Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 121 - Juin 2019

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L'ANP

Expertise, efficacité, fiabilité

EPIC-Etablissement des réalisations industrielles de Seriana

Par Farid HOUALI



Parallèlement aux efforts soutenus déployés pour le développement et le renforcement du corps de bataille de l’Armée nationale populaire (ANP), les fabrications militaires, dans leur diversité, ont opéré, ces dernières années, des avancées considérables afin de satisfaire aux besoins des forces armées, tout en contribuant grandement à la redynamisation et au développement de l’économie nationale. À ce titre, l’Etablissement des Réalisations Industrielles de Seriana (ERIS) constitue un des grands pôles industriels de l’ANP. Tout en contribuant au développement des industries militaires, l’établissement répond aux besoins de l’ANP en matière de produits de première nécessité, particulièrement les munitions de petit calibre avec toutes leurs composantes. Placée sous la tutelle du ministère de la Défense nationale et sous l’autorité de la Direction des fabrications militaires, l’ERIS a été inaugurée en 1990. Difficile de ne pas la situer une fois l’entrée de la ville de Seriana est entamée. Mais y accéder n’est pas chose aisée. Sans autorisation émanant au préalable du MDN, il ne faudrait même pas s’y aventurer. Pour notre cas, le motif de notre visite est déjà signifié à la direction de l’ERIS. Face à un portail superbement fait, nous sommes tout de suite attirés par le portrait de l’un de ses valeureux enfants de la région ayant fait parler de lui durant la Glorieuse révolution de Novembre. Il s’agit du chahid Ammar Nasraoui dit Ammar El-Raffel dont l’établissement porte le nom, depuis mai 2014. Une fois le portail franchi, notre attente ne dure que quelques minutes. Nous sommes tout de suite confiés aux commandants Benarour Nabil et Chelghoum Abderrezak. Ces derniers nous guident dans cet immense espace vers le lieu de notre séjour. « Demain sera un autre jour », nous dit-il.

 Dans l’univers des « experts »

Nous sommes dimanche, premier jour de la semaine. Le froid glacial des Aurès n’empêche pas le personnel de l’ERIS qu’il soit civil ou militaire, de rejoindre son atelier. Á 7h 50, tout le monde est présent. Le début d’une autre journée « ordinaire » à l’ERIS. Ordinaire ? Pour ses habitués, oui, mais pas pour nous qui y mettons les pieds pour la première fois. Premier rendez-vous : le directeur général de l’ERIS, le général Mohamed Rehamnia, nous attend dans son bureau. Une occasion de bien « connaître l’ERIS ». «Notre établissement a été érigé en établissement public à caractère industriel et commercial en 2009 par le décret présidentiel n° 09-132 du 27 avril 2009, l’établissement relève du secteur économique de l’ANP, doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, régi par les règles applicables à l’administrations dans ses relations avec l’état et est réputé commerçant dans ses rapports avec les tiers selon le décret présidentiel n° 08-102 du 26 mars 2008», nous dit-il d’emblée. Dans ses relations avec les autres acteurs, au regard de son domaine d’activité, l’ERIS veille à la concrétisation d’une industrie de défense, à la satisfaction des besoins de soutien multiforme de l’ANP, au renforcement de ses capacités productives et à sa qualification. L’établissement assure le transfert des technologies de défense, leur développement et leur maîtrise, encourage l’industrie militaire et oeuvre au renforcement de son intégration dans le tissu industriel national. L’ERIS est principalement spécialisé dans la fabrication des munitions de petit calibre visant à répondre, en premier lieu, aux besoins de l’ANP ainsi qu’à d’autres institutions comme la Sûreté nationale et la Douane. La fabrication de munitions de petit calibre représente, en effet, le nerf conducteur de cet établissement. D’ailleurs en compagnie du colonel Mohamed Araoubia, directeur général adjoint de l’ERIS, nous avons pu assister aux différentes étapes de fabrication de munitions puisque notre première halte était la direction de production de munitions (DPM). Sur place, le lieutenant-colonel Salim Merraissia nous explique dans le moindre détail, « tout le processus » de fabrication de munitions, jusqu’à la mise en boites « la phase finale ». Dans les ateliers équipés de machines ultra sophistiqués, les PCE (personnels civils économiques) interviennent en véritables professionnels maîtrisant, chacun son domaine. Loin d’être « perturbés » par notre « intrusion », certains d’entre eux, approchés, nous ont assuré que l’ERIS constitue leur « fierté ». Mais comment un civil peut-il maîtriser avec autant de perfection un domaine qui relève des militaires ? La réponse est simple. « Cela résulte de la formation qui nous a été dispensée au niveau même de l’ERIS et dans des établissements spécialisés », nous dit-on. « La formation du personnel constitue une priorité pour l’ERIS », nous assure à ce propos Debbache Rahmani, chef de département de gestion et administration des personnels. L’ERIS dispense en effet, selon les explications du même responsable, un « programme de formation continue et permanent » au profit des personnels militaires et civils et ce, à travers l’organisation de séminaires et de stages qui touchent différents domaines : économique, commercial, financier, technique, gestion des ressources humaines. En outre, et dans le cadre de partenariat, les personnels de l’ERIS sont formés dans des instituts agréés de haut niveau aussi bien étatiques que privés. Concernant le domaine technique, la formation est assurée à l’Ecole militaire polytechnique de Bordj El Bahri et au sein des universités avoisinantes (Batna, Annaba et Biskra). Debbache Rahmani a évoqué à ce propos un « plan annuel de formation » établi au profit du personnel. Ce même plan a englobé une quinzaine d’opérations au cours de l’année précédente. L’objectif principal est de constituer une main-d’œuvre compétente et professionnelle, adaptée aux nouvelles technologies dans le secteur industriel et d’accroître la rentabilité et la compétitivité de l’établissement. Aussi, et dans le domaine de la recherche, l’ERIS dispose de sa propre unité de recherche et développement. Jouissant d’une autonomie financière totale, elle est chargée de la recherche pour le compte de l’établissement. « Dans le monde d’aujourd’hui, caractérisé par l’évolution et les changements permanents sous l’effet des innovations technologiques, la recherche-développement constitue un outil capital et vital pour un établissement avide de rester au diapason de ces développements », assure à ce propos le général Mohamed Rehamnia.

