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N° 117 - Nov 2018

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Energie

L’oligopole russo-saoudien

Par Salim HOURA



Mis en place depuis deux ans, à l’issue de de la réunion de l’OPEP, en septembre 2016, à Alger, pour contrôler le niveau de production du pétrole, le comité ministériel conjoint des pays de l’OPEP et des pays non-OPEP à Alger, a décidé de maintenir le contrôle sur la production, au moins jusqu’à la fin de l’année, au terme de la 10e réunion du Comité ministériel conjoint de suivi de l’Accord de réduction de la production pétrolière des pays de l’OPEP et non-OPEP (JMMC). L’accord du mois de juin reste en place, au moins jusqu’à la fin de l’année. Les pays producteurs de pétrole se sont accordés pour maintenir le contrôle de leur production en dépit des critiques, notamment celle du président des Etats-Unis Donald Trump. La réunion d’Alger a aussi servi à préparer le terrain à une nouvelle prolongation des quotas (qui expirent à la fin de l’année), voire à cimenter cette nouvelle alliance alors que de nombreux experts s’interrogent sur l’avenir de l’OPEP en tant qu’acteur isolé. Dans les coulisses, l’Arabie saoudite, principal ami de l’Amérique au Moyen-Orient depuis la conclusion du Pacte du Quincy le 14 février 1945, a mené la manœuvre avec la Russie pour faire remonter les cours pétroliers. Ce qui a l’art d’irriter le président Trump qui s’est plaint que les prix du pétrole étaient « artificiellement très élevés ». En effet, l’Arabie saoudite (membre de l’OPEP), qui dirige la manœuvre avec la Russie (non-membre), en a profité pour se défendre de toute manipulation des cours en dépit de la déclaration de Khaled El Falah, ministre saoudien de l’Energie qui a souligné que « l’OPEP veillait à maintenir le marché stable et qu’il n’existe pas d’accord pour augmenter la production du brut pour l’instant. » Dans une déclaration à la presse en marge de la 10e réunion du JMMC, Khaled El Falah a affirmé que son pays « n’influence pas les prix » ajoutant, dans une réponse apparente aux injonctions du président américain Donald Trump qui avait appelé l’OPEP à faire baisser les prix du pétrole, en évoquant un lien entre le soutien apporté par les États-Unis aux pays du Moyen-Orient et le prix du baril, que « la stabilité que connaît actuellement le marché pétrolier avec un baril de l’ordre de 80 dollars est favorable aux producteurs et consommateurs ». En somme, les pays producteurs de pétrole ne comptent pas répondre positivement au souhait de Donald Trump. En effet, ni les Saoudiens (premiers exportateurs mondiaux de pétrole) ni les Russes (premiers producteurs) ne veulent s’arrêter là. D’autant que le président russe Vladimir Poutine n’a pas raté sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel, au mariage du ministre des Affaires étrangères autrichien Karin Kneissl, d’aborder le projet de transit gazier Nord Stream 2. Pour rappel, les exportations de gaz russe vers l’Allemagne passent en mer Baltique par Nord Stream 1, inauguré en 2011. Elles assurent 40 % de l’approvisionnement allemand et 30 % de celui de la France. L’Allemagne, qui aura de plus en plus de besoins en gaz compte tenu de la fin programmée de son programme nucléaire, souhaite augmenter ses importations de Russie. Elle est donc un partenaire résolu de Nord Stream 2, qui doublera les capacités de Nord Stream 1. Les travaux ont commencé en mai et devraient s’achever début 2020. Mais les Américains ne l’entendent pas ainsi et font une pression très forte sur l’Europe pour que ce projet n’aboutisse pas. Le prétexte est l’indépendance gazière de l’Europe, qui ne doit pas trop dépendre du méchant russe (touchante sollicitude américaine). La vraie raison est le surplus de gaz liquéfié américain que seule l’Europe pourrait absorber. Mais à un prix nettement plus élevé que le gaz russe… « Ainsi, un certain oligopole se forme entre la Russie et l’Arabie saoudite pour la défense des hydrocarbures, le pétrole et le gaz contre les énergies non carbonées sur le long terme », soulignait l’expert pétrolier international algérien Mourad Preure, pour qui il y a un nouveau paradigme sur le marché pétrolier. Ces deux pays défendent l’option d’un prix du brut pas trop élevé, qui ne découragerait pas la demande, et pas un prix trop bas qui découragerait les investissements, tant le prix du pétrole a un contenu géopolitique élevé. Ainsi, cette alliance, les Russes et les Saoudiens la verraient bien se poursuivre pendant 10 à 20 ans. Ce rapprochement a culminé en octobre 2017 avec la visite à Moscou du roi Salmane, la première d’un souverain saoudien en fonction. Plusieurs accords ont été signés à cette occasion, dont un protocole d’entente entre Aramco et le géant gazier russe Gazprom. Tandis que le russe Novatek et Aramco ont entamé des discussions pour collaborer à un projet d’exploitation gazière dans l’Arctique (Arctic LNG). Cette alliance russo-saoudienne peut étonner vu que les deux pays s’opposent frontalement dans plusieurs dossiers internationaux. Mais pas les observateurs de la scène géopolitique. En effet, de prime abord, il convient de comprendre que les dirigeants russes considèrent leur pays comme une puissance musulmane, et ce depuis les conquêtes opérées par Ivan le Terrible, qui règne de 1533 à 1584, aux dépens des Tatars de la Horde d’Or, puis lors de la poussée territoriale au-delà de l’Oural et vers le Turkestan occidental. De fait, la Russie contemporaine compte environ un cinquième de musulmans et elle constitue le réceptacle d’une importante immigration en provenance d’Asie centrale. C’est à ce titre que Moscou a revendiqué un statut d’observateur au sein de l’OCI (Organisation de la Coopération islamique), qu’elle obtient en 2005, avec l’appui de l’Iran, mais aussi celui de l’Arabie saoudite. A cette occasion, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, déclarait que « la Russie est une grande puissance eurasienne située à la charnière des civilisations et riche d’une expérience unique de la coexistence et de la coopération de multiples cultures. Nous faisons partie intégrante des mondes chrétien aussi bien que musulman. L’Islam nous est parvenu dès les origines ». Une profession de foi multiculturaliste reprise à son compte par le Président russe Vladimir Poutine (Riyad, 12 juin 2007). « Les Etats n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts », dixit le général De Gaulle. Partant de ce concept, la Russie et l’Arabie saoudite ont uni leurs forces pour obtenir cet accord pétrolier qui les arrangeait l’une comme l’autre. L’Arabie saoudite avait cruellement besoin de voir remonter les cours de l’or noir pour gonfler la valeur d’Aramco, son géant pétrolier dont elle compte mettre 5% des parts en Bourse fin 2018 ou début 2019. Elle a également besoin de fonds pour financer le vaste programme « Vision 2030 » porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane dans le but de diversifier son économie et de réduire sa dépendance au pétrole. Sans parler de la guerre au Yémen qui pèse lourd sur son budget. En outre, cette alliance devrait permettre aux Russes de continuer à placer leurs pions au Moyen-Orient où le président Vladimir Poutine est en train de s’imposer comme interlocuteur incontournable au moment où Washington y perd de son influence. En filigrane, un certain oligopole s’est formé entre la Russie, premier producteur mondial de brut, et l’Arabie Saoudite, premier exportateur de pétrole, pour la défense des hydrocarbures, le pétrole et le gaz contre les énergies non carbonées sur le long terme. Ces deux pays défendent l’option d’un prix du brut pas trop élevé, qui ne découragerait pas la demande, et pas trop bas qui découragerait les investissements, tant le prix du pétrole a un contenu géopolitique élevé. Une alliance qui fait les affaires de l’Algérie dont le « rôle distingué » au sein de l’OPEP pour la stabilité du marché pétrolier au profit des producteurs et des consommateurs n’est plus à présenter.  S. H.



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