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N° 120 - Avril 2019

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20 août

Congrès de la Soummam du 20 août 1956

Œuvre salvatrice pour structurer la Révolution

Nacer Zenati



Les six fils de la Toussaint, qui étaient à l’origine de cette déclaration (Rabah Bitat, Krim Belkacem, Didouche Mourad, Larbi Ben Mhidi, Mostefa Ben Boulaïd et Mohamed Boudiaf), dont le texte a été tiré dans le domicile même d’un autre fils de la Toussaint, en l’occurrence le défunt Ali Zaâmoum, à Ighil Imoula (en Grande Kabylie), ont convenu à la veille du 1er Novembre, soit une semaine avant de se quitter à Alger, d’organiser un conclave national deux mois et demi après le déclenchement de la Guerre de libération nationale, pour faire le point sur la portée de l’action insurrectionnelle et mettre en place l’organisation devant poursuivre l’action politique et les opérations armées sur le terrain. Sur le terrain, la situation n’a pas évolué uniquement au profit des fondateurs du Front de libération nationale (FLN) et son bras armé l’Armée de libération nationale (ALN). En effet, dès le mois de janvier 1955, Messali El Hadj, et après l’échec du congrès d’Hornu en Belgique, fait irruption dans les maquis, à travers des groupes armés conduits par Bellounis qui, aculé par les coups de boutoir de l’ALN dans la zone 3 (Wilaya III après le congrès de la Soummam) et la zone 4 (Wilaya IV), se retira dans les régions steppiques du Sud algérien, appelée par le FLN, après son premier congrès, Wilaya VI. Il faut dire sur chapitre que l’ALN s’est trouvée devant un deuxième front, celui d’une guerre intime avec son rival et adversaire le MNA. Une guerre d’une extrême violence ayant touché l’ensemble des wilayas, avec des piques de violence en Wilayas III et IV et quelques zones de la Wilaya V. Pour illustrer cet épisode fratricide, il convient de rappeler la mort violente du colonel Ali Mellah et de Si Tayeb Djoughlali, ainsi que le carnage de Melouza, considéré à juste titre ou à tort, aujourd’hui, comme une bavure du colonel Mohamedi Saïd. Il faut ajouter à cette guerre la lutte sans visage que les frères ennemis se livraient, sans répit, sur le sol français pour le contrôle de l’immigration algérienne. La guerre de la représentativité de la Révolution avec un MNA conquérant s’est exacerbée en s’invitant même au Caire, pourtant bien tenue par trois fondateurs du FLN, en l’occurrence Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed et Mohamed Khider, lorsque Messali El Hadj y avait dépêché son lieutenant Chadli El Mekki. Ce dernier perdra toute influence dans cette capitale arabe importante, juste après le congrès afro-asiatique qui s’est tenu du 18 au 24 avril 1955 à Bandung en Indonésie. Sur le terrain de la guerre, l’ALN perdit en quelques mois plusieurs de ses cadres valeureux, dont des chefs de zones, à l’instar de Didouche Mourad, chef de la zone 2, tombé au champ d’honneur, le 18 janvier 1955, lors de la bataille du douar Souadek, Condé Smendou, dans le Nord-Constantinois. Il fut le premier chef de zone à disparaître de cette manière, quelques mois après le déclenchement de la Révolution. Le premier chef de la zone 4, Rabah Bitat, fut aussi remplacé par le colonel Ouamrane, juste après son arrestation le 23 mars 1955. Le chef de la zone 1, le colonel Mostefa Ben Boulaïd, connaîtra à son tour d’autres désagréments, après son arrestation le 23 mars 1955 et son emprisonnement à Constantine. Mostefa Ben Boulaïd n’a pas pu, par ailleurs, participer au congrès de la Soummam, après sa mort qui fut tue pour des calculs de succession à la tête de cette wilaya qui connaîtra des événements sanglants. Il faut dire que l’armée coloniale avait accentué sa pression sur les maquis naissants de l’ALN et les liaisons entre les différentes zones étaient inexistantes. A côté de ces difficultés, le départ du coordinateur des six à l’extérieur, Mohamed Boudiaf, n’a pas eu d’impact pour doter la Révolution d’une structure dirigeante qui agit de concert sur le terrain. Le binôme Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane, qui venait juste de sortir de prison, donnera un nouveau souffle à la Révolution, en compagnie d’un autre historique, encore en activité, à savoir Krim Belkacem. Le binôme, qui était derrière l’essentiel des idées et orientations contenues dans la plate-forme de la Soummam, réussira à doter la Révolution algérienne d’une assise populaire et d’une structure politico-militaire efficace. Outre le découpage des zones qui deviennent wilayas, en secteurs et régions, avec un commandement politico-militaire, et l’unification des grades ainsi que la création des commissaires politiques, le maillage du territoire national, en approfondissant l’influence du FLN, s’est opéré grâce au premier conclave du parti de l’indépendance et de son bras armé l’ALN. La Révolution fut dotée aussi et grâce à ce congrès de ses structures dirigeantes, à savoir le Comité de coordination et d’exécution (CCE) et son organe légiférant, à travers le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA). Ces rappels sont utiles, dans la mesure où les différents belligérants au sein des sphères dirigeantes de la Révolution et même à l’extérieur de ces dernières, et après 54 ans de la tenue de ce conclave important dans la tournure prise par l’événement grandiose du 1er Novembre, ne cessent d’argumenter la légitimité, voire la représentativité du 1er congrès du FLN ou de justifier une position accréditant la thèse faisant de ce conclave historique une simple rencontre de cadres du FLN, en s’arrêtant devant deux points des nombreuses résolutions du congrès tenu en pleine guerre, en Wilaya III, à savoir « la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et du politique sur le militaire ». Certes, la disparition tragique et prématurée du binôme, Ben M’hidi et Abane, scella l’emprise des 3 B (Krim Belkacem, Abdelhafid Boussouf et Lakhdar Bentobal), mettant entre parenthèses ses deux principes contenus dans la Charte, en plus des tiraillements suscités par la désignation du docteur Debaghine comme représentant de la Révolution à l’extérieur. Une décision ayant fait grincer des dents le triumvirat du Caire. Les errements de la direction de la Révolution qui, depuis son exil forcé, s’est trouvée en face à ses propres contradictions et en butte à d’innombrables obstacles, se matérialisant dans certains cas par des mutineries sur les frontières, seront couronnés par la crise de l’été 1962 et une guerre fratricide qui a failli emporter l’acquis majeur du sursaut du 1er Novembre■



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