Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 115 - Août 2018

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Contribution

L’Algérie carrefour des cultures

Par Mustapha Cherif



L’Algérie riche de son histoire et de sa géographie est la terre du dialogue des cultures et vise le progrès. Islamité, Arabité, Amazighité, sont ses trois référents fondamentaux, sans oublier l’Africanité et la Méditerranéité et son universalité. La communication culturelle a pour but de promouvoir ses valeurs. L’action culturelle et éducative éveille, humanise et responsabilise. La télécommunication, la téléphonie, les multimédias sont des outils modernes qui permettent la communication. Ils véhiculent des données, des valeurs et des idées. Toute entreprise pour multiplier ses usagers, accroître son réseau et se développer doit tenir compte de la culture de la société à qui elle s’adresse. Il nous faut apprendre aux nouvelles générations à communiquer et à garder vivante la mémoire nationale.

Le champ culturel
La communication culturelle peut être initiée par un individu, en l’occurrence l’intellectuel, un groupe de la société civile et une entreprise et l’État. Elle n’est pas exclusive. Tout le monde est concerné. Elle dépend de l’espace et du temps dans lesquels elle intervient. A travers l’histoire, la communication culturelle est surtout une pratique interculturelle, même si des essais de théories sur cette activité fondamentale existent depuis des siècles. Le temps et l’espace influent sur la nature et les conséquences de la communication culturelle.
Cela implique la nécessité de cerner une définition appropriée, compte tenu de la pluralité des situations. La communication culturelle en Algérie vise à favoriser la participation culturelle et l’accès à la culture pour tous, en faisant connaître le patrimoine national, les différents aspects de la culture de la société et les activités d’une entreprise, d’une institution ou d’une association. Elle consiste en outre à soutenir et à présenter des créateurs et des artistes engagés dans des projets de création, d’animation et de médiation culturelle. La communication culturelle est l’acte de rendre accessibles et compréhensibles au plus grand nombre les grandes œuvres culturelles de l’humanité. Elle vise à fournir à tous et non pas seulement à une partie le minimum vital en matière culturelle, à partir de l’éducation pour le développement culturel et à faciliter la formation de créateurs et d’une élite.
La plupart des définitions voient la communication culturelle, comme interactive, libératrice et humanisante, avec pour but principal de fournir aux hommes les moyens d’inventer ensemble le sens de leur existence et les finalités. La communication culturelle privilégie le lien entre les artistes, les œuvres et les citoyens, avec comme objectif l’échange culturel et interculturel, source d’enrichissement de l’esprit et de la personnalité de chacun. La diversité des démarches artistiques professionnelles et la mixité ethnoculturelle de la société représentent des avantages pour le dynamisme culturel. La culture, notion parfois incomprise et polémique, doit être comprise comme la traduction par un peuple de ses rapports au temps, à l’espace et à autrui. Chaque société à sa vision propre de ses relations, sur la base de croisements et échanges avec de multiples cultures, ce qui permet l’universel. Aucune culture n’est monolithique. Compte tenu de la crise multiforme mondiale, chaque société a le devoir de s’interroger sur le système culturel, pour réaliser la symbiose entre authenticité et modernité, se garder de toutes les formes d’extrémismes et de forger l’avenir. Nous ne pouvons pas nous contenter de la tradition, ou au contraire du seul progrès matériel. La civilisation est totale, où elle n’est pas. Pour ce faire, la dimension culturelle est essentielle.
L’Algérie, consciente de ses enjeux, soutient de différentes manières la culture nationale et les actions des organismes culturels publics et privés pour perpétuer et faire évoluer le patrimoine. Cela aussi constitue un axe essentiel de l’action culturelle, afin de favoriser l’accès aux arts et à la culture dans leur diversité au profit du plus grand nombre de citoyens à la vie culturelle. L’action culturelle algérienne a pour but de bâtir des passerelles pour tous les publics, en vue de nourrir la cohésion et la paix sociales et le progrès. Unité et pluralité doivent se conjuguer.
 L’action de communication culturelle est au centre d’enjeux. C’est une notion large, souvent véhiculée par les discours sur l’identité et la démocratisation culturelle, dans un monde soumis aux impératifs de la société de consommation et de la mondialisation. La communication culturelle vise à élargir le champ de la culture en vue de l’amélioration des conditions générales de la vie et de la création. Plusieurs conceptions sont exprimées, notamment avec l’émergence d’actions culturelles liées à la mondialisation ambivalente qui uniformise, nivelle et porte atteinte aux spécificités locales. D’où l’importance du dialogue interculturel que l’Algérie prône.
L’Algérie, dès l’indépendance, a défendu la conception ouverte de la communication culturelle, apparue avec l’idée de la démocratisation culturelle, qui correspond à la période post-guerre mondiale et post-coloniale, qui se distingue de la précédente par la critique de l’idée d’impérialisme culturel, pour défendre l’éducation et l’apprentissage des pratiques culturelles de chaque peuple. La conception libérale de l’animation culturelle n’est pas niée, elle valorise la créativité individuelle. Cela donnera lieu à un débat dans le monde des années 1980, qui a opposé une vision élitiste du culturel à une vision populaire. Dans tous les cas, chacun prétend rendre accessibles les belles œuvres de l’humanité.
La dimension progressiste et humaniste de l’Algérie vise à l’éveil des consciences, afin de ne pas sombrer sous les coups de la propagande hégémonique ou celles des extrémismes qui contredisent les valeurs propres à chaque peuple. L’organisation du festival Panafricain à Alger en 1969 et en 2009, événements majeurs, montre l’attachement profond de l’Algérie aux racines culturelles et à son ouverture sur le monde.

