Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 109 - Nov 2017

Go

A la une

Mme Dalila Boudjemaa, ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement

« L’environnement et l’aménagement du territoire appellent l’implication et la participation de tous »

Par Leila BOUKLI



El-Djazair.com  : En juin 2010 le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) a été adopté par le gouvernement pour faire face au manque de politique claire en matière d’aménagement du territoire. Quels en sont les grands axes ?

Mme Dalila Boudjemaa : Effectivement, le diagnostic du territoire à l’échelle nationale fait par le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT 2030), l’état des lieux chiffré, a permis d’apprécier qualitativement et quantitativement que nous ne pouvons plus continuer à gérer le territoire comme nous l’avons fait jusqu’à maintenant. 87% de la population est concentrée sur 4% du territoire national au nord du pays, ce qui a engendré l’urbanisation anarchique, la dégradation des terres agricoles, des espaces naturels, la mauvaise gestion de toutes les ressources, jusqu’aux déchets. La plupart des désagréments constatés dans nos villes et à l’intérieur du pays sont dus pour la plupart à ce déséquilibre territorial. Le SNAT adopté en juin 2010 par le gouvernement a proposé des orientations et des actions concrètes sectorielles et régionales, pour répondre aux défis de l’Algérie dans le contexte de la mondialisation et de tout ce qu’elle engendre comme problèmes, les changements climatiques, la crise économique… En effet, le gouvernement, conscient des limites d’une stratégie de développement territorial axée sur les seules bandes côtières, marque sa détermination à orienter le développement des secteurs productifs de richesses et de valeur ajoutée, gage de diversification de notre économie, vers des zones d’implantation peu ou pas occupés. Ces actions œuvrent à freiner la littoralisation en revitalisant les hauts plateaux et le sud. Le SNAT veut donner la chance aux générations futures, aux jeunes, en leur créant toutes les conditions socio-économiques pour qu’ils puissent s’épanouir chez eux. Il faut d’abord préciser que le SNAT est un instrument stratégique de planification spatiale.

El-Djazair.com  : Où en est-on dans sa mise en œuvre ?     Existe-t-il des mécanismes de coordination intersectorielle pour corriger les nombreuses distorsions constatées en matière d’aménagement du territoire ?

Mme Dalila Boudjemaa : La mise en œuvre du SNAT a franchi une étape décisive à la faveur des directives de Monsieur le président de la République, Abdelaziz Bouteflika. La politique d’aménagement du territoire s’est d’abord dotée d’instruments législatifs, réglementaires, organisationnels, financiers et fiscaux, pour impulser une réorganisation du territoire, qui, non seulement devra corriger les distorsions constatées, mais aussi assurer l’équilibre, l’équité, l’attractivité et valoriser ses atouts et ses potentialités tout en veillant à la durabilité du développement de toutes les régions et villes du pays. Le SNAT n’est pas seulement un document d’orientation fixant des grands principes, mais les propositions qu’il contient se dessinent dans la réalité depuis plus d’une décennie. On constate déjà sur tout le territoire national de grands chantiers qui sont mis en œuvre tels que l’autoroute Est-ouest, la ligne ferroviaire à grande vitesse, les grands barrages, les grands transferts hydrauliques interterritoriaux, les unités de dessalement d’eau de mer, les TIC, l’agriculture, l’éducation, la formation, l’université avec la recherche et l’innovation, l’énergie, l’habitat, la PME, la santé…. le gouvernement veille à la poursuite de ces efforts, afin d’optimiser l’occupation rationnelle du territoire national par un déploiement judicieux des activités productives et la densification des tissus d’entreprises au bénéfice des collectivités, notamment celles les plus déshéritées en matière d’emploi et de développement, à travers la gestion intégrée des massifs montagneux et des zones frontalières, la lutte contre la désertification, la création de pôles intégrés de développement économique dans plusieurs wilayas du pays et l’aménagement ordonné des corridors de l’autoroute des hauts-plateaux. En effet, le gouvernement est déterminé à impulser le développement sur tout le territoire national, en consolidant le SNAT 2030 par une démarche concertée permettant de relever les niveaux d’utilisation des fonciers situés dans les hauts-plateaux et dans le Sud. Pour revenir à votre question quant aux mécanismes de coordination, sachez que le SNAT est un document de coordination des politiques publiques et des actions de développement par excellence. Ce schéma national se décline en 21 schémas directeurs sectoriels, 20 programmes d’actions territoriales, 9 schémas régionaux, 4 schémas directeurs des grandes villes (Alger, Oran, Constantine et Annaba) et 48 plans d’aménagement de wilaya. Vous voyez qu’il ne s’agit pas d’une action sectorielle, le SNAT est le lieu privilégié de concertation et de coordination. Outre la tenue régulière d’un Comité intersectoriel réunissant les différents ministères impliqués dans l’aménagement du territoire et chargé du suivi et de la validation des travaux relatifs au SNAT, une démarche de concertation avec les acteurs sectoriels et territoriaux a été menée tout au long de son élaboration. Le tableau de bord de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre du SNAT permet de visualiser des actions programmées dans le SNAT, et les éventuels décalages entre les prévisions et les réalisations des projets. Cette démarche est complémentaire de celle d’évaluation, plus aboutie et détaillée, mise en œuvre à travers l’Observatoire national du territoire (ONT). En outre, le SNAT présente l’image souhaitée de l’Algérie future en s’appuyant sur les trois piliers du développement durable : l’économique, le social et l’environnemental. C’est l’outil de planification stratégique du développement économique et social.

El-Djazair.com  : Justement, où en est-on du projet de l’Observatoire national du territoire ? Quels en sont les missions, organisation et fonctionnement ?

Mme Dalila Boudjemaa : Le gouvernement, dans le cadre de l’application du SNAT, œuvre à mettre en place les mécanismes opérationnels de coordination intersectorielle et interterritoriale (régions, wilayas), et justement parmi ces mécanismes, l’Observatoire national du territoire (ONT) qui est l’instrument privilégié à même de rendre compte de l’état des réalisations des actions du SNAT. C’est un outil d’aide à la décision et un dispositif de capitalisation, de valorisation et de vulgarisation de l’information territoriale produite par les différents acteurs. Ce projet est dans sa phase de création institutionnelle. Il a pour missions de suivre l’évolution des dynamiques territoriales afin de permettre l’actualisation du SNAT. Ceci donnera des aptitudes aux différents décideurs sectoriels et des collectivités locales à redéfinir la démarche de mise en œuvre de leurs politiques. Il sera chargé de réaliser une réflexion en faisant participer tous les secteurs pour élaborer les indicateurs qui vont permettre d’alimenter le rapport d’évaluation annuel du SNAT et de tous les autres instruments d’aménagement du territoire, en redessinant une cartographie partagée entre les différents acteurs. C’est l’espace où tous expriment leur avis sur la cohérence des projets initiés dans le domaine de l’aménagement du territoire et sur toutes les autres questions qui concernent le développement socioéconomique de l’Algérie.

El-Djazair.com  : En quoi la création de villes nouvelles à travers notre immense territoire serait la solution idoine pour  un équilibre plus harmonieux ?

Mme Dalila Boudjemaa : La création de villes nouvelles s’inscrit dans la politique nationale d’aménagement et de développement durable du territoire, en vue des rééquilibrages de l’armature urbaine que visent les instruments d’aménagement du territoire. Elles constituent en fait des centres d’équilibre social, économique et humain, grâce aux possibilités d’emploi, de logement et d’équipement. Le Schéma national d’aménagement du territoire prévoit l’opportunité de création de villes nouvelles et en détermine les fonctions et l’organisation spatiale. Ces entités urbaines permettront de freiner et de rééquilibrer la littoralisation, de redéployer les populations et les surcharges du littoral vers les hauts-plateaux et les régions du Sud, de desserrer les pressions autour des grandes villes du Nord, de développer et de renforcer l’attractivité et la compétitivité des territoires. Je tiens à vous préciser que les grandes réserves en eau, l’important potentiel en énergie et le réseau des transports qui couvrent toutes les régions du pays, sont des éléments clés pour la création de nouveaux pôles urbains dans des zones éloignées et non valorisées. À rappeler que l’Algérie a prévu la création de cinq villes nouvelles à Sidi Abdellah (Alger), Bouinan (Blida), pour la maîtrise de l’expansion urbaine dans le Littoral et le Tell, organisées autour de l’aire métropolitaine algéroise, et accueilleront un pôle de compétitivité et d’excellence, Boughezoul (Médéa), Ville Nouvelle de rééquilibrage du territoire conçue comme pôle d’activités, de services et de peuplement capables d’impulser une dynamique d’attractivité pour la région des hauts-plateaux, et enfin Hassi Messaoud (Ouargla) et El Ménéa (Ghardaïa), Villes Nouvelles d’appui au développement durable afin de répondre à des problèmes de risques industriels et écologiques et pour renforcer l’attractivité des villes de développement du Sud (Ouargla et Ghardaïa).

El-Djazair.com  : La nouvelle ville Ali-Mendjeli, que d’aucuns qualifient de «catastrophe urbanistique», sera-t-elle le modèle à ne plus suivre ?

Mme Dalila Boudjemaa : La «ville nouvelle» par définition est un outil de désengorgement des villes et d’équilibre de l’armature urbaine et justement, afin de désengorger la ville antique de Constantine, à l’étroit sur son site pittoresque, et rapidement débordée par la croissance démographique et le manque de terrains pour mettre en œuvre les ambitieux programmes de logements, la décision fut prise de construire une ville nouvelle sur le plateau de Aïn El-Bey. La ville nouvelle Ali-Mendjeli est partie de zéro, sans noyau de démarrage, sans amorce, ce qui lui enlève toute profondeur historique et toute stratification. Les «bonnes» intentions affichées lors des phases préliminaires du projet n’étaient pas suffisantes pour permettre de créer des lieux de convivialité et d’urbanité. Cependant, un paramètre nous paraît déterminant ; celui relatif à la manière de concevoir la nouvelle ville. Cette dernière a été conçue en deux temps indépendants : le temps des urbanistes géographes qui ont dessiné l’épannelage général, les quartiers, les unités de voisinage et celui des architectes qui ont conçu des bâtiments objets. Il a manqué à cette ville une échelle intermédiaire ; celle du design urbain. C’est au niveau de cette échelle d’intervention que les intentions de départ auraient pu trouver un champ d’application. L’échec de ce projet nous amène à réfléchir sérieusement à réaliser des villes  qui remplissent réellement leurs fonctions. Cette ville nouvelle est actuellement problématique, un lieu sans âme, sans histoire, sans mythe et par conséquent un modèle à ne pas suivre. En effet, elle n’a pu concrétiser les aspirations légitimes de ses habitants malgré sa situation géographique d’excellence et sa proximité avec l’aéroport international Mohamed-Boudiaf. Pour sédentariser sa population, il aurait fallu créer des emplois, investir à long terme afin de la rendre attractive et productive. En outre, la création du pôle universitaire serait d’un précieux concours pour le développement et le rayonnement futurs de la ville. Les potentialités qu’il recèle insuffleraient donc une dynamique de croissance pour changer la physionomie de cette agglomération qui est, pour le moment, un vaste «ensemble d’hôtels» destinés à offrir le repos nocturne.

El-Djazair.com  : Les pôles de compétitivité et d’excellence (POC) sont un enjeu majeur pour l’Algérie pour préparer ses territoires à la compétitivité et à l’attractivité. Comment cette démarche se traduit-elle sur le terrain ?

