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N° 116 - Oct 2018

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Finance

« Nous comptons passer au e-commerçant »

BoualemDjebbar, président de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF)

Propos recueillis par Tahar MANSOUR



El-Djazair.com : Voulez-vous, Monsieur le Président, nous présenter succinctement l’association que vous présidez ?

Boualem Djebbar :  : L’Association des banques et établissements financiers (ABEF) est une association des banques et établissements financiers au sein de laquelle l’adhérent toute institution financière (banques et établissements financiers) agréée par la Banque d’Algérie (BA). Sa création a été prévue par la loi sur la monnaie et le crédit. Ses missions et son statut sont de ce fait définis par la loi. Elle est composée de 20 banques dont 6 publiques et 10 établissements financiers qui activent principalement dans le leasing. Une des banques publiques est quelque peu spécialisée, la BADR pour le secteur de l’agriculture. Pour les banques privées, ce sont des banques étrangères dont une à capitaux mixtes, la banque El Baraka qui est une filiale de la BADR et du Groupe El Baraka International, le reste étant des filiales de groupes bancaires étrangers tels que Société Générale, BNP Paribas, Natixis, ABC Bank, Arab Bank, Housing Bank, AGB Bank, Gulf Bank, Franca banque,. Pour les établissements financiers, ils pratiquent principalement l’activité de leasing, certains sont des établissements publics, filiales de banques, les autres sont soit étrangers soit mixtes. L’ABEF a été créée en 1992 avec pour missions essentielles de développer la place financière et prendre en charge les préoccupations de ses adhérents.

El-Djazair.com : Vous avez dit tout à l’heure que l’adhésion à l’association était obligatoire pour toute institution bancaire ou financière, pourquoi cela ?

Boualem Djebbar : C’est la loi sur la monnaie et le crédit qui le prévoit. Elle stipule qu’il est créé une association des banques et des établissements financiers et ses membres sont tous les établissements bancaires et financiers agréés par la Banque d’Algérie. Ils sont de ce fait membres de droit de cette association. 

El-Djazair.com : Vous avez dit aussi que la plupart des établissements financiers activent dans le leasing et qu’il y a même des banques publiques qui ont créé leurs propres filiales dans cette branche, est-ce à dire que le leasing est prospère en Algérie ?

Boualem Djebbar : Le leasing est une activité orientée vers la petite et moyenne entreprise. C’est un dispositif de financement qui accorde beaucoup de facilités aux PME et le marché du leasing est fortement développé, ce qui a facilité les choses pour beaucoup d’entreprises, notamment celles spécialisées dans le bâtiment pour l’acquisition de matériel roulant et engins. La BADR pratique aussi le leasing pour le machinisme agricole et l’encours actuel dépasse les 12 milliards de DA. Ce sont plusieurs milliers de tracteurs et de moissonneuses-batteuses qui ont été financés par le biais du leasing. D’autres banques pratiquent également le leasing en interne, que ce soit le leasing mobilier ou immobilier. C’est une activité très développée et qui est appelée à se développer plus encore, d’ailleurs l’encours actuel dépasse les 60 milliards de DA, sans compter ce qui a déjà été remboursé.  
 
El-Djazair.com : Parmi les missions de l’ABEF, représenter les intérêts des banques, même publiques, auprès de l’Etat. Ces banques publiques appartiennent à l’Etat, donc ce sont ses intérêts aussi. Expliquez-nous cela.

Boualem Djebbar : L’ABEF parle du système bancaire d’une manière générale, de son développement et des préoccupations communes au secteur bancaire. Elle est en contact permanent avec la Banque d’Algérie. Déjà pour l’application des différentes règles prudentielles qui sont édifiées par la BA, l’association est souvent associée à leur mise en œuvre en vue dans un objectif d’optimisation. Dans cette optique, elle a un rôle très actif. C’est aussi le cas pour les différentes questions qui intéressent la place bancaire. L’ABEF est donc présente pour apporter sa contribution et fournir les réponses nécessaires à ses membres concernant l’application de certaines mesures décidées par les pouvoirs publics ou par la Banque d’Algérie. 

El-Djazair.com : Le gouvernement algérien a lancé récemment une opération de récupération de la masse monétaire colossale qui circule dans l’informel. Quelle est la contribution de l’ABEF dans cette opération ?

