Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 122 - Sep 2019

Go

L'ANP

Le management, le sérieux et les hommes

Complexe d’habillement chahid- Ahmed-Assous de Bouchegouf

Par Tahar MANSOUR



Fournir en continu l’habillement et tout ce qui l’accompagne à tous les corps d’armée, aux services de sécurité et aux autres corps constitués n’est pas chose aisée et pour parvenir à répondre à cette demande, importante et diversifiée, la Direction des fabrications militaires (DFM) relevant du ministère de la Défense nationale a mis tous les atouts de son côté. Pour ce faire, la DFM a commencé par créer des unités de production spécialisées avant de les doter d’un matériel sophistiqué de dernière génération. En outre, le choix des hommes appelés à diriger ces unités modernes et très performantes a été la colonne vertébrale de cette stratégie. C’est le cas de l’unité d’habillement de Bouchegouf, dirigée par le lieutenant-colonel Lounès Derouiche. A vocation générale mais particulièrement dans les effets de sortie en plus d’autres gammes, comme les tenues de combat, les gilets pare-balles, les casques de combat et les souliers destinés à l’entrainement des nouvelles recrues, l’unité, mise en service en 1987 sur une superficie de 10 hectares, figure parmi les plus importantes filiales de l’Etablissement d’habillement et de couchage (EHC), établissement à caractère industriel et commercial.

Compétence et modernité

Pour mener à bien ses missions, le lieutenant-colonel Lounès Derouiche s’est entouré d’une équipe mixte, composée de militaires et de civils, aux compétences avérées et d’un personnel de maitrise et d’exécution civil, à la dextérité inégalée portée par des avantages substantiels et des prises en charge sociales multiples qui pousse tout le monde à s’acquitter de sa tâche avec amour, sérieux et de manière professionnelle. Employant un effectif de 930 personnes, un nombre très important, dont 95% sont des civils issue de la région, l’unité de Bouchegouf est installée dans une région située à équidistance entre quatre wilayas, Guelma dont elle dépend administrativement, Souk-Ahras à une quarantaine de kilomètres, Annaba à environ 50 km et El Taref à près de 70 km. Essentiellement agricole, l’installation de cette unité a été accueillie avec satisfaction par la population des quatre wilayas en quête d’emploi d’autant que la plupart des employés sont des femmes, le secteur de la confection le voulant ainsi.

Concernant le matériel, l’unité a acquis un nombre très important de machines modernes qui facilitent le travail des employés, augmentent la rapidité d’exécution et assurent une finition selon les normes internationales. L’utilisation de matières premières de qualité constitue une autre plus-value pour l’unité qui fournit à ses clients des produits de grande facture du fait que l’EHC s’est dotée d’un laboratoire d’analyse physico-chimique et de deux stands de tir pour les essais balistiques.

 Une organisation optimale

Afin de répondre au mieux aux exigences de sa mission, l’unité de Bouchegouf est divisée en trois entités internes:

Le magasin central de réception: c’est un espace réservé à la réception de toutes les matières premières entrant dans la fabrication des différents produits. Dès sa réception, la matière première, toutes catégories confondues, subit un contrôle de qualité très poussé pour la vérification de sa conformité avec le cahier des charges et les clauses des contrats d’achat, ainsi que le métrage et le comptage des différentes pièces.

La coupe : c’est là où sont effectuées la coupe et la découpe des différentes pièces entrant dans la composition des différents produits d’habillement. Une machine moderne de dernière génération a été acquise par l’unité pour la coupe des pièces de manière automatique, ne nécessitant qu’un personnel réduit car conduite par ordinateur. Deux autres machines manuelles sont utilisées en parallèles, qui nécessitent un personnel assez nombreux et qui viennent en appoint à la première entièrement automatisée. Le maintien de ces deux modes manuels obéit aussi à un souci social pour éviter la perte de postes de travail et, de là, l’augmentation du chômage dans la région.

Les chaines de production: il existe plusieurs chaines de production, extensibles, composées, chacune, de trois groupes.

La préparation : mise en paquet de chaque genre de pièce et leur préparation pour l’assemblage.

Le montage : qui consiste en l’assemblage de chaque pièce à sa place dans l’habit.

La finition : c’est la dernière phase qui est confiée à un personnel très compétent qui s’occupe de donner la forme finale au produit.

