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N° 103 - Fev 2017

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Boudjemaâ Talaï, ministre des Travaux publics et des Transports

« Notre objectif est de doter l’Algérie d’infrastructures logistiques répondant aux normes internationales »

Entretien réalisé Par Smail ROUHA

EL-Djazair.com : LLa stratégie du secteur des travaux publics à l’horizon 2025 est axée sur une contribution à la croissance économique et à la politique de l’emploi, une structuration du territoire et lutte contre les disparités régionales, un accroissement de la productivité et de la compétitivité, et une participation à la politique de redistribution du revenu national (emploi, plan de charge offerts aux entreprises…). Voulez- vous, Monsieur le ministre, être plus explicite ?

Boudjemaâ Talaï : Les infrastructures de transport représentent un enjeu hautement stratégique dans la problématique du développement durable du pays. C’est à ce titre que le secteur des travaux publics constitue un des vecteurs directeurs du développement pour notre pays. En effet, notre secteur réalise des croissances à deux chiffres. Il contribue également à l’aménagement du territoire, à son développement harmonieux et à la concrétisation de la politique de justice sociale à travers notamment les programmes de désenclavement et d’amélioration des conditions de déplacement des populations pour toutes les régions du pays ainsi que la création de l’emploi. Par ailleurs, l’activité du secteur des travaux publics produit un effet d’entrainement sur les autres secteurs particulièrement ceux de l’industrie et de l’énergie (production d’acier, de ciment de bitume, d’agrégats et de peinture, etc.).

EL-Djazair.com : Votre stratégie passe-t-elle par la rigueur ?

Boudjemaâ Talaï : Vous savez, la rigueur et la discipline sont des facteurs essentiels et indispensables pour mener et réussir n’importe quelle stratégie.

EL-Djazair.com : Suite aux résultats de l’étude menée par le Bureau d’études public « CIEF », une étude de reconfiguration du secteur public marchand relevant des travaux publics a été établie. Quels sont les objectifs recherchés via la nouvelle reconfiguration ?

Boudjemaâ Talaï : La réorganisation vise d’abord la mise en place de groupes compétitifs et performants, à travers un redéploiement stratégique du secteur public marchand relevant des travaux publics. Elle ambitionne l’optimisation, la rationalisation et la mutualisation des moyens pour plus d’efficacité et de compétitivité. Elle vise la mise en place de groupes performants et compétitifs présentant une taille critique, des synergies et des complémentarités ainsi qu’un potentiel de déploiement sur les marchés nationaux et internationaux.
 
EL-Djazair.com : La construction, l’entretien et l’exploitation des routes, ports et aéroports, font appel à des considérations politiques, économiques, financières et sociales mais aussi à des techniques qui varient en harmonie avec le développement des sociétés. Peut-on avoir plus d’éclaircissements ?

Boudjemaâ Talaï : Le développement des techniques de construction et d’entretien est une réalité palpable, ce qui a permis d’atteindre des performances en matière de réalisation d’ouvrages de plus en plus audacieuses. Si durant le siècle précédent le travail se faisait manuellement, aujourd’hui, la mécanisation et la robotisation des tâches permettent d’optimiser aussi bien les coûts que les délais de réalisation. Cette évolution a été rendu possible grâce au développement des techniques et des technologies de construction et d’entretien mais aussi des sociétés d’une manière globale. La relation entre le développement technologique et celui de la société est une relation bijective.  A ce titre, la formation au niveau du secteur a été toujours au centre des préoccupations, il est prévu la construction de trois établissements de formation, l’un implanté à Alger et dédié à la formation de managers, le deuxième à Djelfa qui s’occupera de la formation des métiers des travaux publics et le troisième à Ain Defla qui sera chargé de la formation des contrôleurs de la qualité des réalisations.   

EL-Djazair.com : Le rôle des ports dans l’exportation n’est plus à démontrer. Quelles sont les orientations que vous avez données dans ce sens, et peut-on aussi savoir si nos ports sont prêts pour ce challenge de la diversification de l’économie nationale ?

