adjoint Abdelmadjid Bouzbid, l’un des responsables les plus éminents de la police algérienne depuis 1962. Ce dernier a dirigé l’institution jusqu’au mois de juillet 1990, date à laquelle il a été nommé en qualité d’ambassadeur au Mali. Cette longue période de stabilité quasi-totale, de 1965 à 1990, a permis à la Sûreté nationale de s’aménager une place de choix parmi les autres institutions nationales. Au plan sécuritaire, à l’exception de quelques événements maîtrisés sans trop de dégâts, ce n’est qu’en 1985, que les services de police ont été mis réellement à rude épreuve, à la suite de l’attaque de l’Ecole de police de Soumaâ par un groupe terroriste dirigé par Mustapha Bouyali, le 27 août 1985. C’est en effet la première fois depuis l’indépendance que la police algérienne subissait un véritable affront à travers une attaque armée qui annonçait en fait la fin de la période de stabilité et de paix sociale.
L’activisme violent des intégristes islamistes s’est conjugué avec de nombreux facteurs qui n’incitaient guère à l’optimisme. Il s’agit en résumé de la récession économique ressentie à partir de 1986 à la suite de la réduction drastique des prix du  pétrole, de l’exacerbation du chômage qui touchait de plein fouet une grande partie de la jeunesse et du marasme ambiant que vivait la population en général. Tout cela a fini par déboucher sur l’explosion sociale d’octobre 1988 dont les conséquences sont connues de tous. Ces événements d’une rare ampleur sont tombés comme un couperet pour signifier à qui veut l’entendre que dorénavant « rien n’allait être comme avant ».
Dans un témoignage sur les manifestations populaires du 5 octobre 1988, El-Hadi Khediri a écrit : « La police algérienne était chargée de maintenir l’ordre et la Sécurité publique, de mener des enquêtes administratives … Elle n’a été ni formée ni équipée en prévision de manifestations quotidiennes. »
Quatrième phase (1989-2012) :
A la suite de la véritable secousse tellurique, qu’ont constitué les évènements d’octobre 1988, la Sûreté nationale s’est retrouvée au même titre que les autres institutions dans l’obligation de «revoir sa copie » en s’attelant à l’analyse de ses tenants et aboutissants pour mieux entrevoir l’avenir afin de mettre en œuvre les mesures préventives susceptibles d’éviter autant que possible d’être contrainte à l’usage de la répression qui ne fait que compliquer les choses et laisser des traces parfois difficile à effacer. C’est ainsi que dès le début de l’année 1989, une réflexion globale engagée avec la participation d’un grand nombre de cadres a abouti à l’élaboration d’un vaste plan de rénovation et de réorganisation de l’ensemble des structures ainsi que la remise en cause des méthodes d’appréciation et d’évaluations des hommes afin de mieux maîtriser la gestion des ressources humaines.
Dès la mise en application du nouveau programme de travail, Abdelmadjid Bouzbid a été remplacé par Bachir Lahrèche au mois de juillet 1990. Ce dernier n’est resté à la tête de l’Institution que moins d’une année avant de passer le témoin à M’hamed Tolba, un ancien cadre de la « boîte » qui était Consul général à Lyon (France). Malheureusement, sa prise de fonction au milieu de l’année 1991, bien qu’accueillie avec une grande satisfaction par les policiers, a coïncidé avec des vagues autrement plus fortes que celle d’octobre 1988, vagues ayant projeté l’Algérie dans une zone de turbulences, de violence terroriste et de massacres dont les policiers ont été les premières victimes pour avoir voulu défendre courageusement l’Algérie républicaine.
Après près de trois années d’efforts inlassables, M’hamed Tolba, entre-temps nommé ministre délégué chargé de la sécurité, est remplacé le 4 mai 1994, par un autre policier de carrière, en l’occurrence Mohamed Ouadah. C’est en fait l’année où les crimes terroristes avaient atteint le comble de l’horreur. Le nombre de policiers tués dépassait déjà le millier, les blessés se comptaient également par centaines avec tout ce qui en découlait comme conséquences directes sur le moral de leurs collègues et la situation de leurs familles.