Entre chaque phase de la chaine de production et même à l’intérieur des groupes, un contrôle pointu est exécuté par des employés qui décèlent toute erreur de quelque nature qu’elle soit. L’article contenant des malfaçons est systématiquement rejeté pour subir les corrections nécessaires.

En plus de ces chaines d’habillement proprement dites, l’unité dispose d’une chaine de fabrication de chaussures légères réservées aux nouvelles recrues pour la période d’instruction. Pour l’instant, un seul modèle est produit dont la semelle est réalisée par injection plastique.  Enfin, le dernier atelier de production concerne la production de deux articles de protection balistique : la plaque de protection balistique et le casque de combat en matériaux composites.

Hygiène et sécurité

Déjà dès l’entrée, le visiteur de l’unité d’habillement de Bouchegouf se sent imprégné par la propreté des lieux qui ne souffre aucun laisser-aller ou oubli. Les moindres recoins sont nettoyés et tous les détritus ramassés à intervalles réguliers par un personnel affecté spécialement à cette tâche, nous révèle le directeur commandant de l’unité. C’est aussi le cas à travers l’administration et les ateliers qui disposent de toutes les conditions pour l’enlèvement immédiat des déchets produits.

Utilisant des produits hautement inflammables, et pour parer à tout risque d’incendie, des éléments de la protection civile, disposant d’un poste équipé d’un camion anti-incendie, sont disposés en des endroits stratégiques. D’ailleurs, de gros extincteurs sont visibles partout à travers l’enceinte de l’unité ainsi qu’à l’intérieur des différents ateliers.

Le gardiennage est aussi assuré conjointement par des militaires et par des agents spécialement formés pour cette mission de protection de ce site militaire qui nécessite des précautions supplémentaires et un dispositif de sécurité ad-hoc.

Couverture sociale des travailleurs

Les employés de l’unité d’habillement de Bouchegouf bénéficient d’une couverture sociale complète, nous assure le lieutenant-colonel Derouiche. Déjà le transport, assuré vers les quatre wilayas d’où sont issus les travailleurs, est un atout majeur qui permet à l’unité d’enregistrer un taux d’absentéisme très faible et permettant aux travailleurs d’arriver frais et dispos à leurs postes. Il y a aussi les dépenses pour le transport qui constitueraient une charge importante pour eux s’ils devaient rejoindre l’unité par leurs propres moyens. La cantine, où des repas complets leur sont servis, est un autre avantage et non des moindres, dont bénéficient les travaillent et qui leur permet de prendre leur déjeuner au sein même de l’unité. « Si nous devions manger dehors, nous ne nous en sortirions pas, aussi bien pour le côté pécuniaire que pour celui de l’hygiène qui est autrement plus important », nous confie un travailleur rencontré à l’intérieur de la cantine. Le repas ne manque d’aucun élément nutritif.

Toujours au niveau de l’unité, les travailleurs disposent d’un centre de soins avec un médecin et une équipe paramédicale toujours présente pour les premiers soins et le suivi médical régulier auquel ils sont soumis.

Outre les primes de rendement collective et individuelle dont ils bénéficient au prorata de leurs efforts et de leurs rendements, les travailleurs peuvent prétendre à des prêts remboursables par petites tranches ainsi qu’à des dons lors de la circoncision d’un de leurs enfants, de naissances, de mariage ou d’autres circonstances nécessitant un apport financier assez important.

 Visite guidée de l’unité

Quoi de plus vrai que la réalité ? Afin d’avoir une idée précise de la qualité du travail, de sa précision, des efforts fournis par tous les intervenants, le directeur de l’unité d’habillement, le lieutenant-colonel Lounès Derouiche, nous accompagne, avec son staff, pour une visite complète de l’unité, du début jusqu’à la fin d’un processus qui transforme le tissu, les composants diverses, le plastique, le fil, les boutons et bien d’autres produits encore en de très belles tenues de sortie pour les militaires de tous grades, les gendarmes, les policiers, etc.

Le magasin central : il est si grand et si haut qu’il arrive à contenir toute la marchandise dont a besoin l’unité pour une autonomie d’un mois ou peut-être plus. A l’intérieur, il n’y a pas beaucoup de monde, juste deux ou trois hommes qui rangent et arrangent le magasin. Un autre est occupé à contrôler les produits pour voir s’ils sont conformes aux cahiers des charges.

