Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 80 - Dec 2014

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Contribution

Mon Algérie, de 1964 à 1968

Par Me Serge Pautot,

Construire une économie socialiste
Avec l’enthousiasme populaire, des meetings sont organisés un peu partout dans le pays, la radio fait de très larges commentaires pour exposer les perspectives ouvertes par la socialisation, les leaders algériens prononcent de nombreux discours.
Le style, les titres, sont idylliques. On y parle de révolution « socialiste », de république « démocratique » et « populaire ». Le langage des hommes politiques : on lit ce que dit le Président Ben Bella : « La révolution algérienne doit désormais avoir le fusil dans la main gauche et la pioche dans la main droite »… On y trouve les programmes du parti, des articles sur l’industrie, le pétrole et l’agriculture en Algérie. En achetant le journal Alger Républicain, nous recevons une plaquette intitulée « L’Algérie en marche vers le socialisme », qui présente et explique le projet politique du pays.
On ne parle que de comités de gestion. Il y a les décrets sur les biens vacants et ceux instituant les comités de gestion. Les masses travailleuses, déclare le Président Ben Bella, avaient compris leur devoir, un peu partout, elles s’organisaient spontanément et se substituaient aux exploitants défaillants. A ce sujet, les décrets des 22 et 23 novembre 1962 et de mars 1963 instituant les comités de gestion, une initiative forte du gouvernement, ne faisaient qu’entériner un état de fait que les masses travailleuses dans leur élan patriotique et révolutionnaire avaient créé sur toute l’étendue du territoire. Plus d’un million d’hectares de terre, et quelque 400 entreprises industrielles et artisanales sont confiées aux comités de gestion de travailleurs.
Dans toutes les fermes où le propriétaire avait disparu, parti ou chassé, les terres furent ainsi déclarées biens de l’Etat. Pour faire face aux insuffisances techniques des hommes, beaucoup venant de pays de l’Europe de l’Est sont venus sur place former des mécaniciens, des jeunes s’en sont allés se familiariser avec les méthodes nouvelles de culture et d’administration agricole à Cuba et en Yougoslavie.
On ne parle que de réformes agraires, de labours, de reboisement. Les journaux relatent avec envie toutes ces initiatives qui se déroulent dans tout le pays.
« Un million de familles vivent de la terre », a dit le Président Ben Bella. Des milliers de familles ne possèdent rien, cependant, lors de notre lutte libératrice, 85 % de nos cadres révolutionnaires étaient issus de familles vivant de la terre. Il s’agit d’apporter une réponse aux aspirations profondes de la masse : donner la terre, mais d’abord à ceux qui la travaillent.
En réalité, la terre n’est pas donnée aux fellahs, elle appartient à l’Etat et les paysans la cultivent pour son compte. Des décrets sur l’autogestion sont pris.
Selon sa méthode, le Président Ahmed Ben Bella s’adresse directement aux membres des comités de gestion et dit, à sa manière, leur rôle dans le nouvel Etat algérien. « Maintenant, vous n’êtes plus des salariés à 600 ou 700 anciens francs par jour, mais des ouvriers animés d’un grand souci de production et intéressés au sort des entreprises. Je n’ai pas chassé les Germain et les Borgeaud pour prendre leur place. Bien sûr, une petite partie des bénéfices doit revenir à l’Etat à qui incombent les dépenses pour la construction des routes, des écoles, des hôpitaux, etc. » Je sentais là son souci de faire connaître et de comprendre l’action de l’Etat auprès de chaque famille, de chaque citoyen, et aucune volonté de manipulation.
Dans un autre discours, il définit le fonds national d’équilibre de l’emploi : « Comme vous le savez, il y a des chômeurs, beaucoup de chômeurs en Algérie. Il y a des travaux mal ou peu payés en Algérie. Il y a des travaux pénibles qui épuisent l’homme et d’autres qui le sont moins. Il y a des régions riches, mais il y a également des régions pauvres en Algérie. » « C’est à travers le fonds national d’équilibre de l’emploi que la solidarité des travailleurs et travailleuses d’Algérie s’exprimera. C’est à travers ce fonds que les travailleurs de la Mitidja et ceux des Aurès exprimeront leur fraternité… De l’est à l’ouest, du nord au sud, les travailleurs algériens exprimeront à travers le fonds national d’équilibre de l’emploi, une fois de plus, l’unité de la nation algérienne. »
La réforme agraire était inévitable. Le programme de Tripoli l'avait décidée et les accords d’Evian la prévoyaient. Par rapport à ce que j’avais vu au Sénégal pendant un an, j’assistai à une rupture radicale avec le modèle français de coopération. L’Algérie voulait réaliser sa révolution socialiste : « A la lutte armée doit succéder le combat idéologique. »