La mondialisation doit être intégrée avec nos valeurs, authenticité et modernité.
Car la notion d’industries culturelles, comme celles du cinéma, de la musique et des éditions, monopolisées par des multinationales impose souvent une seule manière de se comporter, ce qui pose problème. S’inscrire dans le progrès scientifique et l’économie de marché est légitime, mais vouloir préserver nos propres valeurs culturelles et éthiques est tout aussi légitime. Articuler modernité scientifique et authenticité culturelle est le défi de notre temps.
Compte tenu des enjeux, face à l’uniformisation et à la marchandisation du produit culturel, on assiste dans le monde à une tentative d’unification des définitions de la culture liée à la communication et à la défense de l’exception culturelle. La communication culturelle et l’idée d’exception culturelle deviennent une revendication quasi unanime qui utilise les TIC pour s’affirmer. Des moyens médiatiques sont consacrés à la culture pour sauvegarder des patrimoines matériels et immatériels, favoriser la diversité et le vivre ensemble et contribuer au développement humain. Ce qui n’empêche pas des conceptions différentes de l’action culturelle.

Les métiers de la communication culturelle
 L’Algérie peut développer le champ professionnel de la communication culturelle qui est vaste. Il englobe les animateurs, les créateurs, les agents culturels, les acteurs socioculturels, les médiateurs culturels, les artistes, les intellectuels et les journalistes spécialisés. Les agents culturels ont pour mission de soutenir les activités culturelles et de contribuer à leur traduction sur le terrain.  Les acteurs de la communication culturelle œuvrent pour favoriser la circulation des idées, l’émergence des cultures spécifiques et la démocratisation culturelle.
 Les responsables professionnels des équipements culturels et socioculturels, bibliothèques,  salles de spectacles, musées, établissements de formation culturelles et artistiques, centres culturels, espaces d’expositions, galeries d’arts, ainsi que les personnels et les animateurs au niveau des médias font partie du champ professionnel de l’action culturelle qui s’appuie sur la communication. Les associations à but non lucratif, les amateurs et les bénévoles font aussi partie intégrante du monde de l’action culturelle. Ce monde varié mérite d’être encouragé.
La communication culturelle favorise les droits culturels, les droits économiques et sociaux, en particulier dans le contexte de l’ère du numérique, des technologies de l’information et de la communication. Le champ professionnel de la communication culturelle s’étend en permanence. Cela mérite d’être mis en exergue. En Algérie, au sein des institutions publiques, de la société civile et des entreprises économiques, des actions culturelles et socioculturelles se multiplient. Tout un chacun cherche à expliquer ou à transmettre les valeurs culturelles.
Reste à former des professionnels, car nombre de disciplines interviennent en matière de communication culturelle : artistiques, sociologiques, anthropologiques, psychologiques, linguistiques, économiques, politiques, historique, et le transdisciplinaire et l’interdisciplinaire des sciences de l’information et de la communication. Dans ce contexte, l’intellectuel qui communique, diffuse des idées, patriotiques et humanistes participe à l’action culturelle et fait partie des acteurs culturels et socioculturels de premier plan.  L’idée patriotique réside dans le fait que la culture doit être accessible à tous. Les chemins et les métiers pour y parvenir sont variés. Les uns considèrent que leur vocation et mission est de communiquer directement, d’aller au peuple pour traduire ses aspirations et le révéler à lui-même. 
D’autres tentent d’offrir à la société et aux publics leurs conceptions du beau et leurs inspirations culturelles et artistiques à travers les TIC.  Il y a ceux qui œuvrent à l’épanouissement de la culture au profit du plus grand nombre et qui revendiquent la culture nationale en héritage, pour la préserver, et ceux qui veulent changer la vie par une créativité culturelle. Le champ professionnel de la communication culturelle est donc pluriel et peut se teinter d’une dimension sociale et politique, en fonction du contexte et de l’évolution. Le champ professionnel de la communication culturelle est lié aux arts, au social, et aux débats d’idées qui agitent toute société, dans le cadre de la démocratisation.

