Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 119 - Fev 2019

Go

Contribution

France-Algérie

L’âge de raison

Par Ammar Belhimer



Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, était à Alger les 15 et 16 juillet dernier. Le ministère algérien des Affaires étrangères a indiqué, dans un communiqué, que cette visite sera l'occasion aux deux parties de faire le point sur l'état d'avancement des différents dossiers constitutifs de la relation bilatérale et de procéder à un échange de vues et d'analyses sur un certain nombre de thèmes de l'actualité régionale et internationale. En plus des dossiers « classiques », était surtout question de la préparation de la visite présidentielle de François Hollande annoncée avant la fin de cette année.
Au-delà de la coloration politique des locataires de l’Elysée, les rapports entre les deux pays sont d’Etat à Etat. A cet égard, le Président Hollande héritera d’une belle situation au plan des échanges économiques.

Un bel héritage
En ce qui concerne les échanges commerciaux, il y a lieu de relever qu’en 2011 la France demeure le premier fournisseur de l’Algérie (une moyenne de 16% de parts de marché) avec 7,03 milliards de dollars et son quatrième client avec 6,61 milliards de dollars.
L’ancien ministre des Finances, Abdellatif Benhachenhou, estime que « plusieurs facteurs favorisent les investisseurs français en Algérie, et au Maghreb en général. Le bonus linguistique leur donne accès immédiat au marché dans leur propre langue… La proximité culturelle, alimentée par une présence nombreuse d’Algériens en France qui visitent régulièrement le pays et y diffusent les modes de consommation, conforte les entreprises... En troisième lieu, la présence, dorénavant significative, des banques françaises en Algérie contribue à un développement cumulatif de la présence économique française, en facilitant substantiellement le commerce entre les deux pays et en finançant les entreprises établies dans ce pays ».
« La situation actuelle des investisseurs français en Algérie se résume ainsi : offensive des grandes banques d’abord, suivies par les groupes agroalimentaires, les « fabricants d’eau », les sociétés de travaux publics et de services aux entreprises et retour d’entreprises anciennement installées : Michelin, Total, Vinci et d’autres encore » (*).
Depuis le départ de l’auteur des propos du gouvernement, les choses n’ont pas arrêté d’évoluer dans le cadre général tracé par lui. Les échanges algéro-français ont ainsi plus que triplé depuis 1999. Ils permettent aujourd’hui à 430 entreprises françaises d’être présentes en Algérie (elles assurent 35.000 emplois directs). Sur le plan institutionnel, la coopération économique algéro-française s’est également consolidée. Elle s’appuie sur deux accords :
 - le mémorandum de partenariat économique et financier signé à Alger le 11 décembre 2006. Cet accord vise à accompagner le processus de réformes économiques et financières engagées en Algérie à travers des actions d’assistance technique et de formation en faveur des cadres algériens, la promotion des échanges et des investissements ainsi que le développement des filières industrielles (automobile, agroalimentaire et pharmacie…) ;
- le mémorandum algéro-français de coopération financière, a été signé à Alger le 21 juin 2008, à l’occasion de la visite en Algérie du Premier ministre français François Fillon.  Cet accord vise à renforcer la coopération institutionnelle et la modernisation des administrations économiques et financières à travers, notamment, un appui aux administrations fiscale et douanière, à la réforme budgétaire, à l’inspection générale des finances, à la Direction générale de la comptabilité, au cadastre, au Commissariat général à la planification et à la prospective et à l’Office national des statistiques. Il prévoit aussi l’appui à la création, en Algérie, d’écoles nationales des douanes et du Trésor ainsi qu’une école dans les métiers des assurances.
A la suite de la visite de Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Elysée, à Alger en juin 2010, les deux parties avaient décidé la mise en place d’un mécanisme de suivi de la coopération économique bilatérale.
C’est ainsi que Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre français, et  Mohamed Benmeradi, ministre de l’Industrie, de la PME et de la Promotion des investissements, ont été chargés du suivi de la mise en œuvre des projets d’investissements français en Algérie.
La mission Raffarin a permis la conclusion de plusieurs projets dont :
- le métro d’Alger dont la réception a eu lieu le 1er novembre 2011 et dont la gestion est confiée à la RATP,
- le tramway entre Alstom et la société algérienne Ferrovial,
- la reprise par le groupe français Saint-Gobain des verreries d’Oran et de Tébessa,
 - Lafarge dans le domaine du ciment.
Dans le domaine agricole, on a enregistré la conclusion, en mai 2011, d’un contrat entre l'institut algérien des techniques d'élevage et le groupe français Bretagne International pour développer la filière lait en Algérie. Ce contrat s’ajoute à la convention de coopération dans le domaine de la recherche agronomique et forestière, signée en 2007, entre l’Institut national de la recherche agronomique algérien, l’Institut national de la recherche forestière et l'Institut national de la recherche agronomique, d’une part, et le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, d’autre part.
Dans le domaine de l’énergie, quatre accords ont été signés. Il s’agit de :