 La balade « continue »

Au sein de l’ERIS, rien n’est laissé au hasard. Le personnel, faudrait-il le souligner, est pris totalement en charge en matière de transport et de restauration. En effet, outre un parc roulant « transport du personnel » composé d’une vingtaine de bus assurant des navettes d’une centaine de kilomètres à la ronde, l’établissement dispose de 7 salles de restauration toutes équipées. Et afin d’assurer la continuité des chaînes de production, la restauration se fait en groupes. Les plats sont servis de 11h jusqu’à 12h30 y compris dans les annexes. « Le menu hebdomadaire est affiché chaque premier jour de la semaine », nous explique-t-on. Un petit tour dans les salles de restauration permet de constater de visu que l’hygiène fait l’objet d’une vigilance à toute épreuve, en amont et en aval, c’est-à-dire de l’approvisionnement jusqu’au plat servi. Direction, médecin, et chef de restauration y veillent particulièrement durant tout le processus. Les provisions sont stockées dans des magasins salubres, répondant aux normes d’hygiène requises par les services de la santé militaire, de même que des chambres froides sont disponibles pour les produits frais tels la viande, le poulet, ou encore les fromages, les laitages et les produits qui en sont dérivés, lesquels ne sont sortis de leur endroit de conditionnement que pour la cuisson afin d’éviter la rupture de la chaine de froid susceptible de provoquer des avaries dans la nourriture et donc des intoxications alimentaires, voire des pathologies aux conséquences graves. Fait marquant, l’ERIS « fabrique » son propre pain puisqu’il dispose de sa propre boulangerie. Des gâteaux et confiseries y sont confectionnés pour les différentes occasions.

