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N° 120 - Avril 2019

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Ahmed Bousteila : mission accomplie

Par Mohamed MEBARKI



Avec ses 130.000 hommes répartis à travers six commandements régionaux, la Gendarmerie nationale constitue bien un potentiel stratégique dans l’ordre sécuritaire d’un pays aussi vaste que l’Algérie; une société plurielle, des reliefs continentaux et une jeunesse boostée par sa majorité numérique et ses ambitions illimitées. Son implantation urbaine et sa capacité opérationnelle avérée dans le maquis l’autorisent ouvertement à revendiquer et à détenir un statut organique qui l’élève au-dessus de celui d’une institution auxiliaire, à mi-chemin entre l’armée et la police. Elle pourrait être les deux à la fois, lorsque la situation l’exige, et sans causer la moindre friction ou incompatibilité avec les autres corps de sécurité. Si elle est devenue aujourd’hui une réponse de pointe adaptée à l’évolution des défis, et parfois en les anticipant dans le cadre d’un schéma de formation moderne et efficace, c’est en partie grâce à l’apport de l’un des hommes qui ont maté le terrorisme et neutralisé la nuisance criminelle de ses névrosés-tueurs. Nous avons nommé Ahmed Bousteila, à la tête de ce corps de sécurité depuis 2000. Fort d’une riche expérience acquise aux forceps et souvent dans la douleur, le général de corps d’armée avait, dès sa prise de fonction, entamé une reconfiguration intelligente de la Gendarmerie nationale, conforme à l’évolution intra-muros et des enjeux régionaux.

Technologie et communication
Conscient de l’inéluctabilité d’une véritable « reconversion » scientifique, technologique et mentale d’une structure complètement transformée par une décennie de lutte antiterroriste acharnée et compliquée pour plusieurs raisons, il s’est limité au début à un traitement d’approche, en préparant le terrain avec méthode à un changement graduel basé sur le rajeunissement des rangs, la captation de l’élite universitaire, la modernisation du matériel et des réflexes liés à son utilisation rationnelle, et enfin la couverture sécuritaire planifiée selon une démarche nationale mise à jour régulièrement. En quinze années d’exercice au sommet du commandement, il s’est attelé à un travail de titan dont les résultats ne se sont pas fait attendre. Le degré d’assimilation du contenu didactique des différents programmes de formation a connu une hausse remarquable, particulièrement lors des cinq dernières années. Parallèlement à l’effort pédagogique intense assuré par les écoles de la Gendarmerie nationale, le processus de modernisation des infrastructures de base et du matériel s’est poursuivi à une cadence soutenue. C’est bien sous l’égide de Bousteila que la gendarmerie algérienne a investi de manière autonome et souveraine le domaine de la sophistication des moyens et des méthodes de travail. C’est sous son autorité et son contrôle que ce corps d’élite s’est doté d’un institut de criminologie et de criminalistique ; une plate-forme technologique dernière génération. Désormais, les enquêtes et les investigations se font selon des normes scientifiques et professionnelles très performantes. Cet institut a permis à la gendarmerie d’élucider de véritables énigmes criminelles. L’impact positif d’une telle structure s’est fait sentir lors de l’épreuve de Tiguentourine et le crash de l’avion militaire dans la région d’Aïn M’lila. L’acquisition d’un outil pareil constitue certes une belle performance à inscrire sur le compte de Bousteila en tant qu’officier supérieur et en sa qualité de numéro Un du commandement national, mais le plus grand mérite demeure le niveau de maitrise technique atteint par les gendarmes. Dans le domaine de la communication, la Gendarmerie nationale a déployé un réseau de cellules chargées d’informer les médias et le public, et de leur fournir l’aide nécessaire, dans le cadre des lois en vigueur. En un laps de temps relativement court par rapport aux objectifs définis, la gendarmerie a pu rattraper des décennies de retard en matière de communication. L’introduction de l’infographie et des autres techniques de l’illustration informatisée a renforcé cette dynamique destinée aux journalistes et au grand public, qu’il nous a été donné de constater lors de nombreuses manifestations portes ouvertes, organisées à Constantine, Mila, Alger, Oran, Ouargla et Jijel entres autres. Des bilans sont adressés régulièrement à la presse. En quinze ans, la gendarmerie est devenue une destination privilégiée de milliers de bacheliers et de titulaires de diplômes supérieurs. Et ce n’est nullement le fait du hasard, mais le résultat logique d’un long processus de mise à niveau pédagogique, légale et opérationnelle mené par des hommes de métier.

Capacités opérationnelles et performance
Sur le plan opérationnel, les gendarmes sont restés aux avant-postes de la lutte antiterroriste, et ont continué à enregistrer des « points » en leur faveur. Aujourd’hui, ils sont présents dans les airs, au niveau des aéroports et des frontières, sur les routes et dans les différentes manifestations publiques de grande envergure. Ils sont aux côtés des sinistrés et mènent en même temps une lutte implacable contre les milieux de la grande criminalité. Ils organisent des campagnes de sensibilisation routière, et parallèlement à cette opération d’utilité publique signalée, ils continuent de traquer sans relâche contre le trafic illégal sous toutes ses formes. Les chiffres sont là pour le prouver. Les saisies de drogue en tous genres sont stupéfiantes et la vigilance est toujours de mise dans un contexte régional exigeant le maximum de professionnalisme et de cohésion. Un challenge de taille que Bousteila a remporté sans crier gare, en optant pour le style direct et sur le terrain ; en multipliant les inspections et le contact physique avec la réalité. En quinze ans, la Gendarmerie nationale a réussi à combler le gros de ses lacunes et à atteindre un degré de développement  et de perfectionnement avancé. A vrai dire, tout un héritage que le successeur de Bousteila, le général-major Menad Nouba semble en mesure de préserver et, pourquoi pas, de le faire avancer. Bousteila a été remplacé par un opérationnel pur et dur qui maitrise un des dossiers les plus brûlants que l’Algérie essaie de solutionner selon les règles du bon voisinage et en respect du principe de non-ingérence, celui du Sahel. Même si on part en retraite amplement méritée, il est écrit qu’on ne quitte pas toute une carrière impunément. En optant définitivement pour la tenue civile, Bousteila a mis fin à une carrière chargée et non à un état d’esprit façonné dans un treillis. Il est surprenant de constater que son départ a été commenté par certains comme s’il s’agissait d’un événement paranormal. Les nominations aux postes clés et le départ de hauts fonctionnaires provoquent toujours des lectures, posées ou aléatoires, et pourraient même susciter des scénarios qui ont le mérite de coller à l’actualité, mais que ça ne donne pas lieu à des séries de politique-fiction  qui ne mènent nulle part. Ce genre de mouvement répond à une logique de pouvoir partagée par tous les Etats. L’Algérie n’a rien inventé. Le nouveau chef de la Gendarmerie nationale possède un profil et un état de service qui correspondent aux objectifs définies par l’Etat algérien. Il est à la fois, un homme de terrain et un haut gradé qui connaît parfaitement les enjeux de l’extérieur. Sa nomination ne diminue en rien le mérite de son prédécesseur. Pour Bousteila, c’est une immense carrière sur le fronton de laquelle est inscrit : mission accompli. Pour Menad Nouba, c’est une étape particulière qui s’annonce avec ses défis.
M. M.



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