- l’accord algéro-français de partenariat énergétique pour renforcer la coopération entre les administrations et les entreprises du secteur dans les deux pays ;
- l’accord portant renouvellement du protocole d'accord signé en 2003, entre l'Agence de promotion et de rationalisation de l'énergie (APRUE), côté algérien, et l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) côté français ;
- l’accord commercial entre Sonatrach et Gaz de France portant sur la vente par la Sonatrach, sur 20 ans, d'un volume de 1 milliard de m3 de gaz par an à Gaz de France (GDF) ;
- l’accord permettant la réservation par Sonatrach d'une capacité de regazéification pour un volume de 1 milliard de m3 de gaz sur le terminal de Montoir en Bretagne.
Outre ces projets d’investissement, il y a lieu de noter l’agrément accordé, en février 2011, à la Chambre de commerce et d'industrie algéro-française (CCIAF) ainsi que l’accord de coopération signé, en mai 2011, entre Ubifrance et l’Agence algérienne de promotion du commerce extérieur (Algex).
Les deux pays semblent avoir fait le plein en matière d’échanges économiques.
Certes, M. Fabius espère mettre à profit les trois atouts que sont «l'objectivité», «la proximité» et «l'amitié» pour encore « faire beaucoup ensemble ». A ce titre, il compte relancer et ratifier dans les prochains mois l'accord de défense, signé en 2008 entre les deux pays, et mis au placard par l'ancien gouvernement Fillon, déterrer les projets déjà entamés par ses prédécesseurs, à l'image des projets Renault, Lafarge et d'autres dans la pétrochimie.
Ce que peut de plus Hollande
Le Président Hollande l’avait, lui-même, laissé entendre dans son message pour le cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie, il fera du renforcement de la coopération économique entre les deux pays l’une de ses priorités.
Cette volonté toute socialiste d'œuvrer dans l'éclaircie des relations bilatérales trouve sa source dans la vision « amicale » de François Hollande qu'il a de l'Algérie.
M. Hollande disait avoir « entendu » l’appel de l’Algérie « à une lecture objective de l’histoire, loin des guerres de mémoire et des enjeux conjoncturels ».
Soulignant son appartenance à une nouvelle génération de « décideurs » qui émerge des deux côtés de la Méditerranée d’ailleurs, il n’a pas manqué d’indiquer que « Français et Algériens partagent une même responsabilité, celle de dire la vérité. Ils le doivent à leurs aînés mais aussi à leur jeunesse ».
C’est dans cette voie qu’il envisage « cette place qu’il croit possible pour un regard lucide et responsable sur son passé colonial si douloureux et en même temps un élan confiant vers l’avenir ».
Le dernier message de M. Hollande rappelait les «fondamentaux », en ce qui concerne les nouvelles relations avec l'ancienne colonie de la France, et qui tiennent en quelques mots : histoire commune, amitié, partenariat et avenir. A propos de partenariat, le président français dit souhaiter une coopération accrue dans l'enseignement supérieur, la recherche scientifique et un renforcement des échanges économiques.
Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères (1997-2002), après quatorze années passées aux cotés de François Mitterrand (de 1981 à 1995) dont il est nommé conseiller diplomatique à trente-quatre ans, est incontestablement « le grand camarade » socialiste expert du Maghreb. Parmi ses centres d’intérêt, une place particulière revient à la politique française en Afrique du Nord, région avec laquelle il entretient une relation ancienne et spéciale.
A ses yeux, au sein de l’UE, la France n’est pas la moins bien placée dans l’échiquier régional. En décembre dernier, dans un entretien au site diploweb (**), il voyait son pays « susceptible de jouer un rôle majeur » dans la région, « en définissant une politique pour l’Algérie et en s’accordant avec ses partenaires pour accompagner les transformations en Afrique du Nord. »
« Et lorsqu’on lui demande ce qui, en dernier ressort, déterminera la politique de la France en Afrique du Nord dans les années à venir, il marque un temps d’arrêt, puis fait sienne la célèbre et laconique formule d’Harold Mac Millan, ancien Premier ministre britannique : « Events, dear boy, events » (« Les événements, mon brave, les évènements ») ». Le pragmatisme, c’est peut-être ce qui nous manque le plus, nous autres Algériens, en dehors de petits cercles avisés.
« Actuellement, pour l’essentiel, ce sont des intérêts mercantiles qui déterminent, au dernier ressort, la politique algérienne de la France (…) C’est important que la France comprenne que l’Algérie n’est pas seulement un marché mais, également, un acteur diplomatique agissant et efficace », espérait récemment Mohamed Chafik Mesbah, ancien officier supérieur de l’ANP, exprimant par là un point de vue largement partagé dans la classe politique algérienne, toutes tendances confondues.
C’est la voie idoine pour un partenariat équilibré et solidaire générant une prospérité partagée, loin de touts rapports de « dominant-dominé » ou de « domination soumission ».
A.B.
(*) Abdellatif Benhachenhou, Les nouveaux investisseurs, Alpha Design, Alger mai 2006, pp. 12-13.
(**) http://www.diploweb.com/H-Vedrine-La-politique-francaise.html



Articles de la même rubrique

Du mĂŞme auteur

Par Ammar Belhimer

Les plus lus

Laboratoire ADE Tizi-Ouzou
Par Farid HOUALI.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Wilaya De Annaba

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF