Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 62 - Mai 2013

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Contribution

L’Algérie attire de plus en plus d’IDE

Par professeur Abdelmadjid Bouzidi

La crise des dettes souveraines en Europe et la récession qui s’en suit, d’un côté, les printemps arabes, de l’autre, ont porté un coup dur aux investissements directs étrangers (IDE) notamment ceux à destination de l’Afrique du Nord, 13,6 milliards de dollars en 2010, 5,8 en 2011 : une baisse de -57%. Ce sont l’Egypte et la Syrie qui ont le plus souffert (Maghreb émergent du lundi 30 juillet 2012). La Tunisie, le Maroc et l’Algérie ont mieux résisté et notamment la Tunisie en pleine transition démocratique qui a quand même reçu 1,1 milliard de dollars en 2011 contre 1,5 en 2010.


L’Algérie, pour sa part, a reçu 2,29 milliards de dollars en 2010. Ces chiffres sont ceux de la Cnuced. Si l’on croit le bilan présenté par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, pour l’année 2011 et durant le seul premier semestre, les IDE entrants en Algérie ont été de 6,9 milliards de dollars. « Un record », affirme le directeur général de l’Agence nationale des investissements (ANDI) qui souligne : « Nous assistons à un retour des IDE (…) Nous avons ici une politique sélective. Nous sommes un pays ouvert mais nous voulons recevoir de l’investissement direct étranger qui intègre l’économie nationale, crée de l’emploi et assure un transfert de technologie. »
Les IDE recensés pour le premier semestre 2011 se répartissent comme suit : 1,5 milliard de dollars pour le secteur énergie et mines et 5,4 milliards de dollars pour le secteur hors hydrocarbures.
Dans le secteur « énergie et mines », la répartition des investissements est la suivante :
Exploration d’hydrocarbures    Développement gaz et pétrole    Dessalement    Mines et carrières
14    23    4    22


Dans les secteurs hors hydrocarbures, la répartition des IDE est la suivante :
Projets réalisés en partenariat (32)    Projets IDE 51/49
5,36 milliards dollars    145 millions dollars

 
 Parmi les 32 projets réalisés en partenariat, huit concernent le secteur de l’eau ; en ce qui concerne les projets IDE en 51/49, quatre projets ont été réalisés dans le BTPH, trois projets dans le secteur industriel du liège, papier et bois, deux projets dans les branches sidérurgie, mécanique, électrique.

La doctrine algérienne en matière d’IDE
Dans les décennies 1960 et 1970 et à l’instar des thèses dominantes à cette période, l’Algérie partageait l’hostilité déclarée de la plupart des pays du Sud envers les entreprises multinationales. L’investissement direct étranger était perçu comme la pire exploitation que pouvaient subir les travailleurs des pays « sous-développés » de la part du capitalisme mondial. Rappelons-nous les théories du « centre » exploiteur et de la « périphérie » exploitée chères notamment à Samir Amine ou encore les théories de « l’échange inégal » d’Emmanuel.
Bref, le développement économique ne pouvait être que le « compter sur soi » et la stratégie du « self-reliance » faisait florès. Depuis les années 1980, l’échec de modèles de développement de type soviétique et le triomphe de l’économie de marché ont entraîné un changement d’analyse, y compris chez les « experts » et autres spécialistes des économies du développement et la plupart des gouvernements des pays du Sud tendent de plus en plus à faire des IDE une composante de leur stratégie de développement et des multinationales, un partenaire efficace pour la propagation du progrès technique.
En Algérie, le débat sur les IDE n’a jamais cessé et la question de savoir si l’économie algérienne avait besoin ou pas d’IDE est toujours présente. L’année 2009 a relancé ce débat à l’occasion de la promulgation par le premier ministre Ahmed Ouyahia d’une nouvelle réglementation « les circulaires Ouyahia » qui a introduit, pour les IDE, quelques modifications qui ont pu susciter quelques commentaires et qui surtout ont pu faire naître chez les investisseurs étrangers quelques appréhensions.
L’Etat algérien en « resserrant les boulons » veut se prémunir contre toute dérive toujours possible. Ces nouvelles exigences vis-à-vis des IDE vont en effet dans le sens d’un meilleur suivi de la situation. Il y a quatre exigences qui amendent sérieusement le code des investissements :
- la balance devises de tout IDE doit être excédentaire : l’investisseur étranger doit faire rentrer, pour son investissement en Algérie, dans le pays, plus de devises qu’il n’en fait sortir ;
- l’investisseur étranger devra s’acquitter d’un impôt sur les dividendes ;
- dans tout IDE, le capital devra être détenu au moins à un taux de 51% par des operateurs algériens (publics ou privés ou une combinaison des deux) ;
- la mobilisation du financement de l’IDE doit se faire sur le marché bancaire algérien.
Les commentateurs ont vite conclu, à la lecture de ces amendements, à une indifférence, sinon carrément à un rejet des IDE de la part du gouvernement algérien.
L’observation est très certainement exagérée, même si elle peut effectivement soulever quelques interrogations quand on connaît :
- la concurrence que se font les pays récipiendaires des IDE et notamment les pays du Sud,
- la place que ces IDE occupent aujourd’hui dans l’économie mondiale et le rôle qu’ils peuvent jouer dans les pays du Sud qui ont faim d’investissement, de technologie et de savoir-faire.
Il faut en effet rappeler que l’investissement direct étranger est devenu, en cette première moitié des années 2000, la principale source de financement des pays en développement surclassant l’endettement extérieur auquel ces pays avaient traditionnellement recours. On sait depuis longtemps que dans ces pays l’épargne nationale est insuffisante et, lorsqu’elle existe, est difficile à mobiliser. C’est alors la « ruée » sur les IDE et c’est à celui qui arrive à « séduire » le mieux les investisseurs étrangers. Dans les pays où l’épargne est suffisante et mobilisable, comme c’est aujourd’hui le cas de l’Algérie, les IDE sont recherchés en tant que vecteurs de transfert de technologie, de savoir-faire et leurs effets structurants sur les économies d’accueil, car ils diffusent de l’organisation, du management et de la culture d’entreprise.
Entre 2001 et 2006, les pays du Sud auraient reçu 40% des IDE réalisés à travers le monde, soit quelque 350 milliards de dollars (en 1980, ils ne recevaient que 15% du total des IDE). Il faut préciser cependant que les deux tiers de ces IDE à destination des pays du Sud vont en Asie et particulièrement en Chine, en Inde et à un degré moindre en Malaisie. Les IDE assuraient durant cette période (2001-2006) 50 % des financements extérieurs des pays en développement contre 23 % en 1990.