Mme Dalila Boudjemaa : D‘abord, sachez qu’un pôle de compétitivité constitue un véritable territoire dans lequel la notion de compétitivité sera axée sur les aspects technologiques et scientifiques, et où les entreprises, ensemble, formeront sur un même territoire des structures modernes et innovantes dédiées à une spécialité. Il s’agit bien entendu, dans ce cadre, et pour répondre à votre question, d’identifier les territoires les plus déterminants où croissance et excellence sont les mieux à même de se conjuguer et d’impulser le développement du pays et d’accueillir à cet effet les pôles d’excellence et de compétitivité. C’est dans cet esprit qu’une démarche pragmatique, basée sur l’existant, est amorcée par le secteur qui consiste à repérer et à développer les équipes performantes de chercheurs, à identifier les PME et PMI actives dans ces domaines, à croiser les données et à définir les premiers pôles de compétitivité et d’excellence. Une telle définition montre que les différents acteurs, à savoir les entrepreneurs, les chercheurs et les responsables politiques locaux doivent travailler ensemble en vue d’assurer un développement local harmonieux et durable, et contribuer à la promotion d’une politique de réseau au niveau local et régional, national et même international. Cette démarche a déjà permis, dans un esprit de concertation, d’identifier le premier bi-pôle autour de la métropole algéroise, à Sidi Abdellah (TIC et Technologies avancées), et à Bouinan (biotechnologies), de mieux préciser les programmes et de réunir les partenaires. C’est ainsi que plusieurs entreprises de portage dans le domaine des TIC et de la Pharmacie se sont localisées dans les îlots qui leur sont dédiées à Sidi Abdellah.

El-Djazair.com  : Les pôles de compétitivité et d’excellence (POC) ont-ils été identifiés et quels sont-ils ?

Mme Dalila Boudjemaa : Justement, six POC ont été pré-identifiés par le SNAT 2030 : Alger-Sidi Abdellah-Bouinan : technologies avancées et TIC (Sidi Abdellah) et biotechnologies alimentaires et médecine du sport (Bouinan) ; Oran-Mostaganem-Sidi Bel Abbès-Tlemcen : chimie organique, énergie et technologies spatiales et télécommunications ; Constantine-Annaba-Skikda : biotechnologies métallurgie-mécanique et pétrochimie ; Sétif-Bejaia-Bordj Bou Arréridj-M’sila: plasturgie, électronique, biotechnologie alimentaire et productique; Médéa-Boughezoul-Laghouat : énergies renouvelables, biotechnologies, environnement, santé, agriculture et alimentation, ressources hydriques et industrie pharmaceutique ; Ouargla–Hassi Messaoud–Ghardaïa : pétrochimie, énergies additionnelles, énergies renouvelables et agronomie saharienne, biotechnologies zones arides et eau.

El-Djazair.com  : Quels sont aujourd’hui, selon vous, les principaux enjeux de la politique du pays en matière d’environnement ?

Mme Dalila Boudjemaa : La protection de l’environnement est une politique complexe, de par la multiplicité des enjeux. Les défis sont nombreux : préservation des espaces et des sites, changement climatique, écotourisme, préservation des ressources (eau, faune et flore,…), gestion des déchets… La responsabilité est très forte vis-à-vis des générations futures qui auront à connaître les effets des décisions qui seront ou ne seront pas prises dans les années à venir. L’inertie dans la prise de décision serait lourde de conséquences. Plus nous tarderons à nous engager dans la protection de notre environnement, plus la pollution qui en résultera sera importante. Anticiper ces problèmes, formuler des solutions possibles ne sont plus un luxe mais nécessitent une prise en charge vigoureuse. La prise de conscience de la situation critique atteinte en matière d’environnement estimée en termes de coûts, de dommages et d’inefficiences  à 7% du PIB ; soit à 3,5 milliards de dollars US  (Rapport national sur l’état et l’avenir de l’environnement 2000) a entraîné une réaction rapide du gouvernement à travers l’adoption de la Stratégie nationale de l’environnement (SNE) en 2002. Définie sur la base d’objectifs environnementaux précis en cohérence avec les priorités socio-économiques du pays, la stratégie implique l’élaboration de politiques publiques efficaces, le renforcement législatif, réglementaire et institutionnel, l’adoption de technologies de production plus propre, la gestion durable des ressources naturelles et patrimoniales, l’amélioration du cadre de vie des citoyens et leur implication systématique dans la prise en charge de l’environnement. Pour faire face à ces défis, l’Algérie a décidé d’investir dans la protection de l’environnement et du développement durable, avec pour objectifs d’atténuer les impacts négatifs de la dégradation de l’environnement sur les différents milieux, de faire converger «transition économique» et «transition environnementale» et de lancer l’Algérie dans la voie du développement durable. Pour donner un contenu tangible et opérationnaliser le principe du développement durable, l’analyse détaillée des problèmes écologiques (nature, étendue, coûts socio-économiques et analyse des priorités), a permis de mettre en évidence quatre objectifs stratégiques de qualité, en étroite liaison avec le programme de réformes économiques:
l’amélioration de la santé et de la qualité de vie;
la conservation et l’amélioration de la productivité du capital naturel;
la réduction des pertes économiques et l’amélioration de la compétitivité;
enfin, la protection de l’environnement régional et global.
Le gouvernement s’est engagé à préparer une stratégie nationale de l’environnement (SNE) et un Plan national d’actions pour l’environnement et le développement durable (PNAE-DD), qui s’inscrivent dans une démarche programmatique décennale. L’amélioration de la santé publique et de la qualité de la vie du citoyen constitue un objectif central du PNAE-DD. La stratégie développée vise à intégrer la viabilité environnementale dans la stratégie de développement du pays (induire une croissance durable et réduire la pauvreté) et mettre en place des politiques publiques efficaces visant à régler les externalités environnementales d’une croissance liées à des activités initiées de plus en plus par le secteur privé.

