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N° 109 - Nov 2017

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Mme Dalila Boudjemaa, ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement

« La diversité biologique constitue la toile de la vie »

Par Leila BOUKLI



El-Djazair.com  :  Qu’est-ce qu’une ressource biologiques au sens de la loi ?

Mme Boudjemaa : Les ressources biologiques sont définies comme étant « les ressources génétiques, les organismes ou éléments de ceux-ci, les populations (animales et végétales), ou tout autre élément biotique des écosystèmes ». De ce fait, il y a une reconnaissance de plus en plus grande que la biodiversité est un atout universel, d’une valeur inestimable pour les générations présentes et futures. 

El-Djazair.com  : Que répondez-vous à ceux qui réduisent la biodiversité à la protection des fleurs et des oiseaux ? 

Mme Boudjemaa : Cette compréhension de la biodiversité est totalement erronée. La diversité biologique constitue la toile de la vie dont nous faisons intégralement partie et dont nous sommes totalement dépendants. La biodiversité, richesse patrimoniale et moteur économique, nous rend au quotidien des services irremplaçables et indispensables à notre survie (nourriture, oxygène, matières premières…), contribue à l’épuration naturelle de l’eau, à la prévention des inondations, au stockage du carbone… à la structuration des paysages et à l’amélioration de notre cadre de vie… et chaque fois qu’une espèce disparaît ou qu’un écosystème subit une dégradation irréversible, c’est l’ensemble du capital naturel qui s’en trouve diminué. Sans biodiversité, les capacités d’adaptation de l’humanité face à des problèmes tels que le réchauffement de la planète et l’appauvrissement de la couche d’ozone seraient très limitées. C’est en ce sens que les spécialistes disent que « la biodiversité est notre assurance vie ». La biodiversité, c’est aussi un univers à découvrir (langues, croyances, traditions, régime alimentaire, arts, etc.), un univers complexe et unique qui conditionne le futur de l’humanité par les biens et les services qu’il procure.

El-Djazair.com  : Vous mettez en avant l’intérêt de protéger ce patrimoine naturel d’une grande richesse. Quelles sont les principales actions engagées par notre pays?

Mme Boudjemaa : Le gouvernement algérien a mis en place une stratégie et un plan d’action national d’utilisation durable de la diversité biologique confortés dès l’année 2002 par le Plan national d’action pour l’environnement et le développement durable (PNAE-DD). Des actions prioritaires ont été identifiées, afin de permettre une meilleure intégration de la diversité biologique dans les secteurs d’activités économiques. Cette insertion sectorielle et intersectorielle se fixait comme objectif d’assurer la préservation de la biodiversité à travers la protection des habitats et la gestion rationnelle des écosystèmes, de rendre pratiques la connaissance, l’évaluation, la conservation et le développement du patrimoine biologique et de mettre en place des zones de développement durable. Des actions de protection et de conservation de tous les espaces d’intérêt biostratégique et écologique majeurs ont été définies. Il faut dire que la bioclimatologie et l’étendue de l’aire géographique de l’Algérie sont à l’origine de l’existence d’une diversité écosystémique importante. On dénombre 6 types d’écosystèmes, marins et côtiers, humides, montagneux, forestiers, steppiques et sahariens, raison pour laquelle l’approche en termes de protection des habitats et des écosystèmes à travers la multiplication des aires terrestres et marines protégées a été privilégiée. Chaque écosystème renferme une diversité biologique exceptionnelle. La richesse de la biodiversité nationale naturelle et agricole compte environ 16000 espèces. Notre pays est donc résolument engagé à protéger sa biodiversité terrestre et marine remarquables à travers la mise en place d’un réseau national d’aires protégées mais aussi en intégrant le concept d’adaptation aux changements climatiques et la restauration des écosystèmes dans nos programmes de développement.

El-Djazair.com  :  En voulant préserver cette biodiversité, est ce qu’il n’y a pas de risque de freiner le développement?

Mme Boudjemaa : Non, bien au contraire, préserver aujourd’hui la biodiversité, c’est préserver les produits que nous procure la nature et qui sont le socle de diverses activités : agriculture, cosmétique, pharmacie, horticulture, bâtiment et traitement des déchets. La biodiversité est également source d’innovation et d’emplois, elle représente une dimension socio-économique importante. Il me semble que l’inaction, c’est plutôt la perte des services et des bénéfices rendus par la nature. D’ailleurs, l’Algérie a toujours montré sa volonté de gérer rationnellement ses ressources naturelles, elle s’est placée parmi les pays avant-gardistes en activant et signant avec célérité les conventions internationales relatives à la protection de la biodiversité. Elle a également créé des institutions capables de prendre en charge sa gestion. Dans son patrimoine naturel, elle accorde une place privilégiée aux ressources biologiques et à leur diversité. L’urgence aujourd’hui pour nous, c’est d’élaborer et d’appliquer des règles en matière d’accès aux ressources biologiques et des connaissances qui leur sont associées ainsi que le partage des bénéfices. 