Les IDE sont-ils bénéfiques aux pays en développement qui les reçoivent ?
Deux problèmes se posent :
- Est-ce les IDE qui sont à l’origine de la croissance économique du pays d’accueil ou bien est-ce plutôt la croissance économique du pays qui attire les IDE ? D’abord la croissance économique puis les IDE ou bien d’abord les IDE puis la croissance économique ? C’est plutôt la première thèse qui semble se confirmer sur le terrain : la Chine, l’inde, le Brésil et plus près de nous la Tunisie attirent les IDE car ils affichent régulièrement de forts taux de croissance économique. Bien évidemment, par la suite, il y a une dialectique croissance économique-IDE, l’une alimentant l’autre et vice- versa.
- Le second problème qui est posé est celui qui a trait à la convergence des intérêts des firmes multinationales, investisseurs réels on potentiels, avec celui des Etats récipiendaires. A titre d’exemple, les investissements d’infrastructures dont ont si besoin les pays en développement n’intéressent pas les firmes multinationales. Une étude récente de la Cnuced a montré que les relations entre les Etats et les multinationales reposent sur un malentendu : « Quand les Etats attendent des IDE qu’ils soient un levier de développement et de croissance, les multinationales gardent pour ligne d’horizon un impératif de rentabilité et de profit. » Et les deux objectifs ne se rencontrent pas forcément.

Sous quelles conditions les IDE peuvent-ils être bénéfiques aux pays en développement qui les reçoivent ?
Anne Rivaux, expert de la Cnuced chargée du département « analyse des IDE », distingue deux conditions au moins pour que les IDE soient bénéfiques aux PED qui les reçoivent :
- Il faut que le pays qui reçoit l’IDE ait une population bien formée et singulièrement, les ressources humaines engagées dans les différentes activités économiques pour que les transferts de connaissance puissent avoir effectivement lieu.
- Il faut que le tissu des entreprises locales soit suffisamment développé et solide pour pouvoir profiter des « savoir-faire » des investisseurs sans se faire exclure du marché par la présence de firmes étrangères plus grosses et plus compétitives.
Les études menées ces dernières années pour les institutions internationales diverses telles que la Banque mondiale, la Cnuced ou encore l’OCDE ont montré que le rapport de force entre les multinationales et les pays en développement s’est encore accru en faveur des premières car les PED sont en mal de financement. Dans le secteur minier en particulier, « l’envolée des cours des matières premières depuis 2003 a clairement montré que l’essentiel des retombées de la rente échappait à l’économie locale ». Entre 2002 et 2004 par exemple, 75% du revenu supplémentaire qu’auraient dû engranger les pays en développement producteurs sont repartis à l’étranger sous forme de rapatriement des bénéfices » (rapport de la Cnuced – sept. 2005) (d’où les mesures pertinentes prises récemment par le gouvernement algérien).
En 2004, lorsque les prix mondiaux du pétrole atteignaient 30 dollars le baril, le gouvernement tchadien ne recevait que 2 dollars par baril sous forme de royalties de la part des compagnies étrangères chargées de l’exploitation du pétrole (Le Monde de l’Economie- Mardi 27 sept. 2005)
Ces mêmes études (Banque mondiale, Cnuced, OCDE) signalent que « confrontés à des besoins de capitaux, les gouvernements des pays du Sud négligent le coût que peuvent induire les politiques d’incitations fiscales qu’ils proposent aux investisseurs étrangers ».

Que penser, en conclusion, de l’apport des IDE aux PED ?
Quatre conclusions peuvent être retenues :
- Pour le financement de leur développement, les pays du Sud recourent de plus en plus aux IDE les préférant à l’endettement extérieur. Le premier pouvant générer un transfert de technologie absent dans le second.
- Pour les multinationales, le pompage du surplus économique des pays du Sud se réalise mieux par le canal des IDE que par celui de l’endettement.
- Les IDE sont bénéfiques pour les PED qui les reçoivent si, et seulement si ces derniers ont une réelle capacité d’absorbation faite d’une politique de développement cohérente, d’une matière grise réelle, d’entreprises locales performantes (à l’exemple de pays comme la Chine, l’Inde en Asie, le Brésil et le Mexique en Amérique latine).
- Les IDE dans un pays où les entreprises sont peu performantes et où les élites managériales sont peu nombreuses et rares, profitent nettement plus aux multinationales qu’aux pays d’accueil.
 
A.B.



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