Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 118 - Dec 2018

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Hydraulique

Une stratégie nationale à l’horizon 2030

Afin de parer aux risques des inondations

Par Farid HOUALI



« Le temps, l’espace et les catégories». Un triptyque qui concerne les conditions a priori de la connaissance et le mode d’appréhension des événements, selon le philosophe allemand Emmanuel Kant, pour qui « sans eux, aucune connaissance ne serait possible». Et « quand il est urgent, c’est déjà trop tard ». Cette phrase de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord illustre l’esprit d’anticipation caractérisant les pouvoirs publics algériens. En effet, lors des situations de crise dues à des conflits violents, ou de catastrophes naturelles ou industrielles,  l’impératif absolu est de sauver des vies, de réduire les souffrances, les dégâts et les pertes, de protéger, de réconforter et de soutenir les personnes touchées, d’assurer le maintien de l’ordre et de garantir la sécurité des personnes et des biens. Conjuguées à des mesures préventives de réduction des risques, de préparation et de renforcement de la résilience, ces actions constituent les principales composantes de tout plan d’intervention. Vu son emplacement géographique, conjugué au contexte de changements climatiques global, l’Algérie est confrontée à une tendance climatique, caractérisée par des épisodes pluvieux intenses. Ce phénomène climatique cumulé à la croissance démographique, à l’occupation des sols et au développement urbain non contrôlé dans des zones inappropriées, engendre de fortes inondations. En effet, l’Algérie fait face à une multitude de risques majeurs. Les séismes, feux de forêt, risques géologiques, climatiques et pollutions, sont autant de dangers qui «guettent» la pays.  Et ces dernières années, on assiste aux effets dévastateurs des inondations qui affectent aussi bien le Nord que le Sud du pays. Après une année 2017 caractérisée par un record de départs de feux qui ont détruit des dizaines de milliers d’hectares de forêt, il est « observé en cette année 2018 une recrudescence des événements climatiques extrêmes caractérisés par des pluies diluvienneset des orages violents survenant dans toutes les régions du pays et pendant toutes les saisons», précise un document du ministère de l’Intérieur. Face à cette situation, et afin d’atténuer les effets des inondations, le secteur des Ressources en eau a pris en charge ce phénomène par l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie de lutte. Un plan d’action basé sur une vision intégrée incluant les priorités et les mesures à prendre notamment les systèmes de détection et d’alerte des risques d’inondations.  Les trois enjeux prioritaires ayant servi de moteur pour l’élaboration de cette même stratégie sont : la mise en sécurité des populations à risque, la réduction des dommages et maîtrise des coûts d’investissements et d’entretien et enfin la réduction du délai du retour à la normale. Cette stratégie de lutte contre les inondations a, d’ailleurs, permis l´identification de près de 700 sites à risques à travers le territoire national et a défini un plan d’action multisectoriel précis à différents niveaux national, régional et local pour la lutte contre les inondations sur l’ensemble du territoire national, selon Mme Nora Frioui-Ziani, directrice de l’assainissement et de la protection de l’environnement au ministère des Ressources en eau, lors de son intervention à la journée d’étude portant sur les risque des inondations organisée par le ministère des Ressource en eau  au Centre international des conférence d’Alger (CIC). 

Mobilisation de plus de 311 milliards de dinars
Par la même occasion, Mme Nora Frioui-Ziani a relevé les actions prioritaires de cette stratégie visant l´installation de systèmes «efficaces et souples» pour la prévision et l’alerte, la délimitation de chaque zone à risque, la réalisation de barrages écrêteurs, l´aménagement hydraulique et le renforcement de l’assainissement pluvial. Ainsi, il a été décidé de prendre en charge en priorité 233 sites exposés à un risque élevé dont 24 présentent un risque extrême tandis que 61 présentent un très haut risque au moment où 148 sont classés à haut risque. Pour ce faire, un Plan d’action interministériel, englobant 158 actions d’ordres organisationnelles, juridiques et techniques, a été mis en œuvre. « Cette stratégie nationale de lutte contre les inondations constitue un cadre partagé qui affiche les priorités et oriente la politique de gestion des risques d’inondations», a-t-elle ajouté. En termes de financements, « les coûts de mise en œuvre des actions inscrites au titre de la stratégie nationale de lutte contre les inondations établie à l’horizon 2030 sont estimés à 311,432 milliards de dinars répartis comme suit : 136 milliards de dinars pour les actions structurelles, 62 milliards DA pour les actions non structurelles et 112 milliards de DA pour l’aménagement des bassins versants », a détaillé Mme Frioui-Ziani lors d’une conférence de presse dédiée à la présentation de cette nouvelle stratégie. Présentant un diagramme sur la répartition des coûts des actions prévues, la même responsable a précisé que les mesures structurelles (42% de la totalité de l’enveloppe) sont des interventions basées sur les infrastructures d’ingénierie hydraulique à grande échelle (barrages, bassins de rétention, canaux, digues).
Pour sa part, Mme Zakia Bougaroua, directrice d’études auprès du ministère des Ressources en eau, a détaillé, lors de son intervention, les actions prévues au titre de cette stratégie.
Entre autres actions, elle cite l’entretien des oueds et ouvrages de protection contre les inondations. Cette action porte sur le curage de 2.200 km d’oueds traversant des agglomérations urbaines pour un montant de 17 milliards de dinars par an à horizon 2021, la prise en charge en urgence des effets des dernières inondations dans les différentes wilayas pour une enveloppe de 47 milliards de dinars et la mise en place d’une tranche prioritaire du Plan d’action à l’horizon 2021 pour une enveloppe de 30 milliards dinars par an, a noté Mme Bougaroua qui précise que le président de la République a fixé aux parties concernées un délai de six mois pour actualiser la stratégie nationale de lutte contre les inondations qui existait déjà.