El-Djazair.com  : Cette stratégie, comment s’est-elle traduite dans les faits ?

Mme Dalila Boudjemaa : Au plan législatif et réglementaire, par la promulgation de treize lois, le renforcement institutionnel par la création de 7 institutions qui sont opérationnelles (l’observatoire national de l’environnement et du développement durable, le commissariat national du littoral, l’agence nationale des déchets, le centre national des technologies de production plus propre, le centre national de développement des ressources biologiques, le centre national des formations à l’environnement et l’agence nationale des changements climatiques). Diverses politiques sont arrêtées et mises en œuvre au plan de l’éducation et de la sensibilisation environnementale, de la préservation et de l’économie de l’eau, de la préservation des sols et des forêts, de la préservation des écosystèmes sensibles (littoral, steppe, Sud), de l’amélioration du cadre de vie des citoyens, de la dépollution industrielle, de la protection du patrimoine archéologique, historique et culturel. Ces politiques sont appuyées par la nouvelle fiscalité écologique basée sur le principe du pollueur payeur afin d’inciter à des comportements plus respectueux de l’environnement et, enfin, la mobilisation d’investissements importants, à travers le démarrage des chantiers de l’environnement, pour enrayer la dégradation de l’environnement, voire renverser certaines tendances négatives observées. Le programme de l’Environnement se veut mobilisateur. Il engage tous les intervenants des domaines public et privé de même que l’ensemble des ministères et des services déconcentrés, les collectivités locales et la société civile, à traduire ses principes, ses orientations et ses prescriptions en actions concrètes qui permettront d’atteindre collectivement les objectifs visés. Des avancées ont été enregistrés ces dernières années en matière de protection de l’environnement devenue l’une des priorités majeures des pouvoirs publics. Les impacts monétaires sur l’état de l’environnement ont baissé de près de un milliard de dollars US en 5 ans ; soit un gain de l’ordre de près de 250 millions de dollars US/an, ce qui constitue une avancée remarquable dans la maîtrise des problèmes environnementaux en Algérie. Ceci prouve encore une fois qu’une politique environnementale est moins coûteuse que l’inaction. L’Algérie est classée 40e dans le monde en termes d’indices de performance environnementales, premier dans le monde arabe, second africain (après l’Ile Maurice) par des universités américaines de Yale et de Columbia. Le gouvernement veillera à poursuivre cet effort par le renforcement et l’application rigoureuse des lois en matière de protection de l’environnement et de préservation de la biodiversité et des écosystèmes, notamment, les zones vulnérables et fragiles (telles que littoral, steppe, oasis, montagnes, zones humides et réserves naturelles) contre la déprédation et la dévastation. L’investissement dans l’économie verte, notamment en matière industrielle, doit devenir un axe porteur de développement technologique et de progrès technique. L’économie circulaire a un effet structurant sur le développement économique du pays et le gouvernement s’attèlera à promouvoir les investissements dans le secteur et à accompagner les investisseurs dans des créneaux définis. Ce secteur peut devenir à terme un levier puissant de réduction de la facture des importations et un levier de création d’emplois productifs et pérennes.

El-Djazair.com  : L’environnement est une affaire des pouvoirs publics, mais aussi une affaire citoyenne. Le souci de le préserver a-t-il pris ancrage dans la culture de notre société ? Quels dispositifs votre département a mis en place  pour en faire une préoccupation quotidienne, un réflexe ?

Mme Dalila Boudjemaa : Effectivement, l’environnement est une affaire des pouvoirs publics, mais aussi et surtout une affaire citoyenne. Chaque petit geste peut être un geste en faveur de la préservation de l’environnement, chaque geste au quotidien à une incidence. Les citoyens sont encore peu sensibles aux problèmes environnementaux, à la propreté des villes et bien d’autres questions spécifiques à l’environnement. Pour élever le niveau de civisme et développer un comportement éco-citoyen, de nombreuses actions de sensibilisation ont déjà été engagées et se poursuivent régulièrement et qu’il faut encore dynamiser pour consolider la dimension citoyenne et de responsabilité. C’est là une véritable révolution des mentalités et des comportements, un vrai combat que nous menons quotidiennement. L’objectif est ainsi clairement affiché : il faut faire progresser l’esprit de responsabilité afin qu’à la pratique habituelle du chacun pour soi, qui est à la source de toutes les pollutions, succède celle, vitale, du chacun pour tous pour ne pas compromettre notre droit à un environnement de qualité. L’écocitoyenneté passe par un effort d’éducation, de formation et de sensibilisation. C’est ainsi et afin de responsabiliser et de promouvoir les actes éco-citoyens que le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement a engagé une vaste action de sensibilisation auprès de tous les publics : administrations, structures socio-éducatives, hommes de culte, associations, mouvement de jeunesse, élus, médias… Une impulsion nouvelle a été donnée à cette dynamique environnementale afin d’entraîner des changements de comportement et d’attitude et de convaincre de la possibilité, pour que chacun et à son niveau agisse en faveur de son environnement. Pour atteindre davantage les objectifs fixés, nous avons mobilisé encore plus les moyens humains nécessaires et renforcé les capacités de l’encadrement de tous les publics ciblés, à travers la mise en place de clubs verts, des maisons de l’environnement qui constituent des lieux de découverte et d’échanges dans les domaines de l’environnement et sont ouvertes à la jeunesse, aux ONG, relais incomparables de la diffusion d’une culture éco-citoyenne. Le Conservatoire national des formations à l’environnement est chargé entre autres d’initier et d’animer diverses actions de sensibilisation. Aussi, pour investir sur le long terme, l’éducation environnementale est introduite dans le cursus des établissements scolaires. Investir dans l’éducation à l’environnement est le plus sûr moyen de faire avancer la cause de l’écologie. C’est le moyen de donner aux générations futures les clés pour être en mesure de résoudre les problèmes de l’environnement. Les médias ont également un rôle à jouer, ce sont des acteurs crédibles de l’éducation à l’environnement du grand public. Au niveau local, les communes commencent à mettre en place des cellules environnementales qui s’attelleront à promouvoir les actions de sensibilisation. La démarche éco-citoyenne ne concerne pas seulement les citoyens : toutes les organisations, entreprises, collectivités, institutions doivent mettre en œuvre des actions éco-citoyennes. Elles s’inscrivent ainsi dans une démarche globale de développement durable