L’atelier : Immense, des dizaines d’hommes et de femmes sont affairés à des tâches diverses.

La découpe : Nous suivons notre guide jusqu’à une grande machine, la machine à découpe assistée par ordinateur. Il n’y a autour d’elle que quatre employés: deux ajustent le tissu, un autre vérifie le « matelas » et le dernier est derrière le pupitre pour surveiller et régler les différentes actions grâce aux touches de l’ordinateur. Une scie coupe le matelas de tissus selon des standards préétablis et calculés de manière très précise par l’ordinateur. Le gain en précision, en temps et en personnel est très élevé, en plus du fait qu’il y a moins de déchets, ce qui rend cette machine très performante. Juste à côté, deux autres équipes procèdent à la coupe mais de manière manuelle et utilisent une scie électrique alors que deux employés, spécialement formés, tracent le pourtour à couper. Chaque groupe, pour la découpe manuelle, nécessite jusqu’à une dizaine d’employés et la vitesse ainsi que le nombre de pièces sont loin derrière la machine automatique.

La préparation : Les pièces découpées sont remises aux groupes de préparation au début des chaines de production. Les trois chaines travaillent selon un même schéma, commençant par la préparation, avec bien entendu des pièces différentes selon le produit à fabriquer. Des hommes et des femmes sont affairés qui à repasser les pièces selon certains plis, qui à coller des pièces entre elles. Personne ne parle avec son camarade ni ne lève la tête, juste un regard quand nous passons devant eux, ils répondent à notre salut et continuent leur travail. Le directeur précise que chaque employé dispose d’une fiche de production que nous voyons accrochée à la machine sur laquelle est porté le nombre de pièces qu’il a produites durant la journée. Ce nombre servira aussi à calculer sa PRI.

Le montage : Les pièces préparées atterrissent chez le groupe chargé du montage des éléments les uns après les autres. Là, le groupe est plus important et chaque rangée s’occupe d’une opération, passe son travail à celle de devant qui exécute l’opération suivante et ainsi de suite.

La finition : Après le passage aux mains expertes des couturiers et couturières, et comme par magie, les morceaux de tissus que nous voyons s’agiter d’un endroit à un autre se métamorphosent en pantalon, en chemise, en blouson, en vareuse, en casquette, en képi… A la fin, le dernier groupe de la chaine de production contrôle « sous toutes ses coutures » (c’est le cas de le dire) chaque produit, coupe les fils en plus, recherche la moindre imperfection avant de le remettre au repassage pour certains ou directement à l’empaquetage pour les autres. Chaque chaine est extensible selon les besoins exprimés par les clients et le produit commandé.

Production de casques et de plaques de protection balistique : Au sein de cette section, nous entrons de plain-pied dans la production des articles de protection contre les balles. Dès l’entrée du hangar aux dimensions beaucoup plus modestes que celui où nous nous trouvions, une machine sophistiquée est placée juste devant la porte d’où se dégage de la chaleur et qui comporte des avertissements concernant la très forte chaleur qui s’en dégage. Le directeur de l’unité nous apprend que cette machine sert à la fabrication des casques pour les militaires. Ces casques sont fabriqués à base d’un tissu synthétique appelé « kevlar », cinq fois plus résistant que l’acier, précise-t-on. Dans une grande salle, des femmes sont occupées au matelassage à l’aide d’un chariot automatique et d’autres les suivent pour la coupe et l’imbrication des pièces les unes avec les autres pour la formation de kits comptant chacun 23 pièces pour réaliser un casque. Après un passage au four pour éliminer toute humidité, arrive la phase de compilation à l’intérieur d’un pré-moule, avec, entre chaque phase, des opérations intermédiaires de contrôle. Une fois toutes ces opérations terminées, le produit passe au moulage à l’intérieur de la machine sophistiquée que nous avions vue à l’entrée. Le casque est placé dans un moule et, sous pression et à une température assez élevée, la résine est instillée à travers les fibres du kevlar, avant de subir un refroidissement rapide. Une fois moulé, le casque passe dans la « water jet », une machine qui le débarrasse de tout ce qui est superflu, lui donnant ainsi la forme du casque fini, grâce à un jet d’eau mêlée de sable abrasif d’une puissance de 3600 bars. Après cela, le casque passe à la peinture et à la pose du harnais en utilisant des moyens modernes. Mais avant de déclarer le casque conforme aux normes admises et avant de délivrer un certificat de conformité, un casque pris comme témoin subit des essais balistiques avec une balle et des éclats au sein du laboratoire balistique installé au sein même de l’unité.