Alger, de l’avant-garde du tiers-monde au coup d’Etat
Et puis, toujours les dirigeants « frères », les ténors du tiers-monde, le Cubain Fidel Castro, le Capverdien Amilcar Cabral, l’Egyptien Gamal Abdel Nasser, le Chinois Zhou Enlai, tous ceux des Mouvements de libération nationale, au Mozambique, en Angola, en Afrique du Sud, en Erythrée. Tous sont accueillis à bras ouverts à Alger et dans les médias. En février 1965, Che Guevara participe à un séminaire de « solidarité afro-asiatique ». Alger devient « la Mecque des révolutionnaires ».
On parlait beaucoup de panarabisme, d’Union arabe et du succès populaire du voyage de Nasser à Alger. Cette allégresse avait conduit le Président Ben Bella à exalter l’Unité arabe.
L’immense clameur qui déferla à la suite de la visite du Raïs à Alger se répercuta d’écho en écho pendant des mois en Algérie, à travers les médias, les photos, la propagande, le courrier des lecteurs du quotidien l’Alger Républicain. Parfois, quand je passe devant l’hôtel Aletti devenu Safir, où sont organisées les réceptions, des photos agrandies de toutes ces manifestations politiques y servent de decorum.
Admiratif de cette révolution populaire, anti-impérialiste, je voulais m’engager. Tout cet environnement entretenait la foi révolutionnaire. Comment ne pas être sous le charme d’une révolution, comment ne pas y adhérer !
Le 19 juin 1965 au matin, en nous rendant à l’école, nous voyons des patrouilles de militaires en camions et apprenons que le Président Ben Bella a été arrêté. Le colonel Boumediene, ministre de la Défense vient d’annoncer la création d’un Conseil de la Révolution qui assume tous les pouvoirs. Je me rappelle qu’une semaine plus tard devait se dérouler dans la capitale le sommet afro-asiatique au cours duquel le Président Ben Bella devait jouer le rôle d’un grand leader du tiers-monde. Le soir, en nous promenant dans les rues de Bab-el-Oued, des camions citernes circulaient, aspergeaient d’eau de couleur ceux qui manifestaient. Très vite, on apprend par la presse la dénonciation du « pouvoir personnel » de l’ancien président et la nécessité de sauvegarder « les acquis de la Révolution, inaliénables », on constate que beaucoup de membres de l’ancienne équipe dirigeante se retrouvent aux côtés du nouveau maître du pays.

