Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 120 - Avril 2019

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L'histoire de l’ALN

Le chahid Mohamed Bouzidi dit « Ogb Ellil »

Cet homme respirait la bravoure

Par Mohamed Mebarki



L’histoire que je vais vous relater avait eu comme théâtre une dechra près de Sabra, quelques mois après le déclenchement de la lutte armée. Bien que saisissant parfaitement la portée irréversible de l’insurrection du Premier novembre, le commandement de l’armée coloniale n’avait reculé devant aucun moyen répressif dans le but de changer le cours de l’histoire. Parallèlement aux tueries, à la torture et à toutes sortes d’exactions, les services psychologiques de l’armée française avaient, à leur tour, concentré leurs efforts dans la divulgation des contrevérités concernant ces Algériens qu’elle considérait comme de simples « hors-la-loi » qui seront vite mis hors d’état de nuire. Jusqu’à ce qu’ils soient renversés par l’Histoire, les généraux français avaient toujours nié l’évidence. Dans cette histoire, l’un des vétérans de la guerre de libération nationale est appelé à jouer un rôle déterminant dans la neutralisation des opérations d’intox menée par le colonialisme au niveau de cette dechra, sans tirer une seule balle et sans la moindre intention de diriger des représailles contre une population convaincue par l’idée du combat mais fortement exposée à la pression coloniale, ce qui a poussé certains à montrer des signes d’hésitation. La chahid Mohamed Bouzidi venait d’être informé qu’il y avait un individu qui ne cessait pas de colporter une image négative de l’ALN parmi les paysans de la dechra et que cela devenait trop risqué pour le moral des gens. Des vois s’élevèrent et chacun exposa une solution pour mettre fin aux agissements de l’élément démobilisateur. Un moudjahid est allé jusqu’à proposer l’exécution, adoptant ainsi une position radicale qui, selon lui, servira d’exemple à tous ceux qui seraient tentés par l’égarement. Lorsque tout le groupe eut donné son avis, le chahid Mohamed Bouzidi, surnommé aussi « Ogb Ellil », prit la parole en joignant presque simultanément les mots aux actes. Il réunit ses hommes et, dans un discours bref et précis, il leur ordonna d’organiser une descente avec « armes et bagages » à la dechra et d’exposer aux yeux de tout le monde la véritable image de l’ALN ; une armée bien organisée et très disciplinée. Le lendemain, la population de la dechra eut droit à une véritable parade durant laquelle les valeureux combattants de l’ALN démontrèrent devant les yeux de paysans ébahis, toute la force de conviction que partageaient ces hommes déterminés à mener leur mission sacrée à terme. Ce n’est qu’un trait saisi à cette formidable personnalité que dégageait « Ogb Ellil ». Un homme entièrement convaincu par le contenu de la cause nationale et un militant intégralement dévoué au combat libérateur. Un homme qui a côtoyé Ben M’hidi, Boussouf et Boumediene et un dirigeant à la volonté inébranlable qui a réussi pleinement son devoir patriotique. Ceci n’est pas une anecdote mais la preuve irréfutable que l’ALN était réellement une armée loyale qui tirait sa légitimité du peuple algérien et une armée dirigée par des officiers de haute valeur morale. Le chahid « Ogb Ellil » se chargea de le démontrer en grandeur nature. La parade historique avait regonflé les combattants à bloc et rassuré définitivement la population de la dechra. Organiser une parade militaire dans la région de Sabra en 1955 tout en évitant de provoquer un accrochage « inutile » avec l’occupant relève tout simplement de deux choses : la conviction et le génie révolutionnaire qui autorisent parfois de grands succès avec peu de moyens. Cet exemple exprime la grandeur de ces hommes qui ont imposé le respect même à l’ennemi. Lors d’un de ses moments de « recueillement » où il aimait marcher seul et réfléchir loin de tout le monde, il fit une rencontre avec un homme âgé en train d’exprimer son désarroi, à genoux et observant douloureusement son champ d’avoine périr. Le vieux était fatigué et sa santé ne lui permettait pas de labourer le champ. En plus, il n’y avait que des femmes dans la famille ! Quel gâchis ! « Ogb Ellil » écouta attentivement le vieux et le lendemain, sans prévenir, il descendit avec une dizaine d’hommes qui labourèrent le champ d’avoine en un temps record avant de se retirer sous les ordres du chahid « Ogb Ellil ». L’indépendance a été acquise grâce à ces hommes que le maquis et la clandestinité n’ont jamais coupés du peuple.



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