El-Djazair.com  : La politique des déchets  a permis la réalisation d’un important programme d’infrastructures visant à réduire les nuisances. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Mme Dalila Boudjemaa : Le Plan national d’action pour l’environnement et le développement durable (PNAEDD) adopté au cours de l’année 2002 a souligné le coût important de la non-gestion des déchets ménagers et assimilés. Ce coût s’élevait en 1998 à environ 0,32 % du PIB (estimation par défaut uniquement sur la base des coûts de rattrapage). Toutefois, l’Etat, reconnaissant l’importance de la gestion des déchets ménagers et assimilés, a accordé des financements importants afin de rattraper les retards accumulés dans ce secteur. Un Programme national de gestion intégrée des déchets ménagers (Progdem) a été institué par la loi 01-19 du 12 décembre 2001 relative à la gestion, au contrôle et l’élimination des déchets. Le Progdem est un outil dynamique, il représente le cadre de référence de la nouvelle politique en matière de gestion des déchets ménagers. Il vise à éradiquer les pratiques de décharges sauvages et à organiser la collecte, le transport et l’élimination des déchets dans des conditions garantissant l’innocuité de l’environnement et la préservation de l’hygiène du milieu. Il est basé sur une démarche intégrée, graduelle et progressive. Sa mise en œuvre est pluriannuelle et se fonde sur une stratégie opérationnelle, notamment sur la nécessité de faire face à la problématique des déchets à chaque étape de la filière en tenant compte de l’efficacité technico-économique et de la durabilité des modes de gestion à chaque étape et du fait que la sensibilisation et la participation des usagers sont des conditions importantes du succès de toute politique en la matière. La stratégie repose sur les principes universellement admis et, notamment, le principe de précaution et de prévention pour réduire la production des déchets à la source, le principe du « pollueur-payeur » qui consacre la responsabilité des générateurs des déchets dans la prise en charge, à leurs frais, de leur collecte, de leur transport et de leur élimination. Ainsi que le principe du producteur-récupérateur qui fait obligation aux générateurs de déchets d’assurer, à leurs frais, leur récupération, recyclage, valorisation et élimination et le principe du droit à l’information du citoyen sur les risques générés par les déchets et leur impact sur la santé et l’environnement et sur les mesures destinées à l’en préserver.  La démarche envisagée est basée sur une approche programmatique qui présente l’avantage d’être flexible, d’optimiser l’apport des différentes parties ainsi que de développer des synergies à même de contribuer efficacement à la mise en place d’un mécanisme durable d’intervention dans le secteur de la gestion des déchets ménagers.

El-Djazair.com  : pouvez-vous nous en dire plus ?

Mme Dalila Boudjemaa : Oui, la loi n°01-19, du 12 décembre 2001, relative à la gestion, au contrôle et à l’élimination des déchets, a apporté une nouvelle dynamique qui repose sur le principe de hiérarchisation ; c’est-à-dire la prévention par la réduction des déchets à la source, le développement de la réutilisation et du recyclage, la responsabilité des producteurs, la réduction de l’incinération et de l’enfouissement. Dans cet esprit, notre objectif, aujourd’hui, est de contribuer à améliorer les performances des consignes de tri (séparation des flux), de développer des filières de recyclage et de valorisation. La prévention est donc la première priorité de la politique nationale des déchets. Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas.

El-Djazair.com  : Quel bilan faites-vous aujourd’hui de la gestion des déchets ménagers ?

Mme Dalila Boudjemaa : La première étape du Progdem a été consacrée à la planification de la gestion  des déchets ménagers dont les grands axes ont été la mise aux normes dans le service public de gestion des déchets ménagers et le traitement des déchets ménagers et assimilés et la seconde étape, le tri et la valorisation des déchets à travers une industrie de récupération et de valorisation. Depuis sa mise en œuvre, le Progdem a connu un état d’avancement important qui s’est traduit par l’instauration de nouvelles formes de management des services de gestion des déchets et ceci en dotant les communes de schémas directeurs de gestion des déchets ménagers et assimilés, 1 269  schémas ont été élaborés, soit un taux de couverture de 86% de l’ensemble du territoire national, la réalisation de 124 centres d’enfouissement technique, 89 décharges contrôlées. Ce qui permettra le traitement de plus de 75% des déchets ménagers et assimilés. Les centres d’enfouissement technique sont dotés de centres de tri, 30 centres sont déjà réalisés. Les déchets triés feront l’objet de recyclage et de valorisation ; ce qui réduira la quantité de déchets enfouis et, par conséquent, augmentera la durée de vie des centres d’enfouissement technique. L’enfouissement technique sera renforcé durant l’année 2015, par le traitement thermique des déchets. Ce dispositif permettra le traitement de plus de 75% de déchets ménagers et assimilés. Enfin, la réalisation de 48 centres d’enfouissement technique de déchets inertes pour une gestion rationnelle de ces déchets encombrants et leur valorisation en BTP afin de remédier au phénomène de prolifération des dépôts de construction anarchiques visibles à la sortie de nos villes le long des routes, sur les berges des oueds et parfois à proximité des espaces verts. La gestion de ces infrastructures a été confiée à des établissements publics à caractère commercial et industriel (EPIC de wilaya). La mise en service des centres d’enfouissement technique est suivie de l’éradication des décharges sauvages et la réhabilitation de leurs sites. A cet effet, un programme d’éradication et de réhabilitation de l’ensemble des décharges sauvages recensées au niveau des communes desservies par les centres d’enfouissement technique qui entreront en service, est initié. Il existe 64 décharges sauvages à réhabiliter, dont  21 sont achevées, 20 sont en cours de réhabilitation et 23 décharges sont en phase d’étude.