Au service d’une société nationale, en état d’ébriété idéologique
A la rentrée de septembre 1965, retrouvant l’école Saint-Joseph de Bab-el-Oued, je rencontre en allant m’inscrire de nouveau à la Faculté de droit, un ami algérien, rencontré l’année précédente. Il me demande si je ne voulais pas me mettre au service d’une société nationale qui recherchait un cadre, sachant bien rédiger, pour s’occuper de diverses tâches administratives. Il faut préciser que depuis 1962, l’embauche de cadres venus de l’extérieur était indispensable pour pallier les gigantesques saignées de cadres français partis. De même, il y avait beaucoup d’Algériens non formés qui avaient été très peu à l’école sous la colonisation.
Ma décision fut vite prise, avec tout ce que je vivais, me mettre au service de cette société m’attirait. C’était la SN Sempac, Société nationale des semouleries, meuneries, fabriques de pâtes alimentaires et couscous. Elle avait été créée par décret en mars 1965. Il existait des unités de semouleries, minoteries dans tous les pays (Alger, El-Harrach, Hussein-Dey, Annaba, Batna, Kherrata, Bejaia, Blida, Constantine, El-Asnam, Médéa, Mascara, Relizane, Oran,…). Le Président de la société était Mohamed El-Berrichi. Sous son autorité, il fallait rassembler, coordonner toutes ces unités qui fabriquaient, commercialisaient et mettre en place des assemblées de travailleurs. Ce n’était pas une mince affaire. La tâche était grande.
Le siège social était situé boulevard Zighoud-Youcef, anciennement boulevard Carnot sur le front de mer et mon bureau était en plein centre-ville, au début de la rue Ben-M’hidi Larbi (ex-rue d’Isly). Ce détail a son importance car juste à côté était installée la Cinémathèque (rendez-vous des universitaires, journalistes, artistes, étudiants, coopérants, algériens ou étrangers…). J’allais passer une année mémorable, entre le bureau, la Cinémathèque, la librairie du tiers-monde un peu plus loin, place Abdelkader, à côté, la brasserie Novelty et un peu plus loin la faculté où j’allais le soir aux cours. J’étais vraiment en état d’ébriété idéologique ().
En quittant Bab-el-Oued, et son école, je perdais mon logement. La SN Sempac m’a mis aussitôt en contact avec la Direction des biens vacants située à proximité et en moins d’une demi-journée, une villa fut mise à ma disposition à Ain-Benian, anciennement la Madrague, en bordure de mer. J’avais comme voisin le directeur de la société Casbah films qui m’avait embauché quelques jours comme figurant pour le film La Bataille d’Alger.
L’année s’est merveilleusement bien déroulée. J’ai découvert l’aspect économique du développement de l’Algérie, avec son capitalisme d’Etat et toutes ses sociétés nationales. Au bureau, on parlait beaucoup des expériences cubaines et yougoslaves, sans oublier l’Albanie.
Il y avait à la société, dans les unités décentralisées, des coopérants étrangers, allemands, bulgares, et même un réfugié politique basque en la personne de K. de Salvador de Madariaga. Tous avaient le même enthousiasme de se mettre au service de cette société et de la faire prospérer.
La création de toutes sortes de sociétés nationales avait pour but de centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat, non seulement l’énergie, gaz, hydrocarbures, électricité, mais aussi tous les autres secteurs économiques : les transports, les industries de toutes sortes, aussi bien agricoles, industrielles et commerciales. Seuls vont subsister les petits commerces et l’artisanat. Et d’ajouter que la bourgeoisie, qui ne détient pas le pouvoir politique, ne peut nullement prendre sa revanche dans le domaine économique. C’est donc par des moyens économiques que la révolution socialiste doit se réaliser.
J’avais la chance, en sortant du bureau, de me retrouver aussitôt devant la Cinémathèque. Cette salle de cinéma et d’exposition était dirigée par une équipe de coopérants et d’Algériens engagés dans la Révolution socialiste. Je ne les ai pas connus mais je m’intéressais à leurs cycles consacrés aux luttes d’indépendance et aux idéologies socialistes. Le cinéma était aussi un moyen d’éveil des consciences, d’éducation des masses. Tout ce qu’Alger comptait de militant se donnait rendez-vous à la Cinémathèque. Et puis un peu plus bas, en descendant la rue Ben M’hidi-Larbi, se trouvait la Librairie du tiers-monde, dont l’étal proposait des exemplaires du Petit Livre Rouge de Mao, les livres des éditions Maspéro, Les Damnés de la Terre de Frantz Fanon, Le Pillage du Tiers-Monde de Pierre Jallée et bien d’autres encore. Vraiment, je baignais dans ce cercle magique, Faculté, Grande Poste et Cinémathèque.

