Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 115 - Août 2018

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Energie

Des enjeux et des défis

Transition énergétique

Par Farid HOUALI



Le contexte énergétique national se caractérise essentiellement par une dépendance excessive vis-à-vis des hydrocarbures. Les hydrocarbures occupent toujours un poids important dans l’économie. 98% de nos recettes d’exportations proviennent du pétrole et du gaz conventionnel. La croissance continue de la demande interne d’énergie (pétrole & gaz), les risques d’épuisement de ces ressources ainsi que le réchauffement climatique, font clairement apparaitre la nécessité d’engager une transition énergétique vers un modèle plus durable.
« De nombreux changements ont bouleversé le marché des hydrocarbures et nous devons en tenir compte. La baisse substantielle et vraisemblablement structurelle du prix du baril de pétrole annonce la fin de l’ère du pétrole cher (…) La réflexion sur la transition énergétique porte aussi sur la nécessité d’avoir une industrie non polluante qui respecte l’environnement et qui n’aggrave pas les facteurs qui contribuent au changement climatique. Nous devons ainsi trouver des solutions pour réduire la consommation des secteurs énergivores et en améliorer l’efficacité énergétique et les performances tout en réduisant l’impact sur l’environnement. Les énergies renouvelables s’imposent dans ce contexte comme l’alternative la plus sérieuse, la plus propre et commercialement la plus rentable. Les enjeux sont considérables. » Le programme du président de la République Abdelaziz Bouteflika a fixé le cap. Il prévoit, à l’horizon 2030, une puissance totale de 22000 Mégawatts dédiés à la seule consommation locale. Il projette de développer un large éventail de filières technologiques où le photovoltaïque et l’éolien se taillent la part du lion avec respectivement 13575 Mégawatts et 5010 Mégawatts, le reste étant réparti entre l’énergie solaire thermodynamique, la biomasse, la cogénération et la géothermie. Il appartient désormais aux différents acteurs publics et privés de créer une véritable filière, de construire le marché des énergies renouvelables autour des acteurs locaux et étrangers, des technologies, du financement et des marchés cibles. Aussi, il est impératif que le secteur privé et le secteur public algériens jouent un rôle actif pour que ce projet ait des retombées économiques et sociales positives sur l’Algérie allant au-delà de la préservation du potentiel d’exportation d’hydrocarbures. D’autre part, le processus de sélection des entreprises qui participeront à ce projet sera basé sur le principe du moins-disant en termes du prix du kwh. Dans ce sens, les  participants à la première Conférence-exposition sur la réussite de la transition énergétique en Algérie organisée  par le Forum des chefs d’entreprise (FCE), Sonatrach et Sonelgaz sous le thème «la Stratégie nationale des énergies renouvelables à l’Horizon 2030 », à la Safex, (Pins Maritimes)  ont recommandé une réelle implication des investisseurs nationaux dans le développement des énergies renouvelables et l’émergence d’une économie productive hors hydrocarbures. Les participants ont, en effet, affirmé que la réussite de la transition énergétique passait par l’encouragement du partenariat entre les opérateurs publics et privés nationaux, couplés à une  collaboration avec des étrangers, détenteurs de savoir-faire et de technologies. Parmi les recommandations dégagées par la conférence-exposition figure également l’amélioration des conditions d’accès au marché national des énergies renouvelables et au financement, notamment au profit des petits investisseurs. Les participants ont, par ailleurs, appelé à la réalisation d’un réseau permettant, aux opérateurs privés, d’injecter, en temps voulu, leur surplus de production d’électricité provenant du solaire, et d’abandonner l’idée du double réseau, peu rentable, selon l’avis des experts. Il est nécessaire, ajoutent-ils, de renforcer les capacités de montage de projets d’accès aux financements climatique et d’encourager les industries liées aux énergies renouvelables. Selon eux, la création d’un Conseil consultatif, regroupant notamment les institutions, les industriels nationaux et étrangers, les chercheurs et les experts, permettrait de «pérenniser la concertation et l’échange» pour la concrétisation du Programme national des énergies renouvelables. Pour rappel, les participants à cette conférence-exposition sur la transition énergétique ont tenté de répondre à plusieurs questions: comment concilier dans un premier temps les besoins croissants du marché interne avec les engagements de l’Algérie en matière de production commerciale destinée à l’exportation?  Faut-il continuer à exporter les hydrocarbures à l’état brut ou doit-on encourager le développement d’une industrie de la transformation? Comment doter l’Algérie d’une industrie nationale de production de biens et de services dans le secteur de l’énergie et comment encourager l’innovation et la formation dans ce domaine? D’autre part, il a été question d’esquisser l’ébauche d’une feuille de route pour réussir la transition énergétique et la naissance de capacités nationales d’innovation, de production, de maintenance et de services créatrices d’emplois nouveaux et durables, ainsi que de richesses.