El-Djazair.com  :  A propos de  réhabilitation des décharges sauvages celle  d’Oued Smar  fut ce que vous appelez un long combat écologique, comment cela ?

Mme Dalila Boudjemaa : Située à l’Est d’Alger, la décharge, ouverte en 1978, a été une source de nuisances et de pollutions. Ce site fut l’une des plus importantes décharges à ciel ouvert du pays. Les volatiles y avaient élu domicile, attirés par les quantités énormes de déchets en provenance de 57 communes d’Alger. Elle a continué à fonctionner durant 30 années faute de solution alternative. Ayant atteint un niveau de saturation extrême, elle est désormais fermée définitivement depuis 2008 : plus aucun déchet ne pourra être déposé sur ce site. Depuis juillet 2011, sa réhabilitation a réellement débuté, ce qui a mis fin aux nuisances environnementales. Les déchets ont été recouverts de matériaux inertes, d’une géomembrane … selon une technique d’enfouissement normalisée. Les lixiviats, une fois traités, seront utilisés pour l’irrig ation et les biogaz récupérés des déchets seront transformés en énergie. C’est le premier projet de ce genre en Algérie et le site sera transformé en un parc public avec tous les équipements nécessaires. La fin des travaux est prévue pour juillet 2015, et constituera donc la fin d’un long combat écologique.

El-Djazair.com  : Et la décharge publique d’Ouled Fayet?

Mme Dalila Boudjemaa : Tant décriée, la décharge publique d’Ouled Fayet, d’une superficie de 52 ha, a été définitivement fermée. Elle sera reconvertie en espaces verts.

El-Djazair.com  : Vous avez annoncé le transport des déchets de la capitale par voie ferroviaire, où en est-on ?

Mme Dalila Boudjemaa : Le transport est une étape stratégique dans la gestion globale des déchets, il intervient en amont et en aval de chaque opération de gestion, depuis leur production jusqu’au traitement/valorisation. En dépit des efforts déployés par les pouvoirs publics et des investissements consentis, force est de constater que le transport des déchets ménagers dans la capitale demeure problématique en raison des conséquences négatives qu’il engendre du point de vue économique et environnemental. Il est irrationnel, tant sur le plan environnemental que sur le plan financier, que les camions ayant collecté les déchets ménagers dans les communes du centre, de l’est et de l’ouest de la capitale de les traverser pour rejoindre le centre d’enfouissement technique de Hamici. La voie ferroviaire est une niche stratégique importante pour ce transport. Il s’agit d’un mode tout à fait indiqué dans la wilaya d’Alger. 
Pour  répondre à votre question, une étude a été réalisée et qui nous indique qu’il faut créer trois centres de transfert qui organisent une rupture de charge afin de regrouper les déchets pour  optimiser le coût d’acheminement des déchets vers les installations de traitement, ceci permettra d’augmenter le nombre de rotation des véhicules de collecte  uniquement en milieu urbain et par conséquent de réduire les émissions polluantes par tonne transportée. Ce projet rencontre un contexte ferroviaire favorable étant donné l’existence de l’infrastructure ferroviaire, la SNTF réalise un tronçon de nouvelle ligne ferroviaire d’environ 20 km entre Birtouta et Zéralda qui sera opérationnelle fin 2015. Les centres de transfert seront raccordés à la voie ferrée. Les appels d’offres pour la réalisation de ces centres sont lancés. Un exemple : le transport  des déchets du centre de transfert de Réghaia vers  la station de déchargement de Tessala El Merdja se fera en 35 minutes sur une distance de 46 km. Des coûts économiques avantageux pour  la tonne des déchets transportés. Le potentiel combinable issu de la confrontation entre les flux de transport engendrés par le traitement des déchets ménagers et les bases économiques, logistiques et techniques de cette nouvelle forme de transport, laisse tout de même présager une niche de trafic prometteuse pour les autres grandes agglomérations d’Algérie. En effet, si actuellement c’est le transport routier qui a le mieux répondu aux défis nés de la logistique, notamment par sa flexibilité intrinsèque, le rail semble pouvoir se positionner sur certains trafics grâce au développement de nouvelles techniques spécifiques mieux adaptées à la demande comme dans le cas des déchets

El-Djazair.com  :  La prévention de la production de déchets et leur valorisation sont au cœur de l’évolution actuelle de la réglementation nationale. Quelle urgence attribuez-vous à ces questions ?

Mme Dalila Boudjemaa : La prévention des déchets constitue effectivement, un objectif fondamental de la politique de traitement des déchets. Après évaluation de la situation qui prévaut actuellement sur le plan de la gestion des déchets, des orientations prioritaires ont été définies. Notre stratégie à terme vise leur recyclage et leur valorisation dont l’objectif est d’éviter leur accumulation pour les utiliser en tant que ressource. Vous savez, aujourd’hui, la prise de conscience est collective, et il est clair pour tous que des solutions alternatives sont à envisager, les emplois verts en sont une : nouveaux métiers, nouveaux emplois, nouveaux modèles économiques dans certains cas.  Les emplois verts, parce qu’ils sont générateurs d’emplois et de croissance, sont largement plébiscités comme une «piste pour la création d’une industrie de l’environnement». Ces métiers verts participent à préserver les écosystèmes et la biodiversité ; à réduire la consommation d’énergie, de matières premières ; et à minimiser ou à éviter toute forme de déperdition et de pollution. En fonction de leur nature, les déchets devraient suivre différentes filières de valorisation.