Des journées partagées entre le quartier des Facultés et la Casbah
La soif d’apprendre était manifeste. Je l’ai connue chez les enfants à Bab-el-Oued et je la découvre moi-même en décidant au bout d’un an d’arrêter mon travail à la SN Sempac et de m’inscrire en licence à la Faculté de droit. Mais pour la rentrée universitaire de septembre 1966, le Président Boumediene décide de supprimer les bourses accordées aux étudiants étrangers. Pour assurer mon existence matérielle et être étudiant le jour à temps complet, je vais être embauché par un autre prêtre, l’abbé Jean Franchimont qui, après l’Indépendance, avait pris la responsabilité d’une école populaire installée dans la Casbah (rue de Bône). Il donnait la priorité aux jeunes Algériens les plus démunis. Le soir étaient organisés des cours pour adultes.
C’est là que pendant deux années, je vais étudier le jour à la Faculté de droit et enseigner le soir. Le logement est sur place et je reçois une maigre rémunération. Mes élèves adultes et moi avions en commun une envie dévorante d’apprendre. Nos discussions allaient tous les soirs bon train. Les slogans nationalistes du pouvoir étaient oubliés pour nous adonner à la réflexion. Je leur répétais qu’il n’était pas grave de ne pas savoir conjuguer, l’essentiel était d’apprendre à réfléchir. Je remplissais une fonction d’éveil, passionnément.
Vivre à la Casbah est unique. C’est un fourmillement d’hommes, de femmes et d’enfants au milieu de commerces de toutes sortes dans un habitat spécifique datant de plus de mille ans. On sortait des quartiers « européens ». L’effet de grandeur n’existait plus. C’était une terre humaine nouvelle, on se sentait dans un lieu d’histoire et de culture. C’est une autre atmosphère de voir ce petit peuple vivant dans le dédale des ruelles. On est attiré, envoûté par tout ce mouvement. Quels souvenirs j’en garde.
Quel contraste avec le quartier des facultés rue Didouche-Mourad que je retrouve tous les matins. En plein centre-ville, nous étions garçons et filles à l’écoute de nos professeurs dont beaucoup étaient français mais aussi russes (économie marxiste) ou égyptiens (droit musulman). Après les cours, nous nous retrouvions à la Brasserie des Facultés tandis que les professeurs déjeunaient au Coq hardi. Ces lieux étaient historiques. A proximité, se trouvait la Cafétéria où une bombe avait explosé par un attentat en 1956. En face de la Grande-Poste, un des monuments les plus célèbres de la capitale, lieu de rendez-vous incontournable, la Maison de la presse. Entre les deux, le début de la rue d’Isly devenue rue Ben-Mhidi-Larbi, là où s’est déroulée une fusillade au printemps 1962.
Ce quartier, outre ses évènements sanglants de la lutte pour l’indépendance, me plaisait beaucoup, c’est le cœur de la ville, ce sont les artères principales, vivantes et commerçantes du centre ville. Et puis, en contrebas, la baie magnifique et l’Assemblée nationale, la wilaya, la Grande-Poste. Oui, c’est Alger la Blanche et je suis toujours très nostalgique de ce quartier des facultés et de notre jeunesse étudiante, engagée et sans aucun doute privilégiée. Ici, la jeunesse étudiante est reine. Des étudiants également étrangers venant du Maroc, d’Afrique, du Yémen… viennent étudier. Alger, ses facultés et ses révolutionnaires est devenue le phare du tiers-monde.
Nous fréquentions aussi le centre culturel universitaire tenu par des prêtres et nous déjeunions au resto U. L’après-midi, nous allions consulter des livres à la bibliothèque située au-dessus de l’esplanade du Palais du gouvernement, boulevard Frantz Fanon et également, en ville au Centre culturel français découvrir les nouvelles formules de l’Express, du Nouvel Observateur, Jeune Afrique, Révolution Africaine….
L’année 1967 a été marquée par deux évènements. Début juin 1967, durant la période d’examen, éclate la Guerre des Six Jours (5 juin 1967). Nous croyons que l’affrontement entre Israël et l’Egypte va dégénérer en conflit mondial. La défait égyptienne est cuisante. La radio et les médias algériens sont impitoyables avec Israël : la solidarité avec la lutte palestinienne est de mise et l’écrasement du sionisme inéluctable. L’Algérie envoie des troupes sur le canal de Suez, et en octobre 1967, en reprenant les cours à la faculté, j’apprends que mes camarades étudiants algériens et algériennes ont accompli un stage militaire durant l’été. Le sentiment d’unité nationale est très fort. Depuis ces évènements, je suis sensible à la question palestinienne.
Le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, annonce qu’il coupe l’approvisionnement en pétrole des pays qui auraient aidé Israël dans son agression.
Je connaîtrai un autre évènement le 14 décembre 1967 avec la tentative de coup d’Etat fomentée par le chef d’état-major de l’armée, le colonel Tahar Zbiri, qui échouera. C’est ce même Tahar Zbiri qui deux ans plus tôt avait arrêté à la demande du colonel Boumediene Ahmed Ben Bella à trois heures du matin dans sa villa. On apprend aussi, en avril 1968, une tentative de coup d’Etat contre le Président Boumediene.
Lorsque je quitte l’Algérie en juillet 1968, c’est « l’Année du Parti ». Le FLN est dirigé par Ahmed Kaïd, la ville était toujours recouverte de slogans : « Halte aux idéologies étrangères », « Le contrôle de l’économie par l’Etat »,… Cette année-là, face au célèbre Milk bar, inséparable de l’autre brasserie Novelty, sont inaugurées la Place Emir Abdelkader et sa statue au milieu de la place et en face, le siège du FLN. Cette campagne du Parti m’a marqué au point que deux ans plus tard, en passant l’examen du diplôme de droit et d’économie des pays d’Afrique à la faculté de droit Assas-Panthéon, le sujet « Le Parti unique » me valut la meilleure note de la promotion.