Pour la plaque de protection devant être incluse au gilet pare-balles, les phases de production passent par le même process, mais avec, en plus, le passage par l’autoclave industriel qui procède au collage d’une plaque de céramique avec le baking qui est fait à base de kevlar et de résine, tout comme le casque. La plaque de protection subit, à son tour, des essais balistiques pour être certifiée conforme.

 Sérieux, amour du travail et qualification

Au cours de notre périple à travers les différents ateliers de production de l’unité habillement de Bouchegouf, nous avons remarqué un sérieux exemplaire dans le travail. Les employés des deux sexes sont à leurs postes et le travail se fait sans aucun problème. La relation entre les travailleurs et le directeur est caractérisée par un respect mutuel plutôt que par la peur du supérieur hiérarchique, les paroles échangées lors de notre passage démontrent d’une présence régulière, d’une connaissance des techniques de fabrication et, surtout, d’un management performant de la part du premier responsable de l’unité de production et de son staff administratif et technique. La discipline est de rigueur mais elle est empreinte de respect mutuel.

L’autre atout de l’unité demeure la présence d’un personnel hautement qualifié, d’un matériel très performant et l’utilisation de matières premières de qualité, en plus du travail précis réalisé par chaque intervenant dans toutes les phases de production. Enfin, il ne faut pas oublier de signaler l’existence d’un bureau d’études chargé de l’élaboration des tenues militaires suivant des normes nationales bien établies et qui suit, pas à pas, la production depuis la réception de la matière première jusqu’à la finition.

T. M.

Lieutenant-colonel Lounès Derouiche,

Militaire, gestionnaire et humain

Gérer de manière équilibrée une unité de ce genre, concilier les obligations de gestionnaire, les exigences des clients et les intérêts des travailleurs n’est pas chose aisée et nécessite des qualités spéciales. Le lieutenant-colonel Lounès Derouiche est l’un de ces hommes avec, en plus, une connaissance parfaite de l’unité pour y avoir occupé divers postes avant d’être nommé directeur. La gentillesse innée du lieutenant-colonel Lounès Derouiche, son sens du contact humain, son patriotisme et ses compétences de gestionnaire se voient à travers le respect que tous les travailleurs lui vouent, à travers l’autodiscipline à l’intérieur des ateliers où évoluent près d’un millier d’employés des deux sexes et aussi à travers la propreté et l’hygiène qui règnent dans tous les coins et recoins de l’unité. Le lieutenant-colonel Lounès Derouiche possède une solide expérience dans la gestion de ce genre d’établissements puisque, après avoir suivi sa scolarité primaire, moyenne et secondaire à El Milia (Jijel), il s’inscrit à l’Enita où il reste de 1993 à 1996 et obtint un diplôme de technicien supérieur en chimie analytique. Aussitôt ses études terminées, il est muté au complexe du Caroubier en qualité de chef de division de contrôle qualité où il reste jusqu’en 2000. Le complexe de Bouchegouf l’accueille de 2001 à 2006 en qualité de responsable du laboratoire balistique et contrôle de la qualité. Toujours à l’unité de Bouchegouf, il occupe le poste de chef de division contrôle de qualité. En 2008, il obtient l’autorisation de s’inscrire à l’université Mentouri de Constantine pour continuer ses études universitaires. Il décroche en 2012 un diplôme d’ingénieur d’Etat avec mention et réintègre l’ANP où il occupe le poste de cadre au sein de la Direction des fabrications militaires au niveau du ministère de la Défense nationale. Une année plus tard, il est nommé directeur de l’unité de production d’El Madher (Batna) où il reste de 2013 à 2017, puis directeur du complexe de Bouchegouf de 2017 à ce jour. Le lieutenant-colonel est marié et père de quatre enfants.

 

 T. M.



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Tahar MANSOUR

Les plus lus

L’Algérie avant tout
AMMAR KHELIFA.

Air Algérie
Par Tahar MANSOUR.

L’offensive de Sonatrach
Par Salim FAROUK.

Abdelmadjid Tebboune
Par Tahar MANSOUR.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya De Annaba

Version PDF