El-Djazair.com  : Oui, mais comment remédier à cette situation dans un cadre de développement durable?

Mme Dalila Boudjemaa : Une des solutions serait de passer d’une politique des déchets à une  politique des ressources. En définitive, dans cette politique des ressources, le déchet devient la ressource qu’il faut savoir exploiter pour en faire un matériau utile et une véritable matière première. C’est le défi à relever. En misant sur le développement du recyclage, l’Algérie pourrait économiser plus de 300 millions d’euros par an. Les bénéfices économiques et environnementaux du recyclage sont considérables: réduction des importations de matières premières, protection des ressources contre le gaspillage, opportunités d’approvisionnement en matières premières alternatives, création d’entreprises spécialisées dans la récupération, relance de la production dans certains secteurs autour de la récupération, réduction des déchets et protection de l’environnement contre les pollutions. Cependant, il y a lieu de travailler pour une meilleure vulgarisation de ces filières vertes qui créeront des emplois verts bénéfiques tant pour l’environnement que  pour l’économie. Les structures de formation habilitées sont de plus en plus impliquées dans sa promotion. L’Enseignement supérieur et universitaire a introduit des spécialités nouvelles liées au développement durable et au génie environnemental. La formation professionnelle a intégré dans ses programmes de formation 5 branches sur les 20 de la nomenclature, des formations liées au développement durable et à l’économie verte à savoir : Agriculture, Eau et environnement, Bâtiment et travaux publics, Industrie et tourisme 

El-Djazair.com  : Le domaine des déchets est un domaine assez particulier et l’investissement y est rare. Qu’en pensez-vous ?

Mme Dalila Boudjemaa : 2014 est l’année charnière pour une gestion qualitative des déchets, où une attention particulière est accordée à la collecte sélective par la mise en place de 22 déchetteries et de 36 centres de tri, ce qui a permis à cette industrie de récupération et de valorisation des déchets de se mettre en place progressivement à l’échelle nationale. On assiste également à un intérêt croissant des secteurs public et privé à investir dans cette filière (petites et micro-entreprises), par le biais notamment des mécanismes incitatifs institués par l’Angem, l’Ansej, ANDI.… Des opérateurs algériens ont récemment mis en service des unités à même de valoriser le PET (polyéthylène téréphtalate), à l’instar des unités de Sétif, Chelghoum El Aid, Tlemcen, Barika, Annaba, Alger…, le papier et le carton (Alger, Tipasa, Oran), le verre (Alger, Oran…), le pneu (Sétif, Bordj Bou Arreridj…), les batteries (Ghardaïa, Sétif, Constantine, Djelfa, Annaba…). L’un des premiers défis du plan d’action est l’organisation des filières qui impliquent de nombreux acteurs publics et privés et demandent une forte cohésion entre eux. Les récupérateurs par filières s’organisent en réseaux, en particulier pour le papier, le plastique, le verre et le métal ; l’extension à de nouveaux flux de déchets tels que les équipements électriques et électroniques (piles et batteries), textiles, huiles usagées... est en cours. Dans un contexte caractérisé par un marché et des filières de recyclage récentes, la formation de professionnels devient une priorité. Le Centre national des formations aux métiers de l’Environnement répond à cette exigence. Il fournira une expertise technique et un support informatif adapté aux recycleurs et aux valorisateurs des déchets. Il est chargé de dispenser des formations spécialisées de courte durée complétant la formation générale acquise au sein des institutions de formation professionnelle, des formations d’initiation, des programmes de mise à jour de connaissances ou de développement de capacités pratiques ou analytiques de divers opérateurs et des programmes de perfectionnement de savoir-faire. Des formations diplômantes sont dispensées, selon les termes de la convention signée entre les ministères de l’Environnement et de la Formation professionnelle. La formation de techniciens supérieurs «déchettistes» est introduite dans 11 établissements pilotes intéressant 439 stagiaires. L’enseignement aux métiers verts (déchets, eaux usées, énergies propres, espaces verts……) a été renforcé durant l’année scolaire 2014.
A travers notre plan d’actions, notre objectif est d’augmenter le recyclage matière afin d’orienter vers ces filières un taux de 25 % en 2015, et de 40 % à partir de 2016 et au-delà. Aujourd’hui, différents dispositifs ont été mis en place, allant des subventions pour le développement de l’activité à une réglementation adaptée, en passant par des accords avec les investisseurs, et, enfin, différentes actions de communication, de sensibilisation et de formation pour assurer la viabilité économique de la filière déchets.
Cette gestion circulaire des déchets permettra de transformer un centre de coût représentée par une gestion classique des déchets en un centre de profit économique, environnemental et social. Cette approche est la plus efficace pour résoudre le problème de gestion des déchets dans notre pays. Les enjeux principaux sont, d’une part, le développement et l’organisation des filières de recyclage et, d’autre part, la réduction des coûts de collecte et de traitement. Le déchet est devenu aujourd’hui un enjeu économique, sa valorisation a pris une dimension croissante et constitue une véritable industrie, qu’il faut pousser à l’innovation, pour créer de nouveaux marchés, d’autant plus que les technologies de recyclage et de valorisation existent. Nous travaillons fortement pour une meilleure vulgarisation de ces filières vertes qui créeront à coup sûr des emplois bénéfiques tant pour l’environnement que pour notre économie.

El-Djazair.com  : Et les déchets industriels spéciaux sont-ils bien encadrés ?
 