El-Djazair.com  : Justement, on dit que la biodiversité est la sixième extinction. Donnez-nous plus de détails ?

Mme Boudjemaa : Oui ! Certains biologistes renommés disent que « le rythme d’extinction est au moins 100 fois supérieur au rythme naturel d’extinction dû à l’activité humaine », selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui présente chaque année sa liste rouge des espèces menacées dans le monde, une espèce de mammifère sur quatre, un oiseau sur huit et plus d’un amphibien sur trois sont menacés d’extinction. L’extinction actuelle, provoquée par les activités humaines, est comparable à une crise biologique majeure puisque d’ici à 2050, on considère que 25 à 50 % des espèces auront disparu, selon des chercheurs. Pour préserver la biodiversité, il faut préserver ses capacités d’adaptation. Le changement climatique est, par exemple, à l’origine du déplacement des espèces. On observe que des communautés d’oiseaux se sont déplacées en moyenne chaque année de 2,9 km vers le nord entre 1990 et 2008.

El-Djazair.com  : Les ressources biologiques de la terre sont primordiales pour le développement économique et social de l’humanité toute entière. Existe-t-il un cadre juridique pour préserver notre patrimoine national ?

Mme Boudjemaa : Question très pertinente ! Justement, la convention sur la diversité biologique reconnaît la souveraineté de chaque pays en ce qui concerne les ressources de la diversité biologique se trouvant sur son territoire, celle-ci a été ratifiée par notre pays, le 6 juin 1995, ses objectifs sont la conservation, l’utilisation durable de la diversité biologique et le partage juste et équitable des avantages découlant de son exploitation. C’est parce que ces ressources sont une partie de notre patrimoine vécu et vivant, socioculturel et économique que le gouvernement a mis en place les mécanismes, les moyens et la réglementation nécessaires à la connaissance, à la préservation, à la gestion, à la circulation, à la valorisation et à l’utilisation de ces ressources biologiques. L’accès à ces ressources est strictement contrôlé et réglementé dans l’intérêt des générations actuelles et futures. Le permis d’accès aux ressources biologiques est délivré par un organe national soit pour une prospection, pour une collecte ou pour un prélèvement et cela à des fins scientifiques, ou dans un but commercial.

El-Djazair.com  : L’actualisation de la stratégie nationale pour l’utilisation et la valorisation de la diversité biologique, un passage obligé pour s’adapter aux enjeux actuels et futurs. Ou vous en êtes ? 

Mme Boudjemaa : Des questions liées à la sécurité alimentaire, à la biosécurité, à la réduction des effets des changements climatiques, à la mobilisation des ressources en eaux, à l’économie de l’eau sont au centre du débat engagé par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement avec ses différentes partenaires nationaux et locaux, notamment institutionnels, experts et société civile dans le cadre du processus que nous avons initié depuis près d’une année pour actualiser notre stratégie nationale « biodiversité ». Ce débat est également imprégné des problématiques et enjeux internationaux, notamment ceux liés aux services rendus par les écosystèmes, à l’accès aux ressources biologiques et au partage équitable des bénéficies produits par ces ressources. La démarche, sur laquelle nous nous appuyons s’articule autour de la mise à jour de l’état et des tendances de la diversité biologique, des dangers qui la menacent et de leurs conséquences pour le bien-être du citoyen algérien ainsi que la recherche de l’intégration de la diversité biologique dans les différentes politiques sectorielles. Nous recherchons également à évaluer les progrès accomplis en vue de parvenir aux objectifs d’Aichi de 2015 et 2020 pour la diversité biologique et les contributions apportées à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.

El-Djazair.com  : Les aires protégées, un outil efficace de gestion, de conservation et de valorisation de la diversité biologique. Quelles sont les mesures mises en place ?     
 