Boudjemaâ Talaï : Comme vous le constatez, les ports sont la vitrine du pays. Ils représentent de ce fait un indicateur fiable sur notre activité économique. Notre souci est de faciliter les opérations au niveau du port afin de permettre aux opérateurs de se focaliser sur leurs activités. La simplification des procédures à travers la mise en place du guichet unique constitue une avancée considérable pour l’activité portuaire. Présentement, les temps d’attente en rade ont considérablement diminué. C’est à ce titre que des objectifs mesurables et quantifiables ont été fixés à savoir :
augmenter de 10 % par an, durant les trois années à venir, le volume des marchandises traitées par les ports à l’export;
prendre les mesures nécessaires pour faciliter le passage des produits destinés à l’export (couloir vert, espaces dédiés à l’entreposage des marchandises destinées à l’export, création de ports secs) ;
réduire les coûts de la logistique, jugés trop élevés (30 % du coût global) pour les ramener à la norme (15%), et ce, afin de soutenir la compétitivité des produits nationaux dans les marchés internationaux ;
développer de nouvelles activités créatrices de richesses à l’instar des activités touristiques au niveau des ports (croisières).
Il est toutefois prématuré de dire maintenant que nos ports sont prêts pour la diversification de l’économie nationale, mais ce qui est sûr, c’est que nous travaillons dans ce sens, nous avons fixé des objectifs, nous avons établi des indicateurs de performances, maintenant laissons le temps faire.

EL-Djazair.com : Qu’est-il attendu du plan logistique national ?

Boudjemaâ Talaï : Votre question est très importante, la logistique est un tout, englobant le transport, les entrepôts de conditionnement, les ports secs, la grande distribution etc. Le coût logistique d’un produit est d’environ 5%, selon les normes internationales. Chez nous, il est de 30% à 35%, une chaîne logistique performante permettrait donc de faire baisser les prix, ou au moins éviter qu’ils n’augmentent.
A ce titre, le développement de la grande distribution est à l’ordre du jour, notamment avec les sociétés étrangères ayant une grande expérience en la matière, comprenons que c’est aussi un relais pour l’export des produits nationaux. Une grande chaîne mondiale de grande distribution, en s’installant en Algérie, pourra plus facilement vendre des produits algériens dans ses magasins à travers le monde, en passant par ses canaux de distribution.
Il apparait clair que la logistique est un vecteur structurel de toute activité économique moderne, et constitue de ce fait une des priorités dans notre pays. A l’heure actuelle, cette activité en est au stade primaire.
Néanmoins, l’Algérie se trouve en bonne position afin de se doter d’une infrastructure de logistique en utilisant comme appoint les immenses potentialités infrastructurelles disponibles sur son territoire.
Dans cette optique, les pouvoirs publics ont chargé le ministère des Travaux publics et des Transports de conduire les travaux d’un groupe de travail interministériel (intérieur-industrie-finances-énergie-agriculture-commerce et douanes) pour élaborer un plan logistique national sur le court et le moyen terme et ce, pour élaborer un plan national de logistique dans notre pays. Parmi les objectifs de ce plan, on peut citer : le rééquilibrage des flux sur la façade maritime ; la création de nouvelles capacités de stockage et de distribution selon les normes admises ; l’émergence d’opérateurs logistiques et de transporteurs professionnels ; le renforcement du contrôle des activités de transport et de logistique ; l’assurance d’une croissance soutenue du transport et du développement du transport intermodal et multimodal.
Les infrastructures de base réalisées, en cours de réalisation ou en phase d’extension, sont constituées de ports et de leurs dépendances, d’axes autoroutiers, de voies ferrées et d’aéroports, et, de par leur couverture à l’échelle nationale, seront à même d’être l’ossature structurelle pour asseoir un plan logistique national.
Notre objectif est de doter l’Algérie d’infrastructures logistiques répondant aux normes et aux standards internationaux et les intégrer progressivement dans le réseau des plateformes logistiques au niveau national et régional et international.
Dans ce contexte, un port centre sera érigé en eaux profondes dans la partie centrale du littoral de l’Algérie et implanté dans la région de Hamdania à Cherchell, wilaya de Tipasa. L’étude menée tient compte des besoins exprimés et des objectifs à atteindre.
Le nouveau port centre est un port « Hub », Il sera en mesure de recevoir les navires de capacité de 20 000 EVP. Il aura deux fonctions principales :
1- le chargement et déchargement des conteneurs et marchandises destinées à l’économie nationale et à l’export ;
2- L’activité de transbordement des conteneurs.
Le nouveau port centre qui sera réalisé sur 2000 ha en trois phases pour une durée totale de sept ans, comprendra quatre zones logistiques. Il sera relié à l’autoroute Est –Ouest à travers une pénétrante autoroutière ce qui facilitera l’acheminement des marchandises vers les pays Africains particulièrement les pays subsahariens.

EL-Djazair.com : Vous avez affirmé lors de votre dernière visite à Annaba que les projets structurants engagés et inscrits au port d’Annaba ouvriront des horizons économiques prometteurs pour la wilaya. Dans quel sens ?