Se libérer   des   hydrocarbures fossiles
La transition énergétique « devrait assurer la sécurité du développement économique du pays tout en devenant de moins en moins dépendant des ressources fossiles », affirme Mustapha Guitouni, ministre de l’Energie, qui est intervenu  à cette occasion.  « Cette question fait l’objet d’une attention particulière des pouvoirs publics, qui ont d’ailleurs hissé le programme des énergies renouvelables en priorité nationale », dit-il estimant que cette politique « est un moyen de sécurisation en approvisionnement à long terme et la diversification des ressources énergétiques du pays. » D’autant que la sobriété énergétique qui consiste à réduire le besoin des services énergétiques, est le secteur principal d’une transition énergétique réussie, suivi de l’efficacité énergétique qui consiste à réduire la consommation d’énergie pour un même service rendu.
Le ministre relève à ce titre que l’Algérie dispose de réserves prouvées récupérables d’hydrocarbures de plus de 4.000 milliards de Tonnes équivalent pétrole (TEP) dont plus de la moitié en gaz naturel. Selon lui, le pays produit en moyenne ces dernières années autour de 150 millions de TEP dont quelque 100 millions de TEP sont exportés.
Pour ce qui est de la capacité de production nationale, elle est appelée à croître à moyen terme, comme c’est le cas pour les exportations.
Par ailleurs, le ministre de l’Energie, met l’accent sur l’impératif de développer les ressources non-conventionnelles d’hydrocarbures, notamment gazeux. Toutefois, il soutient que l’Algérie «n’est pas contrainte à se précipiter pour lancer le développement et l’exploitation de ces ressources», expliquant qu’il est plus indiqué de s’atteler à mieux connaître les caractéristiques de ce potentiel en vue d’assurer, à moyen et long termes, l’indépendance énergétique du pays. Ces ressources non conventionnelles permettraient, selon lui, la couverture des besoins énergétiques du pays «à très long terme». Plus encore, fait-il valoir, ces ressources «ne sont en aucun cas une source de rente pétrolière, idée que nous devons écarter dès à présent, pour éviter toute désillusion à l’avenir».

L’irréversible recours aux énergies renouvelables
Evoquant les énergies renouvelables, Mustapha Guitouni considère qu’au-delà des hydrocarbures, il revient au pays de mobiliser toutes ses ressources notamment en ces énergies, et ce, grâce au très vaste potentiel dont jouit le pays à travers le solaire, l’éolien, la biomasse. En vue de réussir la transition énergétique, la mobilisation des ressources renouvelables est ainsi nécessaire pour consolider, sur le long terme, la couverture des besoins énergétiques du pays et en faire un facteur de développement industriel et de diversification économique, détaille-t-il. Et de rappeler, à ce titre que le programme du gouvernement adopté en 2011 et mis à jour en 2015, prévoit le développement d’une capacité de 22.000 MW d’électricité d’origine renouvelable, notamment solaire, à long terme. Ce programme devrait permettre l’économie de quelque 300 milliards de m3 de gaz, soit un volume additionnel aux réserves du pays, équivalent de 7 à 8 années de consommation nationale actuelle de gaz. Ce programme des énergies renouvelables est adossé à celui de l’efficacité énergétique à travers diverses actions et projets au niveau de plusieurs secteurs économiques (ménages, services, industrie, transport). Pour réussir ce programme, l’Etat a pris des mesures et a mis en place des moyens tels le Fonds des énergies renouvelables et de maîtrise de l’énergie, alimenté notamment par un prélèvement à partir de la fiscalité pétrolière. Abordant l’état d’avancement de ce programme, Mustapha Guitouni indique qu’il est en phase initiale de concrétisation, nécessairement lente, avec la mise en place des cadres juridiques et institutionnels et la réalisation de plusieurs centrales photovoltaïques, totalisant une capacité de près de 400 MW. Après cette phase initiale, l’Algérie s’apprête à un déploiement à grande échelle de l’électricité renouvelable, selon lui. Dans ce sens, l’Algérie devrait saisir l’opportunité de développer les énergies renouvelables en mettant sur pied une industrie dans ce domaine, ajoute le ministre.