Mme Boudjemaa : Effectivement, les aires protégées sont un outil privilégié pour la mise en œuvre des mesures de conservation et de protection des habitats et des écosystèmes naturels, notamment les plus remarquables d’entre eux. Ces aires qui permettent la protection du capital naturel, la conservation et la valorisation des services des écosystèmes naturels, participent directement dans l’amélioration de la qualité de vie et de la santé du citoyen algérien. L’inventaire national des aires potentielles pour le classement en aires protégées fait ressortir 277 aires répondant aux critères de sites écologiquement remarquables, dont 50 sont soit marines ou côtières et le reste est réparti sur l’ensemble du territoire national couvrant tous les écosystèmes et représentant les principaux processus écologiques. Cet inventaire met également en relief l’existence de 28 sites qui ont été classés en aires protégées, dont une seule est marine, la réserve naturelle marine des îles Habibas, en l’occurrence. La stratégie mise en place pour la préservation de la diversité biologique, notamment sa composante la plus patrimoniale, s’appuie, entre autres, sur la mise en place d’un réseau national d’aires protégées, aménagées et efficacement gérées et couvrant l’ensemble des écosystèmes sensibles et écologiquement remarquables de l’Algérie : zones humides, espaces littoraux et côtiers, les hauts plateaux, les oasis et les régions steppiques ainsi que les habitats remarquables en zones désertiques. Et justement, afin de se donner les moyens juridiques de cette politique, la loi relative aux aires protégées constitue le cadre de la mise en œuvre de ce réseau d’aires protégées. Ce dispositif s’appuie, également, sur la loi relative aux ressources biologiques et la loi littorale pour les composantes marines et côtières. Un programme pour l’aménagement écologique, la mise en défens des parties sensibles, le classement et l’élaboration de ces aires protégées a été mis en place. Les aménagements, en fait, portent sur la mise en valeur de parcours de découverte de la nature avec l’objectif de maitriser et de canaliser le flux des visiteurs à travers un nombre limité de zones accessibles au public, l’aménagement et l’équipement d’aires de détente, la mise en défens des zones sensibles, la renaturalisation des espaces dégagées ou dégradées ainsi que la mise en place d’un dispositif et d’une signalétique d’interprétation des sites faisant partie intégrante du paysage et enfin la mise en place de pôles d’orientation et de sensibilisation des citoyens. Des espaces « services » seront également aménagés et permettront la création d’emplois, notamment pour les jeunes, dont celui de guides, d’écogardes, petits commerces, etc. Les constructions doivent présenter une simplicité de volume, une unité d’aspect et de matériaux compatibles avec la bonne économie de la construction et l’harmonie du paysage. Elles doivent s’intégrer parfaitement à leur environnement, et de par leur procédé constructif présenter les qualités de bâtiments non polluants, sains, naturellement confortables, très économes en énergie et en eau. Cette dynamique vise à atteindre comme objectif de constituer un réseau national composé de 50 aires protégées à l’horizon 2025, soit la création de 22 nouvelles aires protégées. 

El-Djazair.com  : Et les zones humides ?

Mme Boudjemaa : La sauvegarde de ce patrimoine est l’un des enjeux majeurs du programme du gouvernement. Nous voulons aujourd’hui reconquérir ces zones humides, redonner vie aux lacs, oueds,… Préserver celles qui subsistent, les restaurer, parce qu’en plus de leur rôle écologique de premier ordre, comme l’autoépuration, la prévention des inondations et contre l’érosion, la réalimentation des nappes, ces écosystèmes fournissent, également, des services économiques et sociaux non moins importants aux populations locales. Ils contribuent de manière significative au maintien d’une grande diversité d’espèce, d’habitats et de processus écologiques.
Les conserver, les exploiter durablement représente un enjeu majeur en termes d’aménagement du territoire, surtout dans un contexte de changements climatiques. 1700 zones humides dont 526 ont été géo-référencées et cartographiées sous un système d’information géographique réparties en 280 zones humides naturelles et 246 zones humides artificielles. De même que la zone de fonctionnalité ainsi que son bassin versant ont été délimités, dix zones humides, dont six classées sites Ramsar et une proposée comme tel, ont été sélectionnées sur la base de leur représentativité biogéographique et typologique. Ainsi, six zones humides appartenant au domaine Maghrébin Méditerranéen, deux au domaine Maghrébin Steppique et deux à l’un des domaines du Sahara. Les zones retenues couvrent neuf des grands types de zones humides, six d’origine naturelle et trois d’origine anthropique. Oasis Tamentit Ouled Ahmed (Site Ramsar) à Adrar et Gueltes Affilal (Site Ramsa) à Tamanrasset (Sahara centrale) ; Chott Zahrez Chergui (Site Ramsar) à Saida et Chott El Hodna (Site Ramsar) à M’sila, Chott Timerganine (proposé pour Site Ramsar) à Oum El Bouaghi et Barrage Bougara à Tissemsilt (Maghrébin steppique) ; Oued Mazafran à Alger-Tipasa Dayet El Morsli (Site Ramsar) à Oran et le Lac Tonga (Site Ramsar) à El Tarf  (Maghrébin Méditerranéen).

L. B.



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