Boudjemaâ Talaï : Comme vous le savez, la ville d’Annaba est connue pour être une ville de l’acier, la preuve c’est qu’elle dispose du plus grand complexe sidérurgique appelé à être développé. Le nouveau quai minéralier projeté permettra d’accroitre la capacité de traitement à l’export des minerais extrait de la mine d’Ouenza appelé à s’accroitre crescendo. Aussi, la ville dispose d’atouts touristiques non négligeable, c’est pourquoi nous avons lancé l’étude et la réalisation des terrasses du port pour que le citoyen d’Annaba ne tourne plus le dos à la mer.  

EL-Djazair.com : A quelle échéance les péages seront-ils mis en place pour l’autoroute Est-ouest ? Par quel moyen assurer le financement des entretiens et des structures de l’autoroute ?

Boudjemaâ Talaï : Pour ce qui est de la première partie de votre question, les péages sur l’autoroute Est-ouest ne sont pas à l’ordre du jour pour le moment. S’agissant de la deuxième partie de votre question, les entretiens de l’autoroute et de ses structures se font sur budget de l’Etat à travers les différentes lois de finances.

EL-Djazair.com : Va-t-on vers l’ouverture du secteur aérien et vers le « open sky » ? Quelle est la place d’Air Algérie ?

Boudjemaâ Talaï : L’ouverture du secteur aérien n’est pas prévue présentement ce qui n’empêche pas Air Algérie et les autres compagnies nationales de se développer et de se moderniser. Air Algérie dispose d’un plan de développement acté, elle prévoit d’ouvrir de nouvelles lignes vers l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et d’autres destinations en Afrique, pour faire d’Alger un hub pour le continent. Les voyageurs africains pourront transiter par Alger pour aller vers l’Europe et ailleurs. A ce titre la ligne Alger-New York peut être ouverte rapidement, car l’ouverture de la ligne n’est plus conditionnée par l’open sky. Pour atteindre ces objectifs, la compagnie compte acquérir de nouveaux avions et faire passer la flotte à environ 100 appareils. Sur un autre registre, le développement du fret aérien notamment pour les exportations agricoles (dates, fruits et légumes) à partir évidemment de l’aéroport principal d’Alger et des aéroports des villes métropoles et d’autres aéroports du Sud comme El Oued, Biskra, Adrar…, permettra d’offrir aux opérateurs nationaux des espaces d’exportations. Cette action consiste à mettre en place des équipements et des hangars fret par des dépôts frigorifiques. 

EL-Djazair.com : Concernant l’ouverture du secteur maritime au privé, notamment celui de la plaisance, vous avez déclaré que la loi est prête, les textes d’application sont prêts et les commissions sont en place, où en est le projet ?

Boudjemaâ Talaï : Le projet suit son cours, nous avons déjà reçu des demandes d’agrément. La priorité sera donnée à l’opérateur qui offrira un niveau de service irréprochable (les cahiers des charges seront très stricts). L’expérience sera lancée dans certains ports puis généralisée. 

EL-Djazair.com : Les parts de marché dans le transport maritime de marchandise sont détenues à 97 % par les armateurs étrangers. Comment faire pour que le pavillon national puisse engranger des parts de marché ?

Boudjemaâ Talaï : Effectivement aujourd’hui, le marché du transport maritime est dominé par les armateurs étrangers. Les armateurs nationaux sont appelés à acquérir des parts de ce marché, ceci passe par le renforcement du pavillon national, quitte à recourir à l’affrètement de navires. Ce sera toujours une économie et une avancée par rapport à la situation actuelle.
Pour ce faire, un plan de développement du transport maritime, inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie économique a été réfléchi, ce plan vise à augmenter à moyen terme, la part des armateurs nationaux à hauteur de 25 % des parts de marché du transport hors hydrocarbures. La création de joint-venture selon le principe de 51/49, avec des armateurs étrangers de renommée mondiale peut être aussi envisagée comme alternative pour pouvoir atteindre les objectifs tracés.

EL-Djazair.com : Voulez-vous nous quantifier les réalisations dans le cadre du programme du président de la République?

Boudjemaâ Talaï : Voici par les chiffres les principales réalisations menées sous la conduite de Son Excellence Monsieur le Président de la République Abdelaziz Bouteflika depuis 1999 :
Plus de 12 000 km de routes ;
Plus de 3800 km d’autoroutes et voies rapides
20 ports de pêche
04 plateformes aéroportuaires
Plus de 2300 km de voie ferrée
13 km de ligne de métro
07 lignes de tramway (Alger, Oran, Constantine Sidi Bel Abbes, Mostaganem, Ouargla et Sétif)
04 appareils de téléphériques neufs (Constantine Skikda, Tlemcen, Alger) et la réhabilitation de 07 appareils de téléphériques dont 04 Alger (Madania, Riadh El Feth, Palais de la Culture, Notre Dame d’Afrique), Blida, Annaba et Oran.

S. R.



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