La transition énergétique « nécessite » des partenaires nationaux et étrangers
C’est l’affirmation faite par  le P-DG  de la Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour qui est intervenu à son tour  lors d’un panel durant la première Conférence-exposition sur la transition énergétique organisée par Sonatrach, Sonelgaz et le FCE sous le haut patronage du Président de la République. Il souligne dans cadre que d’aucuns perçoivent Sonatrach comme une «locomotive» alors qu’elle ne peut entreprendre seule cette transition énergétique estimant que la transition énergétique nécessite à la fois un partenariat public-privé et un partenariat nationaux/étrangers. Le P-DG de la Sonatrach préconise ainsi un partenariat entre le secteur national public et privé, qui doit être conforté par des partenaires étrangers lesquels «ont besoin de notre gaz et nous avons besoin de leur technologie et de savoir-faire».
Abdelmoumen Ould Kaddour rappelle que Sonatrach avait déjà développé des activités dans le solaire dans le cadre de ses projets d’énergies renouvelables. Selon lui, la stratégie de la compagnie pour 2020/2030 accorde une grande importance au partenariat avec les étrangers. Présent à cette conférence-exposition, le P-DG du français Total Solar, Julien Pouget, considère que l’Algérie possède d’importants potentiels dans le domaine des énergies renouvelables, notamment dans le solaire. Il fait part ainsi de l’intérêt porté par sa compagnie au marché algérien et au renforcement du partenariat déjà existant avec la partie algérienne. Quant au vice-président de la compagnie énergétique italienne ENI, Luca Consentino, il exprime la disposition de sa firme à accompagner l’Algérie dans sa transition énergétique et à travailler avec Sonatrach pour développer son industrie des énergies renouvelables.
A l’occasion, le  ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, affirme que le défi de l’Algérie en matière de transition énergétique consiste à mettre en place une véritable activité économique orientée vers les énergies renouvelables grâce à une industrie locale. Il considère ainsi qu’une alliance entre l’intégration nationale et les énergies renouvelables à grande échelle, à travers un tissu d’entreprises, de PME et de sous-traitants, s’imposait. Et d’annoncer qu’un avis d’appel d’offres sera prochainement lancé à l’adresse des investisseurs désirant activer sur le marché national des énergies renouvelables.

Réduire la dépendance aux hydrocarbures
S’exprimant lors d’un panel animé à la clôture dans le cadre de la Conférence-exposition sur la transition énergétique, Mme Fatma-Zohra Zerouati, ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, indique que l’Algérie s’est résolument orientée vers l’élaboration d’une stratégie énergétique lui permettant d’être un acteur énergétique dynamique, en favorisant l’utilisation des ressources d’énergie autres que les hydrocarbures. Dans ce sens, elle met en exergue la grande importance accordée par les pouvoirs publics au développement des énergies renouvelables, en leur consacrant un programme national spécifique impliquant à la fois les secteurs privé et public, ainsi que les partenaires étrangers, détenteurs de savoir-faire et de technologies. La ministre relève que les bouleversements structurels, rapides et majeurs qui façonnent la scène énergétique mondiale, a mis l’Algérie devant d’importants défis et enjeux, dont la diversification des sources d’énergie, la garantie de la sécurité énergétique pour les générations futures et le développement d’une économie fondée sur la transition énergétique. Pour sa part, Mohamed Arkab, P-DG de la Société de distribution de l’électricité et du gaz (Sonelgaz), affirme que la stratégie nationale de transition énergétique devrait, impérativement, tenir compte des paramètres liés notamment à l’environnement, aux territoires, aux ressources humaines, à la disponibilité des richesses naturelles et à la progression fulgurante de la demande interne, ainsi qu’à l’évolution du marché externe. Et d’appeler, par ailleurs, à l’émergence d’un grand nombre de «champions économiques» (entreprises privées et publiques) dans l’ensemble des segments du secteur des énergies renouvelables : le solaire photovoltaïque et le solaire thermique, l’éolien, la biomasse et la géothermie. Mohamed Arkab estime que l’enjeu dans l’amélioration de l’attractivité du marché algérien des énergies renouvelables, devrait être la prospérité et la compétitivité des entreprises nationales, dont l’engouement, pour ce secteur est «considérable». De son côté, Lamine Kadi, expert et consultant en énergie,  fait savoir que les énergies renouvelables constituent un levier pour les croissances économique et sociale, et un moteur pour la création d’emploi. Selon lui, le mix énergétique, basé sur le gaz naturel et le solaire, constitue le meilleur choix pour une transition énergétique efficace en Algérie, précisant que l’exploitation des immenses réserves de gaz de schiste, dont dispose le pays, devrait se faire dans «la plus grande sécurité». Lamine Kadi estime cependant que l’énergie nucléaire ne représente pas une alternative énergétique adéquate pour l’Algérie, car, explique-t-il, les stations nucléaires, qui nécessitent des systèmes de refroidissement performants, ne peuvent pas être installées dans le sud, marqué par les grandes chaleurs, ni sur le littoral du pays, connu pour être des régions sismiques.
F. H.



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