Dans une situation de crise multidimensionnelle inédite et face aux assassinats terroristes quotidiens, les efforts déployés aussi bien par Tolba que par Ouadah ne pouvaient objectivement être couronnés de succès.
Et voilà que 10 mois et 15 jours après son installation, Mohamed Ouadah cède sa place, le 21 mars 1995, à Ali Tounsi dit El-Ghaouti. Sous la direction de ce dernier, la police algérienne a poursuivi son évolution avec la même conscience et la même détermination que ce soit dans la lutte implacable contre le terrorisme ou partout ailleurs dans le cadre de ses prérogatives. Ses hommes n’ont jamais reculé devant l’accomplissement de leur devoir. Sans permission, sans repos compensateur, souvent sans congé annuel ni avantages particuliers, ils n’ont jamais baissé la garde. Il y a même parmi eux ceux qui ont réussi à garder le sourire et la bonne humeur tant recherchés par les citoyens, malgré l’hostilité de l’environnement et la dureté des conditions de travail.
Pendant les quinze années durant lesquelles M. Tounsi était resté aux commandes de la DGSN, la police algérienne a connu un réel développement dans tous les domaines de son activité. Elle s’est déployée davantage en renforçant de façon substantielle son organisation, ses équipements techniques, son parc roulant, son armement, ses infrastructures et ses méthodes de travail. Cela a également nécessité l’intensification du recrutement et l’augmentation des capacités de formation. L’effectif de la police est passé du simple au triple (60.000 à 170.000). Il s’agit d’un effort exceptionnel à mettre à l’actif de l’ensemble des cadres de l’institution et de son personnel en général. Quoique je m’interdise d’émettre une quelconque appréciation sur les responsables qui ont dirigé la police, n’étant pas du tout habilité à le faire, je me sens en devoir de m’incliner bien humblement devant la mémoire de cet homme qui nous a quittés dans des circonstances dramatiques connues de l’opinion publique.
A la disparition brutale de Ali Tounsi le 25 février 2010, l’intérim de la DGSN avait été assuré par le Commissaire divisionnaire Aziez El-Affani jusqu’au 7 juillet 2010, date de la nomination du général-major Abdelghani Hamel comme onzième directeur général de la Sûreté nationale. Il est certain que cette date marquera un tournant décisif dans l’évolution de la police algérienne. Cela fait maintenant plus de deux années qu’il consacre toute son énergie, son savoir et son savoir-faire dans le but de conférer à l’Institution de la Sûreté nationale l’envergure et la place qu’elle mérite, de corriger les dysfonctionnements constatés, d’élever davantage le niveau de formation et de conscience des hommes, de consolider les relations police-public et d’introduire les techniques modernes de gestion dans tous les rouages de l’administration policière.
Les effets de sa louable action sont déjà palpables et concrets à travers les images que répercutent tous les jours les médias sur le regain d’activité des services de police de manière générale. Il est indéniable que la tâche n’est pas de tout repos, sachant que l’effectif actuel de la police avoisine 180.000 policiers, mais il est certain qu’au regard de la ligne de conduite qu’il s’est tracée dès sa prise de fonction, le général-major Hamel ne peut que réussir dans cette mission aussi noble qu’exaltante.
En tout état de cause, indépendamment de la gestion des hommes et des conditions d’exercice de la responsabilité, la police algérienne s’est frayée dignement son chemin et occupe une place de choix parmi les autres institutions nationales. Elle s’est imposée par sa discipline, sa cohésion, sa loyauté, son dévouement à l’Etat, le patriotisme de ses hommes et femmes et leur attachement indéfectible à l’Algérie républicaine. Les trois générations qui l’ont composée, de 1962 à nos jours, ont toutes contribué au même degré à l’édification d’une institution solide, d’essence fondamentalement sociale et de destin républicain au service de la nation toute entière. Leurs sacrifices au service de la patrie sont incommensurables. J’émets ici le souhait que l’Algérie n’oubliera pas ceux parmi ses enfants qui ont accepté d’offrir leur vie pour sauver leur cher pays.
A. K.



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