Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 77 - Août 2014

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El Djazaïr de la culture

« Tlemcen, capitale de la culture islamique »

Le joyau du Maghreb central

Achour Cheurfi

Une année durant, la cité millénaire et ses environs connaîtront une animation singulièrement dense où se déploieront toutes les activités intellectuelles et artistiques. En fait, c’est toute l’Algérie fière de ses racines et de sa culture qui se révèle, hospitalière et tolérante, résolument réconciliée avec elle-même, moderne et ouverte sur elle et sur les autres, célébrant et confortant les valeurs de la liberté, de la paix, de la diversité, de l’échange et du partage.

Tlemcen, le bon choix

 Ce n’est guère un hasard si Tlemcen a été élue « Capitale de la culture islamique » pour la région arabe (alors que Jakarta et Conakry l’ont été respectivement pour l’Afrique et l’Asie). Sa longue histoire, ses joyaux architecturaux musulmans, son rayonnement spirituel et culturel ont plaidé en sa faveur. Bien entendu, on ne peut, en quelques mots, résumer le parcours d’une cité aussi prestigieuse où la vie intellectuelle était particulièrement dense quand on sait, à titre seulement indicatif, qu’un auteur du XVIe siècle, Ibn Maryam el Meleti, a recensé dans son Bostan assez connu, pas moins de 182 saints et savants de Tlemcen. Ibn Khaldoun, le brillant sociologue y a séjourné et la liste des savants, des artistes, des souverains éclairés, est réellement longue. La place qu’elle a occupée et qu’elle continue d’avoir dans l’histoire de la culture algérienne et maghrébine autant arabe que musulmane est d’une densité telle qu’elle n’a rien à envier aux autres grandes cités musulmanes. Situant à la fois le choix de Tlemcen et l’enjeu et la portée de l’évènement, le chef de l’Etat, dans une lettre datée de décembre 2010 concernant la manifestation, écrit : « En élisant Tlemcen capitale de la culture islamique pour l’année 2011, l’Organisation islamique pour l’éducation, la culture et les sciences a fait le bon choix, pour ce que cette ville recèle de patrimoine riche et de monuments historiques dont le symbole et la réputation expriment la créativité algérienne, témoin de la grandeur de la civilisation islamique en ces contrées. » Il ajoute : « Nul doute que cet événement revêt une grande importance pour l’Algérie qui s’appliquera à mettre en valeur son apport et son rôle dans l’enrichissement de la culture islamique, et sera un livre ouvert dont nous ferons revenir le souvenir de ses pages éclatantes et les enseignements en elles contenus, et desquelles nous tirerons la force, la détermination et la confiance en nous-mêmes et révélerons le prestige de cette ville séculaire et sa contribution à la pensée, à l’inspiration et à la vaillance à travers les âges ». Ceci pour dire que l’organisation d’une telle manifestation n’a pas pour objectif de magnifier un passé, aussi honorable soit-il, et encore moins d’opérer un repli sur soi tout à fait infécond, mais plutôt une occasion de tirer des leçons, de poser les jalons de la renaissance et du développement et de jeter des passerelles avec les autres cultures du monde. Car quoi qu’on dise, les valeurs les plus sûres et les plus fortes sont celles de la liberté, de l’amour, de la tolérance, du profond respect qu’on a pour soi et pour les autres.