Mise en œuvre de mesures structurales
Prenant part à la journée d’études portant sur le risque des inondations, l´expert hydrologue Larbi Behlouli, a recommandé, dans sa communication sur «les inondations en Algérie», la mise en place de systèmes d’alerte et de prévision au niveau de certaines agglomérations à risque telles qu´El Harrach (Alger), Sidi Bel Abbes et Annaba.
Cette prévention des risques d´inondation doit être entreprise en veillant à sa continuité dans le temps à travers des programmes mis en œuvre par les différents secteurs comme le curage des oueds, le curage et le traitement des avaloirs et des regards d’assainissement, et la protection des berges notamment, a-t-il proposé.
L´expert a plaidé en faveur de la mise en œuvre de mesures structurales plus importantes pour réduire de manière plus significative le risque d´inondation comme l’aménagement des bassins, la dérivation des eaux, la réalisation de diguettes, barrages ou seuils pour stopper et laminer les crues à l’amont des zones menacées. Dans le même contexte, il a été notamment appelé notamment à l’actualisation des études hydrologiques à travers le pays. Présentant ces recommandations, Fadela Hamdaoui, directrice de la planification des affaires économiques au ministère des Ressources en eau, a plaidé pour l’actualisation des études hydrologiques notamment au niveau des 233 sites classés «à risques élevé». Les auteurs de ces recommandations ont également pointé l’intérêt de moderniser les stations hydrométriques, de renforcer la réglementation sur la délimitation du domaine public hydraulique et d’entretenir les oueds et ouvrages de protection contre les inondations. Autre recommandation, a-t-elle poursuivi, la prise en charge «en urgence» des effets des dernières inondations qui ont touché le pays, dont le coût est estimé à 47 milliards de dinars par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.

