Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 119 - Fev 2019

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Grands Chantiers

Cherif Rahmani entame le redéploiement

Au-delŕ du constat

Par Ammar Belhimer



Chérif Rahmani, ministre de l’Industrie, de la PME et de la Promotion de l’investissement, a procédé fin septembre dernier à l’installation d’une task force, au siège du CNES. Il l’a définie comme un « groupe libre de réflexion » composé de fonctionnaires, de chefs d’entreprises, de représentants d’organisations patronales publiques et privées, d’organisations syndicales, d’économistes et de juristes. La mission qui leur a été dévolue : trouver un référentiel partagé de substitution au développement rentier, exclusivement importateur, grâce à un nouveau régime de croissance basé sur une offre suffisante et qualitative de biens et de services produits localement.


Lundi 19 novembre, le groupe remet son rapport qui se décline en un état des lieux, une stratégie de relance et des préconisations concrètes.
L’état des lieux atteste de trois grands constats : primo, une industrie nationale en souffrance mobilisant un secteur public peu performant et un secteur privé réduit à sa portion congrue ; secundo, et en conséquence de cela, des déficits commerciaux de plus en plus lourds ; tertio, l’existence d’obstacles jusque-là insurmontables allant du foncier industriel à l’environnement de l’entreprise.
L’état des lieux est peu reluisant. Le secteur de l’industrie est assis sur une véritable hécatombe : un secteur public non compétitif et un secteur privé quasiment inexistant.
Un premier indicateur suffit à en témoigner : de 2000 à 2011, la part (en pourcentage) de l’industrie nationale dans le produit intérieur brut a enregistré une nette tendance à la baisse : de 7% en 2000 à moins de 5 % en 2011. Rappelons qu’elle avoisinait les 17% en 1978.
L’indice général de la production industrielle nationale a baissé de 102,0 en 1990 à 90,2 en 2011. Par secteur d’activité, c’est dans les industries manufacturières qu’il a enregistré la plus forte baisse – de moitié – passant de 100,9 en 1990 à 50,1 en 2011.  Il a poursuivi sa descente aux enfers les années 1999-2007 en affectant les autres secteurs : les industries agro-alimentaires, les textiles, les cuirs et chaussures et les industries des bois et papier. Après un relèvement en 2008 et 2009 (respectivement + 1,9 % et + 1,6 %), les niveaux de production rechutent pour se situer à - 5,4 % en 2010 et - 1,2 % en 2011
Paradoxe : l’industrie constitue néanmoins, toujours, un secteur créateur d’emplois dans un contexte de baisse de la productivité du travail. Ainsi, l’emploi industriel a été multiplié par 2,75 en 12 ans, passant de 497 000 en 2000 à 1 367 000 en 2011. Sa part en pourcentage dans l’emploi total est passée de 8  à 14 %. Ce qui témoigne d’une baisse générale de la productivité du travail.