Aussi, le volet santé et prévention est pris en compte à l’ERIS qui dispose d’une « infirmerie » équipée d’une vingtaine de lits. « Nous assurons à notre niveau les premiers soins à nos personnels en cas d’accident de travail », assure le médecin de l’ERIS, le Dr Zineb Harkat, secondée dans ses tâches quotidiennes par un sous-officier de la santé militaire. «Au cas où notre structure est « dépassée », le patient est transféré sur-le-champ à l’EPSP de Seriana sinon vers le CHU de Batna. Pour ce faire, l’infirmerie dispose de trois ambulances. Dans l’étendue de ses «missions », l’infirmerie via son médecin-chef est habilitée à accorder des congés de maladie, tout en respectant la législation en vigueur», souligne encore le Dr Harkat dont l’ERIS assure également une mission « humanitaire » puisqu’il organise deux fois par an des collectes de sang au profit du CHU de Batna. Pour rester dans le domaine de la santé publique, il faut dire qu’à l’ERIS le respect de l’environnement est également une « priorité ». D’ailleurs, on ne peut être indifférent à la propreté des lieux. En effet, une petite virée en compagnie de nos officiers à travers les allées de l’établissement, nous a permis d’avoir une idée précise du décor fascinant s’offrant à nos yeux. Des espaces verts bien aménagés et entretenus, un entourage bien sauvegardé donne véritablement l’envie d’y rester. D’ailleurs, des bacs à ordures sont visibles au moindre recoin. « Un environnement sain, il n’y a pas mieux », nous assure le capitaine Mohamed Cherif Ben Saïd, chef du département sécurité et hygiène industriel à l’ERIS où est d’ailleurs implantée une station d’épuration des eaux. Comme son nom l’indique, la station a été conçue dans le but de traiter toutes les eaux industrielles parvenant des ateliers. « Cette eau est filtrée selon des procédés chimiques », affirme le capitaine Ben Saïd. Elle sert par la suite pour l’irrigation des espaces verts de l’ERIS ainsi que pour divers lavages.

 Un fleuron de l’industrie militaire

La création de l’ERIS a été lancée en tant que projet à la suite de la signature d’un contrat de coopération avec l’opérateur chinois Norinco, en juin 1983. La ville de Seriana, relevant de la wilaya de Batna, a été désignée comme le siège de cet établissement. L’aménagement des travaux publics, la formation des personnels et la signature des conventions avec les différents partenaires nationaux et étrangers se sont prolongés jusqu’en 1990 pour, enfin, donner naissance à l’Entreprise des Réalisations Industrielles de Seriana et sa mise en production. Au début, l’ERIS produisait seulement les munitions de petit calibre avec toutes leurs composantes, puis, à compter de 1993, l’établissement s’est lancé dans la fabrication des groupes électrogènes de différents modèles. L’année suivante, l’ERIS a enregistré une croissance importante dans la production de munitions de différents calibres. En 1998, l’ERIS a finalisé le premier prototype de stands de tir ainsi que la fabrication de grenades. En 2009, il a été décidé d’annexer les trois unités de production (Arris, Sedrata et Mascara) de l’ex-ENAQS auprès de l’ERIS.

Dans le but de répondre aux besoins croissants de l’ANP et d’être au diapason du progrès technologique, l’ERIS s’est engagée dans la diversification de sa gamme de produits qui sont d’une grande importance pour les différentes unités de l’ANP, notamment les coffrets souvenirs pour l’ANP, la fabrication de différentes médailles, les insignes et les grades métalliques. L’établissement fournit également une gamme de produits divers à usage militaire ou civil, à l’instar du mobilier paramédical, des fixateurs orthopédiques, pièces de rechanges, des instruments de contrôle et outillages spécifiques, des produits de fonderie et des panneaux photovoltaïques. Concernant les explosifs, des pétards sonores sont produits au profit de la Société de transports ferroviaires utilisés comme signal sonore pour les trains ainsi que des allume-torches, indispensables dans les forages gaziers et pétroliers, aussi, l’ERIS s’est attaqué à l’étude, à la conception et à la réalisation de différents types de stands de tir du simple jusqu’aux simulateurs pour l’entrainement et la préparation aux combats.

L’établissement s’est aussi lancé dans la fabrication de tribunes d’honneur. En charpente métallique légère, la structure porteuse est composée de modules assemblés selon les capacités d’accueil voulues. Cette dynamique a permis à l’ERIS d’occuper une place importante et de répondre à une part considérable du marché national, au point de devenir un établissement leader dans la fabrication de plusieurs produits selon les normes internationales. « Notre objectif principal, en plus de rentabiliser l’investissement consenti, est de répondre aux besoins exprimés par notre armée », assure le premier responsable de l’ERIS, le général Mohamed Rehamnia. Pour ce faire, notre interlocuteur affirme que la « créativité ne manque pas à l’ERIS » qui cumule déjà un capital « expérience d’une trentaine d’années ». « Nos personnels sont conscients des défis à relever, et c’est fait. Aujourd’hui, de l’avis même de nos partenaires, notre établissement est leader dans son domaine d’intervention. L’établissement développe des produits haut de gamme », s’est-il félicité relevant que l’ANP et les corps constitués ne sont pas les seuls et uniques « clients » de l’établissement. L’ERIS exporte, en effet, de nombreux produits vers les pays frères, et a participé dans plusieurs foires d’expositions à l’étranger. L’ERIS contribue ainsi et de manière efficiente au développement de l’économie nationale et à la satisfaction de la demande du marché, ce qui permet à l’institution militaire, en particulier, et à l’Algérie, en général de réduire l’importation de nombreux produits et, donc, de faire des économies substantielles en devises. Ceci, outre sa contribution au développement du tissu industriel national et à la création de milliers de postes d’emploi. « Les établissements relevant de la DFM/MDN contribuent également de manière directe au développement local des régions où ils sont implantées. Pour le cas de notre établissement, sa participation dans la résorption du chômage est, ainsi, de plus en plus importante. Faire travailler un peu plus de deux mille personnes, n’est pas peu », souligne notre interlocuteur.