Un objectif commun
Dans son allocution d’ouverture, Hocine Necib, ministre des Ressources en eau, a mis l’accent sur « l’impératif » de développer « la complémentarité et la coordination opérationnelle entre les différents secteurs afin d’anticiper les inondations et en réduire les dangers ».
 « Le travail participatif avec les autres secteurs est à même de garantir la prévention et la lutte contre les dangers d’inondations », a souligné dans ce sens Hocine Necib. Pour faire face à cette situation, le ministre des Ressources en eau a insisté sur l’intérêt d’ôter les entraves qui empêchent un écoulement régulier des cours d’eau, contribuant à réduire le nombre d’inondations. Notant que depuis 2000, plus de 380 réalisations de lutter et de prévention contre les inondations ont été financées et que 192 nouveaux projets sont en phase de réalisation, le ministre des Ressources en eau a affirmé que cette stratégie des pouvoirs publics de lutter contre ce phénomène naturel est prévue dans la loi 12-05 sur l’eau et la loi 20-04 portant prévention contre les grandes catastrophes et également dans le plan national de l’eau qui a prévu cet aspect à l’horizon 2035. Il a ainsi rappelé les masses d’eau enregistrées au niveau des barrages à travers le pays à un niveau inédit depuis une vingtaine d’années.
De son côté, Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, a mis en avant la vision du président de la République portant actualisation de la Stratégie nationale de prévention des risques de catastrophes à l’horizon 2030. En concrétisation de cette vision ambitieuse, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales se sont fixés comme priorité la prévention des grands dangers qui guettent le pays, a indiqué le ministre dans son intervention lors de la journée d’étude sur les dangers d’inondations. Á cet effet, le ministère de l’Intérieur a procédé, depuis 2017, à l’adoption d’un nouveau plan d’action pour faire face aux catastrophes naturelles qui a porté ses fruits cet été en matière de lutte contre les feux de foret grâce à la mobilisation de tous les secteurs ministériels, les autorités locales, la protection civile et la délégation nationale des risques majeurs. Selon Noureddine Bedoui, le secteur (de l’Intérieur), tendait, en premier lieu, à l’élaboration d’un schéma directeur national de gestion des risques, pour un environnement sain et propre.
Pour ce faire, le ministre a précisé que le rôle devant être accompli par les collectivités locales dans ce domaine, avait été souligné à maintes occasions, ce qui implique l’activation de nouveaux mécanismes innovants, afin de relever les défis et de surmonter les difficultés.
Elles seront, à cet effet, dotées d’un cadre de travail règlementé visant l’élaboration de plan locaux pour réduire les risques d’inondations, outre l’élaboration d’un plan local incluant les risques d’inondations.  Dans la même approche, Noureddine Bedoui a indiqué que les communes seront dotées également de systèmes d’alerte précoce pour prévenir les populations des régions exposées aux inondations ainsi qu’au niveau des embouchures des oueds concernés par les risques d’inondation, à l’instar du Plan directeur de résilience urbaine (PDRU) de la wilaya d’Alger. Un outil performant mis en œuvre dans plusieurs grandes mégapoles mondiales, le PDRU est un programme interdisciplinaire et ministériel conçu pour aider les autorités de zones urbaines complexes, telles que la wilaya d’Alger à réduire les risques de catastrophe (RRC). En outre, les pouvoirs publics peuvent compter sur le Centre du système national de vidéosurveillance, système numérique créé dans le cadre du Schéma directeur national de vidéosurveillance, pour mieux contrôler et gérer les aléas de la nature et les catastrophes majeures.
Le ministre a appelé, dans ce contexte, les walis et les présidents d’APC à se conformer aux orientations et aux différentes recommandations prises dans ce cadre, afin de combler les lacunes, d’aplanir les difficultés et de veiller au renforcement de la coopération et de la complémentarité entre les secteurs concernés directement ou indirectement par cette question. Pour sa part, Fatma-Zohra Zerouati, ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, a assuré qu’un plan national d’adaptation aux effets du changement climatique est en cours de préparation par le ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Mme Zerouati qui a rappelé que les différentes études scientifiques, notamment celles menées par son département ministériel, montrent la nécessité de mettre en place des systèmes de contrôle et d’alerte pour faire face aux risques naturels tels que les inondations, les incendies de forêts et la sécheresse. Dans ce sens, elle a insisté sur l’intérêt d’entreprendre des actions communes et coordonnées entre les différents secteurs pour faire face aux changements climatiques. Par ailleurs, Mme Zerouati a souligné la nécessité de prendre en charge la problématique du changement climatique en tant qu’aspect principal dans tout projet de développement. C’est ainsi que son ministère a impliqué l’ensemble des secteurs pour mettre en place le Plan national climat (PNC), a-t-elle souligné. Ce plan a permis la définition de 156 actions composées de 76 actions pour réduire les émanations à effet de serre, de 64 mesures pour l’adaptation aux changements climatiques et de 16 actions dédiées à la gouvernance.

Signature d’une convention entre l’ASAL et l’ANRH
Une convention de coopération a été signée, entre l’Agence spatiale algérienne (ASAL) et l’Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH) pour la réalisation de 30 plans de prévention contre les risques d’inondations.
Cette convention a été cosignée par Azzedine Oussedik, directeur de l’ASAL, et Toufik Mesrati, directeur général de l’Agence nationale des ressources hydrauliques, en marge de la journée d’étude sur la nouvelle stratégie nationale pour la prévention contre les dangers d’inondations. Cette convention permettra à ces villes de définir le cadre de coordination entre les différents acteurs concernant l’aspect préventif et opérationnel d’autant que l’imagerie satellitaire représente une source d’informations indispensable pour collecter rapidement une information objective, cohérente et exhaustive sur les zones et les phénomènes à étudier et pour parvenir avec les outils SIG (systèmes d’information géographique) à une gestion efficace et optimale du territoire. C’est notamment le cas de la prévention et de la gestion du risque d’inondations. Á ce titre l’ASAL contribue à travers l’exploitation des images des satellites nationaux (Alsat 1B, Alsat 2Aet Alsat 2B) et satellites internationaux dans la cartographie d’urgence et dans la mise en œuvre des cartes du risque d’inondations.  Dans ce sens, faudrait-il le rappeler, plusieurs inondations ont été suivies par l’ASAL. Il s’agit de Ghardaïa en 2008, El Bayadh en 2011, El Tarf en 2012 et tout récemment In Guezzam. 

   F. H.










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