Mme Dalila Boudjemaa : La prise en charge de cette catégorie de déchets doit être non seulement en conformité avec les lois et règlements mais également répondre à un souci économique de rentabilité. Le programme du gouvernement dans ce domaine précis a favorisé l’émergence de synergies entre les entreprises en vue d’accroître leurs performances économiques par la réduction des flux de matières et de déchets en reconstruisant l’économie comme un écosystème. Cette approche a permis ainsi d’optimiser l’utilisation de la matière dans les processus industriels. Les principaux axes de la dépollution industrielle reposent sur le Plan national de gestion des déchets spéciaux (Pnagdes). La réduction des flux et de la toxicité des déchets, la promotion des actions de valorisation y compris énergétique, le traitement au plus près des lieux de production sont les enjeux majeurs en matière d’écologique de déchets industriels. La promotion des actions de sensibilisation et le regroupement de production de déchets par zone ont été la pierre angulaire du programme de dépollution. A travers le cadastre national des déchets spéciaux qui a permis, la quantification des déchets générés, stockés, valorisés ou traités et l’identification de leur générateur, des filières de traitement ont été identifiées et des solutions de dépollution à tous les niveaux de la filière d’élimination (tri, collecte, transport, destruction pour résorber les points chauds dont l’objectif principal reste l’élimination totale des grands stocks de déchets du passif environnemental) ont été adoptées. Une diminution des tonnages a été constatée ces dernières années qui s’explique par les orientations nouvelles sur les établissements classés et la taxe d’incitation au déstockage renforcée par une prise de conscience des industriels.

El-Djazair.com  : Madame la ministre, pourriez-vous nous donner quelques précisions sur la nature de ces déchets?

Mme Dalila Boudjemaa: La mise en œuvre du programme quinquennal a permis la prise en charge de 500 000 t de boues de lixiviation de zinc, 1 000 000 t de scories de mercure, 2360 t de pesticides périmés, 15 000 t de produits pharmaceutiques périmés, 272 tonnes de déchets cyanurés, 82 000 t de déchets d’amiante et 145 000t  de déchets ultimes, soit un total de 1 744 632 t. Dans certains cas, comme pour les Polychlorobiphényles (PCB), des actions pour leur élimination définitive ont déjà été mises en œuvre; ainsi, 51,36% des transformateurs en rebut soit 980 sur 1908 et 34,79% des condensateurs soit 366  sur 1052, ont été éliminés. Une seconde opération d’élimination (700 transformateurs) est en cours. Compte tenu de ce qui précède, il est nécessaire de faire accompagner la réalisation en cours des centres d’enfouissement technique de ce type de déchets permettant une élimination écologique, par d’autres investissements en partenariat public-privé, dans le domaine de la valorisation permettant de créer une économie industrielle équilibrée et structurée selon trois grands principes: efficacité environnementale, équilibre économique, partenariat pour une maîtrise des coûts, l’équilibre financier de ces filières repose en grande partie sur la collecte qui  est réglementée par un décret adopté en 2009.
Cette démarche permettra de créer une économie industrielle équilibrée et structurée selon trois grands principes: efficacité environnementale, équilibre économique et partenariat pour une maîtrise des coûts. Des contrats de performance environnementale ayant pour ambition de préparer le secteur de l’industrie à adopter des méthodes de management environnemental sur la base de critères standard internationalement reconnus ont été signés avec des groupes industriels.
Le dispositif mis en place a permis la création d’emplois verts (1800 délégués pour l’environnement)  au niveau des entreprises industrielles et l’amélioration de l’environnement et de la qualité via l’introduction des certifications ISO 9000 et 14000.

L. B.

La biodiversité est la 6e grande crise de la vie :

1 espèce sur 4 est menacée chez les mammifères, 1 espèce sur 8 est menacée chez les oiseaux et 1 espèce sur 3 est menacée chez les poissons ou les amphibiens et un quart du patrimoine végétal,  aux vertus thérapeutiques ou pouvant être utilisé dans l’industrie du cosmétique. La biodiversité en Algérie est très riche, recelant un écosystème très varié, à savoir côtier, de montagne, marin, steppique, saharien. Chaque écosystème renferme une diversité biologique importante. La biodiversité contribue au développement durable et est essentielle à la sécurité alimentaire, au maintien de la productivité des forêts, à la protection de l’environnement et au développement de nouveaux produits. Une loi a été promulguée pour protéger notre patrimoine naturel 

La biodiversité sera le sujet de notre prochain numéro

 

Mme Dalila Boudjemaa, titulaire d’un ingéniorat d’Etat en agronomie, est native de Bordj Bou Arreridj. C’est là qu’elle débute sa carrière à la « sauvegarde et à la protection de la nature » en tant qu’ingénieur à la sous-direction des forêts de Sétif puis à Bordj Bou Arreridj. Nommée directrice de la station de surveillance de l’environnement en 1987, on la retrouve une année plus tard en tant que directrice régionale de l’environnement à Constantine. Appelée à Alger en 1993, elle y occupera le poste de directrice de la coordination et de la programmation à l’Agence nationale pour la protection de l’environnement ; elle sera, en 2000, directrice de la politique environnementale industrielle au ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement ; directrice générale de l’environnement et du développement durable. En septembre 2012, elle sera secrétaire d’Etat chargée de l’environnement. En 2013, elle est ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. Dalila Boudjemaa a derrière elle une longue carrière dans le secteur. Elle aura assumé une dizaine de fonctions, avant que ses efforts ne soient couronnés par sa nomination à la tête d’un secteur pour lequel elle nourrit une véritable passion.  En dehors de l’environnement, Madame la ministre a fait un passage au ministère de la Santé en tant que conseillère puis membre du Conseil supérieur de la magistrature, au titre du tiers présidentiel.



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Leila BOUKLI

Les plus lus

L'Algérie avant tout
AMMAR KHELIFA.

LE SYSTÈME D’INFORMATION :
Par ‎Abderrahmane RAOUYA - Ministre des Finances.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF