Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 117 - Nov 2018

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Hommage

«Si j’avais à choisir entre la démocratie et l'Algérie, je choisirais l'Algérie ».

Slimane Amirat, patriote convaincu et militant de la démocratie

Nacer Zenati



Il a été dit que les grands hommes ne meurent jamais dans le lit et la liste de nos héros qui ont eu une fin tragique, est très longue. Parmi eux y figure le nom de Ammi Slimane qui a toujours mis ses convictions avant tout, au point d'en payer de sa vie lorsqu'il fut terrassé par une crise cardiaque en se recueillant devant la dépouille mortelle de son compagnon Boudiaf décédé suite à une mort violente devant son pupitre où il faisait un discours à la maison de la culture de Annaba, pour redonner espoir aux Algériens en prise à des difficultés énormes. Il faut dire que Ammi Slimane qui avait une humeur débonnaire et qui aimait discuter avec les jeunes, croyant fermement qu'ils seraient à l'origine des changements salvateurs pour la nation, avait du cœur au point qu'il fléchit en ce jour de deuil national où les Algériens s'apprêtaient à enterrer le coordinateur du «Groupe des Six» qui était à l'origine du déclenchement de la guerre de Libération nationale.

 Il a mené une vie digne depuis son adhésion au mouvement national dans son village natal Takarboust sur le versant sud du majestueux Djurdjura, dans l'actuelle wilaya de Bouira. Il côtoyait au départ Abderahmane Mira qui l'envoya en France, dès mars 1955, où il fut chef d'un commando de choc qui a croisé le fer avec les activistes du MNA de Messali Hadj. Le FLN découvrira en un laps de temps réduit qu'il venait de faire le bon choix, en désignant Slimane Amirat pour mettre sur pied et diriger les groupes de choc de la région parisienne. Son baptême en tant que combattant de l'ALN, il l'avait fait dans la douleur et, il connut la guerre des frères. C'était dans cette atmosphère qu'il connaîtra les contradictions du mouvement national algérien. Une année après, il sera arrêté et il fera la connaissance des geôles de la colonisation à la prison de Constantine.
Ensuite, il sera transféré au camp d'El Djarf de M'sila. Militant infatigable et croyant fermement à la lutte armée, il a profité de son séjour au camp de détention d'El Djarf pour organiser une collecte d'argent et de médicaments au profit de l'ALN.
Légaliste et épris des valeurs de la démocratie, sa pise de position durant la crise de l'été 1962, lui valut plusieurs déboires par la suite et, il est allé jusqu'à risquer sa vie lors de sa grève de la faim dans sa prison de Santa Cruz à Oran, un fortin hérité de l'époque espagnole, connu pour avoir abrité Cervantès, l'illustre écrivain qui a été à l'origine d'un nouveau genre littéraire, à savoir le roman.
Il fut, dès l'accession de l'Algérie à l'indépendance, partisan de tous les mouvements pour l'instauration de la démocratie en Algérie. Il participa à la création du Front des forces socialistes FFS au  MDRA de Krim Belkacem.

Slimane Amirat croyait fermement que le salut du pays ne peut venir que de la consécration de la liberté d'expression et l'avènement du pluralisme politique.
L'homme qui fut derrière la lutte contre les émules de l'OAS, en créant des groupes anti-OAS, à Bouaréah et El Biar, et après une brève apparition à Tlemcen à l'ombre de ce qui est appelé à l'époque le groupe de Oujda, refusa la manière utilisée par Ben Bella dans sa quête du pouvoir. C'est ainsi qu'il va se retrouver avec Mohand Oulhadj et Krim Belkacem pour la création au départ de l'UDRS. Il s'exilera jusqu'en 1965.
Fidèle à ses convictions, Amirat refusera de voir tant de militants et d'anciens maquisards dans les prisons. Il fut arrêté le 10 octobre 1968, pour connaître les geôles de Santa Cruz, où il fera successivement plusieurs grèves de la faim, 17 jours, ensuite 25 jours. Il sera transporté dans un état comateux à l'hôpital universitaire d'Oran suite à cette dernière grève. De la prison d'Oran, il sera ensuite transféré à la prison de Berrouaghia où il restera en détention pendant deux années et sera de nouveau transféré à El Harrach, prison qu'il quittera au bout de six mois. Libéré le 23 juin 1975,  Slimane sera étroitement surveillé durant toute sa période de détention, et même après sa sortie de prison.
Il mènera alors lui-même le combat pour la libération de ses propres amis demeurés en prison. Il obtiendra leur libération et la réhabilitation de tous les membres.
Sur cet épisode de sa vie où il avait côtoyé la mort à plusieurs reprises, peu de gens connaissent le combat de son épouse Zoubida, née Kaddoure, une fille d'Alger qui a connu les maquis de la wilaya IV historique. Cette femme qui mena un combat héroïque pour la libération de son époux emprisonné pour ses opinions politiques, tente aujourd'hui de perpétuer les idées de Slimane à travers son activité au sein de la Fondation qui porte son nom.
Ce n'est qu'après l'adoption de la Constitution de 1989 que le peuple algérien découvrira le militant pour la liberté et la démocratie, M. Slimane Amirat, celui qu'il avait connu déjà dans les années 1950 comme combattant acharné pour l'indépendance. Ses apparitions à la télévision en tant que responsable du MDRA et ses joutes avec les islamistes, dans une Algérie en pleine ébullition et en butte à l'anarchie, révélèrent un homme d'une sagesse et d'une perspicacité rares. Ne pouvant s'accommoder d'une démocratie à laquelle il avait voué tout son combat, il choisit le camp de ceux qui se souciaient de la préservation du pays. C'est ainsi qu'il dira que s'il avait à choisir entre l'Algérie et la démocratie, il  choisirait sa patrie, celle qui a été à l'origine de son combat armé du départ.
L'histoire retiendra que même son combat pour la liberté et la démocratie, est le résultat de son amour, sans égal pour sa patrie. L'homme qui a connu Krim, Ouamrane, Boudiaf et tant d'autres militants de la cause nationale, est parti terrassé  par une crise cardiaque, lui dont le sens de la résistance est légendaire. 17 ans après sa mort, Slimane demeure dans le cœur de ceux qui l'ont connu comme un père de famille exemplaire, un nationaliste de première heure et un homme épris de justice et de liberté.



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