Boualem Djebbar : La bancarisation de l’économie a toujours été pour l’ABEF une préoccupation majeure pour drainer un maximum de ressources. Cela se matérialise par le biais de plusieurs axes,à commencer par la formation des différents acteurs des banques, les chargés d’affaires, les chargés de clientèle au niveau du réseau pour leur inculquer la notion de culture commerciale et aller chercher le client. Cette bancarisation se matérialise également par la réorganisation de la plupart des agences bancaires afin qu’elles soient plus adéquates avec la notion commerciale et la prise en charge des doléances du client. En outre, des facilitations ont été mises en œuvre pour l’ouverture de comptes. Le client peut maintenant ouvrir un compte bancaire juste en présentant une photocopie de la carte nationale d’identité en plus d’un certificat de résidence et il a tout de suite un compte et cela facilite l’intégration et l’inclusion financière. Il y a aussi le développement de la monétique qui permet de maintenir la masse monétaire en banque puisque le client s’habituera à utiliser la carte pour payer tous ses achats, ce qui le fidélise davantage. La diversification des produits d’épargne, comme les comptes de dépôt clientèle, les comptes courants, les comptes chèques, les livrets d’épargne rémunérés ou non en plus de l’introduction, récemment, de la finance islamique comme vecteur d’inclusion financière permettent de capter une partie de la masse monétaire en circulation. L’accueil de la clientèle est une autre action prise en charge et qui nécessite un travail permanent pour l’améliorer à chaque fois un peu plus. Grâce à tout cela, il y a une amélioration sensible concernant la collecte des ressources, mais c’est un travail de longue haleine. Par ailleurs, les banques ont mis en place tous les moyens nécessaires pour répondre aux demandes et besoins de la clientèle et sont prêtes à canaliser et accueillir toute masse monétaire, quelle que soit sa taille.  
 
El-Djazair.com : L’épargne des ménages est aussi un moyen de capter la masse monétaire et de l’insérer dans le circuit bancaire. Plusieurs actions ont été menées par les pouvoirs publics et par les banques, quels sont les résultats de ces actions ?

Boualem Djebbar : Bien sûr, tout ce que je viens de développer s’oriente vers l’épargne des ménages. L’autre élément ayant contribué à capter l’épargne des ménages, c’est le développement des programmes de logements, principalement financés par les banques, que ce soit le programme AADL ou LPP, et le LPA qui est financé globalement par les banques. Les déférentes actions menées par les pouvoirs publiques ont eu leurs contributions.
D’autres actions restent bien sûr à faire pour bancariser l’argent se trouvant hors du circuit bancaire. La dernière note de la Banque d’Algérie relative à l’inclusion financière adressée aux banques visant d’acceptation de tous les dépôts de la clientèle sans justificatifs préalable en dehors des exigences réglementaires pour la connaissance du client permettra à couts sur une meilleurs bancarisation.

El-Djazair.com : L’ABEF est également chargée d’aider les banques à développer les services communs. Quels sont justement ces services communs ?

Boualem Djebbar : J’ai parlé des cartes bancaires et l’interbancarité, c’est-à-dire que le détenteur d’une carte BADR peut aller dans n’importe quel GAB et retirer de l’argent. Il peut aussi aller sur n’importe quel TPE installé par une autre banque, et peut payer ses achats en utilisant sa carte. Il y aussi le service commun de la télé-compensation des chèques. Il existe beaucoup d’actions dans ce sens, le développement de la monétique et de placement de TPE ((Terminal de Paiement Electronique) à la faveur de la loi de finances de 2018 qui oblige maintenant tous les commerçant à être détenteurs d’un TPE. C’est là aussi une action commune des banques à côté d’Algérie Poste pour pouvoir répondre à ce nouveau besoin. Il faut dire aussi que les banques ont toujours travaillé en concertation pour aller de l’avant.
Par ailleurs, on peut citer également l’interconnexion des banques avec le les services de la Douane, du registre de commerce ainsi que les services de la sécurité sociale.

El-Djazair.com : L’Algérie s’engage résolument dans le e-paiement, où en est la sécurité dans tout cela ?