Une programmation réfléchie et équilibrée

 Les autorités publiques ont dégagé les moyens nécessaires afin que la manifestation atteigne ses objectifs et soit une réussite totale. Le ministère de la Culture, à qui revient la grosse part, a mobilisé toutes ses compétences et toutes ses ressources, humaines et infrastructurelles. Neuf départements encadrent les activités culturelles et scientifiques : Colloques (12 rencontres traitant de l’histoire, des arts, de la littérature… de Tlemcen) ; Festivals et animation de proximité : huit festivals nationaux et internationaux, des tournées artistiques avec les vedettes de la chanson algérienne, à travers les 9 wilayas de la région de Tlemcen ; Expositions : 10 relatives à la culture et à l’art islamique ; Livres : au moins 365 titres sur les 500 sélectionnés ; Cinéma : 48 documentaires et des films de fiction ; Théâtre : 19 pièces produites par le Théâtre national algérien, les théâtre régionaux et les coopératives théâtrales à Tlemcen ; Patrimoine culturel immatériel et la chorégraphie : découverte de talents et promotion, semaines culturelles des wilayas et journées nationales. Il faut reconnaître aux organisateurs la qualité des efforts fournis pour mener à bien une telle entreprise en offrant une programmation réfléchie et équilibrée qui allie le conjoncturel, ce qui relève du cérémonial et du festif, de la réflexion et de la recherche, au structurel en initiant des projets dont vont bénéficier, sur le long terme, la cité de Tlemcen et ses environs. En effet, l’un des volets les plus intéressants de cette manifestation réside certainement dans les travaux de restauration ou la réalisation d’infrastructures à caractère culturel. La construction d’un centre des études andalouses à Haï el Immama (qui s’étend sur une superficie de plus d’un hectare et qui abritera, entre autres, une annexe relevant du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques), d’un palais de la culture, d’un pavillon des expositions, d’un théâtre de verdure d’une capacité de 2000 places, d’un centre des manuscrits, d’une bibliothèque urbaine et de quatre nouveaux musées consacrés à l’archéologie islamique, à la calligraphe arabe, à l’art et l’histoire de Tlemcen ainsi qu’au costume traditionnel local, la réhabilitation de la salle de cinéma Le Colisée, la restauration du Palais royal des Zianides implanté au site historique d’El Mechouar, des petites mosquées, des bains maures, des fours à bois et des écoles coraniques, sans omettre le complexe religieux d’El Eubbad (qui abrite le mausolée de Sidi Boumediene) et les ruines de Mansourah et Bâb El Karmadine, constituent des œuvres, au sens plein du mot, qui vont contribuer à asseoir durablement la renaissance de la cité et de la région. En ce sens, on ne peut que relever la pertinence d’une telle approche des célébrations qui, sans déroger à la tradition, celle de l’activité ponctuelle qui, au demeurant ne saurait être réduite au symbolique et au médiatique, prend en charge les préoccupations et les aspirations des populations locales à un développement culturel et artistique. Et l’on ne peut que se féliciter du fait que la majorité des projets de ce volet soit en bonne voie de réalisation.

La fête a déjà commencé

 Afin de respecter le planning tracé et de ne point prendre de retard, les organisateurs ont prévu une double ouverture, nationale, le 15 février, coïncidant avec la célébration du Mawlid Ennabawi et officielle et internationale, le 16 avril, coïncidant avec Youm El Ilm, la Journée dédiée au Savoir et à la Connaissance, avec la présence des délégations étrangères des pays participants. De fait donc, la manifestation a déjà débuté. Ce sont les départements Théâtre, Expositions et Colloques qui ont vu leurs activités démarrer. Le coup d’envoi a été donné par Khalida Toumi, ministre de la Culture, qui a assisté, ainsi que de nombreuses personnalités nationales, au rituel de la célébration de la fête du Mawlid Ennabawi animé par des troupes folkloriques de diverses confréries religieuses. Le traditionnel cortège populaire auquel ont pris part des troupes de Aissaoua des wilayas de Tlemcen, Annaba et Constantine, de Sidi Bilal des wilayas de Sidi Bel-Abbes et de Saida et de Diwan Dzair et Manara de Miliana et de Cherchell, a sillonné, dans une ambiance chaleureuse, les grandes artères du centre-ville de Tlemcen. Sur la placette du site historique du Mechouar, située au cœur de la cité, des représentations folkloriques et de danses populaires sous le rythme des tambours et de salves de baroud, ont créé une animation exceptionnelle. Tout aussi exceptionnelle a été l’ambiance qui a régné le lendemain dans la soirée à la Maison de la Culture Abdelkader-Alloula lors du gala musical animé par de nombreux artistes dont Abdou Deriassa, Nada Rihane, Tewfik Benghebrit, Leila Benmrah et l’orchestre symphonique national. Cette fête n’est, en réalité, que le début d’une série d’activités scientifiques, culturelles et artistiques (1) qui s’étendra tout au long de l’année et durant laquelle Tlemcen, le Joyau du Maghreb central, la cité renaissante, va dévoiler des pans entiers de son histoire, de sa musique, de sa littérature, de son architecture, de sa création intellectuelle, de son rayonnement spirituel. Oui, un pan lumineux du long et tumultueux parcours d’une cité algérienne dont l’apport à la culture arabo-musulmane et au-delà à toute l’humanité, est empreint de valeurs fortes, de rigueur, d’espoir et d’universalité 

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(1).- Le coup d’envoi des représentations théâtrales a été donné au début du mois de mars avec la représentation de la pièce intitulée Moudawanat el manchoud beyna el mawjoud wel mafkoud du dramaturge irakien Kacem Mohamed, disparu il y a une année et qui l’avait mise en scène à Alger dans le cadre de la manifestation « Alger, capitale de la culture arabe de 2007 ». Montée par le TNA, la pièce relate le parcours de l’érudit et homme de lettres et soufi Abou Hayyane Ettawhidi qui vécut à Baghdâd dans la souffrance et la tragédie. Un hommage a été rendu au célèbre écrivain Mohamed Dib (1920-2003) à travers le montage de deux pièces : Mille hourras pour une gueuse et Au café Romana.



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