Les cultures
 Depuis le XXe siècle qui correspond au développement des mass médias, à la sécularisation du politique et à la large diffusion de la culture industrielle, se répand  l’idée de l’éducation culturelle, pour fonder la modernité et le progrès. Des pratiques plurielles et spécifiques de l’action culturelle voient le jour, au sein des établissements du savoir, comme les Universités, avec des cours du soir, des conférences et des activités culturelles diverses, destinées au plus grand nombre. Il s’agit de faire émerger des citoyens instruits, dotés d’un jugement esthétique et rationnel. Les intellectuels prétendent aller au peuple et l’éclairer. L’Algérie de demain se bâtira sur la base de générations cultivées et instruites fières de leurs racines et ouvertes sur les autres humanités.
L’action de la communication culturelle suppose parfois que des groupes culturellement privilégiés veulent cultiver le peuple. Les intellectuels apparaissent alors comme un groupe médiateur. La volonté d’apporter la culture au plus grand nombre se traduit parfois par une politique de décentralisation culturelle, avec l’idée que l’intervention de l’État en matière culturelle est nécessaire, et de popularisation de la culture savante, avec une attention accordée à la jeunesse. Dans un monde soumis aux interférences de sous-cultures marchandes, à la perte de valeurs, à l’affaiblissement du lien social, l’animateur culturel assume la fonction médiatrice de l’éveil culturel. L’Algérie cherche à juste titre à émanciper le citoyen en renforçant ses connaissances culturelles, son autonomie et ses valeurs propres.
Les communicateurs culturels doivent être valorisés pour jouer un grand rôle dans la diffusion et le renforcement de l’identité, de la personnalité nationale et de l’idée de développement culturel. Ils favorisent la mise en valeur des capacités de l’homme en fonction du patrimoine commun et des besoins culturels de la personne et de la société. Ils initient et gèrent des actions culturelles, dans le cadre d’un travail social d’ensemble. Compte tenu des difficultés d’insertion et d’intégration à la culture de couches sociales défavorisées et des inégalités, nous assistons à la montée de la profession de communicateurs culturels qui promeuvent l’activité culturelle comme acte éducatif, de solidarité et de participation des citoyens.
Le lien entre action de communication culturelle et action sociale suscite l’émergence de la notion de socioculturel considérée comme l’expression d’une conception ouverte de la culture. En Algérie, carrefour des cultures, la fonction du communicateur culturel commence à se fortifier comme moyen de protection du patrimoine et des aides aux activités culturelles, à la création et au soutien à l’éducation artistique. Connaître et approfondir nos propres valeurs, avec leur aspect constant et leur aspect évolutif, leur aspect unitaire et pluriel, leurs dimensions spécifiques et universelles, est la condition pour garder vivantes notre identité et notre mémoire et assumer les défis de notre temps. Fiers de nos racines et ouverts sur le monde, il s’agit de rechercher, d’enseigner et d’expliquer sans cesse le vrai, le beau et le juste, le patrimoine et l’histoire du pays, pour renforcer notre algérianité, le vivre ensemble et le bien commun. Tel est le but majeur de la communication culturelle nationale, responsabilité collective.

Mustapha Cherif



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