 F. H.

 

Le général Mohamed Rehamnia

Modestie et clairvoyance 

 «L’extraordinaire nous attire un instant, la simplicité nous retient plus longtemps, parce que c’est en elle seule que réside l’essentiel », disait Garry Winogrand. En effet, à force de côtoyer nos officiers supérieurs, tous corps constitués confondus, l’on se rend compte que ces derniers sont « lésés » par nos jugements sans fondements. Au final, ces derniers ne sont-ils pas issus du peuple ? «Nous le sommes et nous le resterons », assure le général Mohamed Rehamnia, directeur général de l’établissement des réalisations industrielles de Seriana (ERIS), depuis 2011. D’ailleurs, il a veillé personnellement à ce que notre passage à l’ERIS ne soit pas oublié de sitôt. Et ce ne sera pas le cas. Le général Mohamed Rehamnia comptabilise plus de 40 ans de carrière militaire. « L’ANP m’a tout donné », dit-il fièrement. Sans trop vouloir s’attarder sur sa carrière, il affirme cependant, que rien n’est plus réjouissant que d’être au service de sa patrie. « Nous n’avons pas d’autre patrie que l’Algérie. Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour ce pays. Nous avons des potentialités qu’il faut exploiter et notre richesse réside en notre jeunesse. Seulement le progrès se crée. Nous n’avons d’autre choix que de retrousser les manches », lâche-t-il. Ces mots se veulent également « un message » pour tous les jeunes officiers de l’ANP. Des mots qui en disent long sur l’abnégation de nos « militaires ». Ce patriotisme, le général Mohamed Rehamnia l’a « hérité » de nos valeureux moudjahidine qu’il a eu « l’honneur » d’avoir croisés dans son enfance à la base de l’est de l’ALN. « Je n’avais que sept ans à cette époque mais je vous assure que je garde encore en mémoire certains de ces hommes qui ont marqué en lettres d’or à jamais l’histoire de l’Algérie», témoigne-t-il. Il garde aussi des souvenirs d’une période difficile vécue par les Algériens à cette époque-là. D’ailleurs, le général Mohamed Rehamnia a dû attendre un âge avancé pour pouvoir prendre le chemin de l’école pour la première fois, cela n’avait en aucun cas constitué un obstacle pour la réussite « Déterminé », le jeune Mohamed Rehamnia, décroche son bac en 1976 puis il choisit d’intégrer l’ANP,

et obtient son diplôme d’ingéniorat en 1981. Depuis, le DG de l’ERIS aura parcouru un long chemin au sein de l’ANP jusqu’à ce qu’il soit promu général en 2016. Satisfait de ce qui a été accompli jusque-là ? Á titre personnel, peut- être mais pas en tant que premier responsable de l’ERIS. « L’ERIS grâce à l’implication de tous ses travailleurs est certes une référence dans son domaine, 30 ans après sa création. Cela résulte, faudrait-il le souligner, des orientations de la tutelle et du Haut commandement de l’ANP. Á ce propos, la DFM a vu loin. On ne croit qu’à la perfection. Il n’est pas question de s’arrêter en si bon chemin. Bien au contraire. Un long parcours reste à faire et on ne ménagera aucun effort pour que l’ERIS aille toujours de l’avant», affirme notre interlocuteur. C’est dire que le général Mohamed Rehamnia veille au petit grain. D’ailleurs, affirment ses proches collaborateurs, il n’est pas rare de le croiser, faisant les allers et retours de l’ERIS. « Travailler est ma vie », ne cessait-il de nous répéter.

 

  F. H.

 



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