Dernière fête révolutionnaire à Alger
Rentré en France pour terminer mes études à la faculté de droit et bénéficiaire d’une bourse, je ne pus résister à retourner donner quelques cours de français à ma chère école de la Casbah pour l’été 1969 et profiter de l’ambiance du Festival culturel panafricain. C’était une folle ambiance révolutionnaire. Le soir je descendais vers l’Hôtel Aletti, où logeaient les tiers-mondistes de tous bords : Eldrige Cleaver, dirigeant des Black Panthers, les représentants palestiniens du Fatah, les militants de l’ANC sud-africaine, les guérilleros du Mozambique, les artistes de jazz, les musiciens, les artistes algériens… Ce sera un séjour d’été inoubliable pour moi. J’étais au diapason, à l’unisson de toutes ces luttes. J’assistai un soir dans un cinéma à un concert d’artistes avec Myriam Makeba. Deux ans plus tard à Paris, je réaliserai avec elle à l’Olympia un entretien pour le magazine Africascope. Je ne pensais pas la retrouver.
Rentré à Paris et mes études de droit terminées, n’ayant pu me consacrer à ma vocation africaniste, faute de « contacts » et sans doute marqué idéologiquement, après quelques expériences dans la presse africaine, je prêtais le serment d’avocat, profession que j’exerce depuis 35 ans.
Je conservais toujours le souvenir de transition révolutionnaire d’Alger. Avec mon épouse, elle aussi ancienne institutrice coopérante chez les sœurs franciscaines de Notre-Dame d’Afrique, nous retournions régulièrement en Algérie (Alger, Sahara, Médéa, Tibéhirine,….) jusqu’à ce que la période des années noires, à partir de 1991 nous en dissuadent.

Retrouvailles avec l’Algérie, émotion et enthousiasme
Doigt du destin et hasard de la vie professionnelle, spécialisé dans le droit du sport, je découvre l’ouvrage Sport et Tiers-Monde » (). J’entre en contact avec son auteur Youcef Fates, brillant professeur à l’université Paris Ouest-Nanterre. Il souffla sur le feu de ma passion algérienne qui ne demandait qu’à s’embraser.
Participant grâce à lui à des colloques sur le droit du sport en Algérie, je fus approché par le député et universitaire Abdelyamine Boudaoud, qui m’a mis en contact avec le ministre des Sports, Hachemi Djiar. Par ce coup du hasard, quarante ans après l’avoir quittée, je collabore de nouveau avec l’Algérie. Quel bonheur et aussi de rencontrer le nouveau recteur de l’université Dély Ibrahim qui fut mon condisciple à la faculté d’Alger et de coopérer avec le Professeur Aissa Kadri, directeur de l’Institut Maghreb Europe de l’Université Paris VIII.
En retrouvant la capitale ces derniers mois, ma première démarche fut de me rendre dans le centre de la ville et son quartier magique. Le rédacteur en chef d’El Watan Adlène Meddi disait récemment entretenir un rapport presque « pathologique » avec ces quartiers, de la rue Didouche-Mourad, la Grande Poste et la rue Ben M’hidi-Larbi. Les boutiques des magasins, leurs enseignes et vitrines n’ont guère changé depuis 1964.
Comme lui, retrouvant ces artères, traversant la Casbah, poursuivant ma promenade jusqu’à Bab-el-Oued qui avait bien changé, c’était une visite nostalgique, l’occasion de marcher seul et de me remémorer ces années d’effervescence révolutionnaire. Le soir en retournant à l’hôtel Safir, ex-Aletti où j’avais vu et entendu tant de militants me faire rêver, je ressentis non pas un sentiment révolutionnaire mais une immense tendresse pour ces années passées ! J’ai retrouvé Alger, ses habitants généreux et hospitaliers, corps vivant avec qui j’ai vibré au bouillonnement de la construction de l’Algérie indépendante.
Ce combat n’est plus le même aujourd’hui mais j’ai toujours en mémoire un proverbe du Maghreb « le cœur voit avant l’œil ». Oui, nous avons œuvré à une coopération fraternelle durant ces années et de grandes et belles aventures humaines continueront de se réaliser en Algérie.

S. P.

 

 

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1 - Selon l’expression de Catherine Simon, Algérie : les années pieds-rouges, Ed. La Découverte, Paris, 2009.
2 - Youcef Fates, Sport et Tiers-Monde, éd. Presses Universitaires de France, Paris,1994 et Sport et politique en Algérie, éd. L’Harmattan, 2009.



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