Le secteur public: de la privatisation à la consolidation
En quoi consiste aujourd’hui le fameux secteur public économique, souvent vilipendé et rendu coupable de tous les maux traversant la jeune histoire du développement national ? En 2011, le nombre total de ses entreprises était de 850 dont 90 % relevant des SGP.
Lorsqu’on pénètre plus profondément ce qu’on appelle conventionnellement le Secteur public marchand (SPM), pour signifier le dégagement (plus ou moins hypothétique) de l’Etat de la sphère du marché, on observe une première tendance majeure : comparé au secteur privé, il a tendance à décliner. C’est ce qui ressort de l’inversion des structures en pourcentage de la valeur ajoutée industrielle en fonction du secteur juridique. La part de la valeur ajoutée du secteur industriel public a baissé de 67,9 % en 2000 à 53,1 % en 2011. Ce dernier bilan représente 326 milliards de dinars, ce qui correspond à 2,3 % du PIB
Le désengagement du secteur public économique est particulièrement imputable aux secteurs des textiles, des cuirs, des bois et des industries diverses – l’énergie, la chimie et l’agro-alimentaire demeurant stables ; les mines et carrières, les ISMMEE et les matériaux de construction enregistrant une hausse. Dans l’ensemble, 40 % des Entreprises publiques économiques (EPE) sont déficitaires et 30 % dégagent une rentabilité financière inférieure à 10 % ; tandis que 30 % d’entre elles ont une rentabilité financière supérieure à 10 %.
Cette situation, critique, a un coût : le découvert imputable au secteur public ne cesse de croître, passant de 20 milliards de dinars en 1984, à 80 milliards de dinars en 1987, pour culminer à 180 milliards de dinars en 1991.
Le rapport du gouvernement impute cette régression aux principales causes suivantes : l’obsolescence de l’outil de production par absence d’investissement de mise à niveau et de renouvellement ; la perte de marché en raison de sa méconnaissance et d’une offre de produits de mauvaise qualité ; la déstructuration financière consécutivement à des objectifs économiques et sociaux incompatibles avec la rentabilité financière ; une organisation hiérarchique démultipliée et inadaptée ; l’insuffisance de maîtrise de la gestion ; la faiblesse du management stratégique ; la carence du personnel technique ; la sous-utilisation des capacités de production ; l’absence de flexibilité de l’emploi ; l’environnement juridique, institutionnel et des affaires pavé de contraintes et d’entraves.   
Voilà qui explique, mais je justifie et ne disculpe pas. L’Etat a alors entrepris de couper « les mauvaises branches » en adoptant une politique de privatisation, engagée en 1995 et relancée en 2001, avec l’ordonnance n° 01-04 du 20 août de la même année. Elle se poursuivra jusqu’à la crise de 2008 qui fera prendre un autre tournant au cours des choses.
Une nouvelle orientation se dessine depuis 2009, avec notamment les modifications introduites par la loi de finances complémentaire (LFC 2009), qui préconise la relance du secteur public marchand et favorise la recherche du partenariat industriel. Le partenariat de l’Etat se fait désormais selon les règles 34/66 (en pourcentage du capital social) avec le privé national et 51/49 avec les étrangers. En outre, le droit de préemption de l’Etat est institué sur toutes les transactions capitalistiques avec les étrangers.
Deux textes sont particulièrement à rappeler : l’ordonnance n° 09- 01 du 22 juillet 2009 portant loi de finances complémentaire pour 2009 et l’ordonnance n° 10- 01 du 26 août 2010 portant loi de finances complémentaire pour 2010.
Deux dispositions nouvelles ont été introduites par ces deux textes :
1- L’investisseur étranger ne peut exercer d’activité en Algérie qu’en partenariat avec un ou des actionnaire(s) local(aux), public(s) ou privé(s) au(x)quel(s) revient la privilège de détenir au moins 51% du capital social lorsque l’investissement est réalisé dans le secteur économique de la production de biens et services et au moins 30% dans le domaine du commerce extérieur.
2- L’Etat et ses démembrements économiques, les entreprises publiques, s’accordent un droit absolu de préemption sur toutes les cessions des participations des actionnaires étrangers.
La loi de finances 2013 introduit un assouplissement : les investissements des partenaires des entreprises nationales seront exclus de l’obligation de réinvestissement de la part des bénéfices correspondant aux exonérations ou réductions accordées « lorsque ces avantages consentis ont été injectés dans les prix des biens et services finis produits ».
Le retour de l’Etat dans la sphère économique, motivé par un besoin de régulation, n’affecte cependant pas les options fondamentales. Ainsi, 516 autorisations de cessions d’EPE et d’actifs ont été accordées par le CPE au 31 décembre 2011 – dont 83 % au privé national et 17 % au privé étranger.
Toutefois, ce transfert est de moins en moins motivé par l’apport de ressources nouvelles à l’Etat comme ce fut le cas en 1995; ce dernier favorisant désormais le business-plan sur le prix de cession.