Boualem Djebbar : Bien sûr que la sécurité est un préalable qui est étudié avant de lancer tout produit et la création du GIE Monétique a été pour répondre à l’aspect sécurité des transactions parce que sur le plan règlementaire, il y avait un vide qui gênait le e-paiement mais avec le GIE Monétique c’est la concertation interbancaire qui a permet de produire un nombre important de procédures communes aux banques et respectées par tous et dont l’aspect sécurité est primordial et qui et bien examiné et bien étanche. La preuve, en Algérie, il n’y a pas de problème particulier concernant le paiement ni par Internet ni par carte.  

El-Djazair.com : Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter ?

Boualem Djebbar : La mission de l’ABEF ne se limite pas seulement à prendre en charge les préoccupations des adhérents mais s’étend également promouvoir le secteur et les services bancaires par tout moyen adéquat. Dans notre stratégie, pour la monétique par exemple, et comme le sujet est d’actualité et très important, nous avons créé en plus de la SATIM (l’opérateur interbancaire) qui existe depuis plus d’une vingtaine d’années, un GIE (Groupement d’intérêts économiques) monétique qui émane de l’ABEF et qui regroupe 19 banques commerciales activant dans le domaine de la monétique et dont le rôle essentiel est d’être un régulateur de la monétique en Algérie. Algérie Poste est également membre du G.I.E. monétique en plus des banques. Il ne faut pas oublier qu’Algérie Poste est un grand acteur de la monétique, avec ses plus de 20 millions de clients et plus de 8 millions de cartes magnétiques. Grâce à cela, nous avons pu mettre en place tous les jalons pour développer le paiement par Internet, la règlementation nécessaire interne, d’autant plus que la loi sur le e-commerce qui vient d’être votée et cela nous permettra de passer à un autre stade du développement de la monétique. Actuellement, nous sommes au paiement par Internet uniquement pour les grands Web marchands qui sont les grands facturiers à l’image de Sonelgaz, Air Algérie, l’ADE, les compagnies d’assurance, là où il y a le service pur mais avec cette loi nous passerons au e-commerçant pour le paiement de l’acquisition de marchandise par internet. A titre illustratif, un supermarché pourrait avoir un site web pour vendre et recevoir le paiement directement en ligne.
 Ce sera alors une grande avancée. L’autre grand projet, que nous menons en parallèle est de doter tous les commerçants d’un TPE (Terminal de Paiement Electronique). Ce qui permettrait à l’Algérien de payer grâce à sa carte partout en Algérie. Aussi, nous travaillons pour relancer l’interopérabilité entre les banques et Algérie Poste pour permettre aux clients des deux institutions de bénéficier de cet acquis. Nous avons même créé une filiale interbancaire pour tout ce qui est installation, développement des TPE et de logiciels informatiques. L’autre volet sur lequel nous nous attelons a trait à l’aspect financement puisque le secteur bancaire a continué, malgré tout, à avoir une croissance positive des crédits. Pour preuve, pour 2017, nous dépasserons les 10% d’augmentation malgré la baisse de ressources dont souffre l’Algérie. Le choc financier n’a d’ailleurs pas été en termes de ressources extérieures mais également en interne en raison de l’octroi de crédits importants de longue durée et dont la consommation est faite sur plusieurs années. Certains ont été décidés il y a deux années mais qui ne commencent à être consommés que maintenant et cela impacte graduellement la trésorerie. Ce qui n’a pas empêché les banques à continuer à avoir une dynamique sur la collecte des ressources qui reste globalement positive, au même titre, d’ailleurs, que la croissance pour l’octroi de crédits, avec une large diversification, des crédits adaptés pour les grands projets, pour les moyens, pour la PME et pour les particuliers à travers le crédit à la consommation, le crédit immobilier. Par ailleurs, nous avons aussi développé le capital investissement à travers des filiales qui gèrent en même temps les fonds de wilayas. Ce qui couvre une panoplie assez large de financements. Nous sommes aussi en train de lancer la finance islamique à travers des fenêtres au niveau des banques publiques et des banques privées à même de répondre à un souci de diversification des crédits et répondre à une préoccupation de la population qui sollicite ce type de crédit et aussi ce type d’épargne. Tout cela a été pris en compte et décidé au sein de l’Association et chaque banque est en train de se préparer pour lancer ce produit, évidemment en coordination avec la Banque d’Algérie.
 
 T. M.



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