L’intérêt des repreneurs privés internationaux s’est particulièrement porté sur les cimenteries, la sidérurgie, les câbleries, les plâtrières, les gaz industriels, les détergents, le verre, les engrais et un hôtel d’affaires. Par contre, le secteur privé local a ciblé les filières alimentaires, les services et les marchés à destination des ménages où les montants de reprise et d’investissements sont peu importants, les rendements plus immédiats et les retours sur investissement plus rapides.
La crise de 2008 engage l’Etat dans la voie de la réhabilitation du secteur public. Celui-ci bénéficie d’une panoplie de mesures favorisant l’assainissement et l’investissement. Ainsi, pour la courte période 2009-2012, le secteur public se verra allouer 1 178 milliards de dinars pour financer ses plans d’investissement (dont 432 milliards de dinars pour le portefeuille relevant du ministère chargé de l’Industrie, lesquels se décomposent comme suit : 77 % pour de nouvelles lignes et nouveaux projets ; 22 % pour la mise à niveau et la réhabilitation ; 1 % pour la formation) et 447 milliards de dinars pour couvrir l’assainissement financier (dont 300 milliards de dinars au profit des EPE du secteur de l’industrie, lesquels sont répartis ainsi : 55 % pour l’effacement du découvert bancaire ; 26 % de dettes bancaires et autres ; 11 % d’obligations et titres participatifs ; 6 % de dettes fiscales ; 3% d’emprunts obligataires).
Le rapport du ministère de l’Industrie affiche un scepticisme certain quant à l’impact réel d’un tel effort financier. Les obstacles à une mobilisation optimale des ressources de l’Etat en faveur du secteur public sont d’ordre interne et externe.
En interne, les entreprises publiques affichent : un manque de préparation tant au plan du personnel, de l’organisation, des procédures que des spécifications techniques ; une grande aversion au risque en raison de la pénalisation des actes de gestion et des investigations de l’Inspection générale des finances (IGF) ; la faiblesse du niveau des salaires et son incidence sur le départ des compétences ; le non-recours par certaines EPE à l’expertise externe et ses conséquences sur les délais de rédaction des spécifications techniques ; le vieillissement des compétences ; l’absence ou l’insuffisance des structures d’audit et juridique ; la non-dotation des EPE en centres de recherche et développement (R&D) ; la difficulté à trouver des relèves en raison du faible niveau des candidats au recrutement.
En externe, les contraintes des entreprises publiques tiennent aux difficultés de mobilisation des crédits nécessaires à leur assainissement et à leur développement dans des délais raisonnables, avec des procédures simplifiées et à des conditions acceptables ; ainsi qu’aux contraintes du code des marchés publics, notamment ses articles 24 et 32, et les délais induits par l’application des dispositions du code des marchés dans le lancement des appels d’offres.
Le rapport avertit, toutefois : « Concernant le secteur public, le redéploiement du SPM ne doit pas être réduit à un énième assainissement financé sur le très long terme par le FNI. Il doit viser la constitution de puissantes entreprises publiques ou d’économie mixte dans des secteurs structurants, à haute intensité technologique et disposant d’un potentiel de compétitivité et de marges avérées de modernisation.
« Trois principes de fonctionnement sous-tendent ce redéploiement sectoriel : i) celui-ci ne doit concerner que les entreprises disposant d’un potentiel de développement et non indistinctement toutes les entreprises publiques, ii) les entreprises constituées sont ouvertes au partenariat privé national et international ou versées à la Bourse, iii) l’entreprise, une fois constituée ou remise à niveau, est sanctionnée par les règles du marché et de la compétition.
« Les études s’accordent généralement à considérer la pétrochimie, les engrais, les matériaux de construction, la sidérurgie comme étant des secteurs porteurs de l’économie nationale permettant une descente de filières à partir des ressources naturelles ainsi que le secteur des médicaments, de l’agroalimentaire et de l’électronique comme prioritaires dans le cadre d’une politique visant une remontée de ces filières vers plus de valeur ajoutée. Le secteur de l’automobile, de la biotechnologie, de l’industrie des TIC et des énergies renouvelables sont des secteurs nouveaux à développer », projette le rapport en conclusion.  

Le secteur privé : besoin de mise à niveau
L’Algérie compte 659 309 petites et moyennes entreprises, constituées à plus de 99,9 % d’entités privées (parmi lesquelles prédominent les très petites entreprises puisqu’elles représentent 95,63% de l’ensemble), à fin 2011.
Les PME, tous statuts et secteurs confondus, emploient 1 724 197 salariés.
Au-delà de leur taille, la préoccupation première des pouvoirs publics est la faiblesse du tissu des PME en Algérie et de son étroitesse. Un programme de mise à niveau d’un montant de 386 milliards de dinars, couvrant y compris l’environnement de l’entreprise, a été mobilisé au profit de 20 000 PME algériennes dans le cadre du quinquennat 2010-2014.
Sont éligibles au programme les PME employant de 5 à 250 salariés.
Le rapport préconise de « passer d’une politique à essence conjoncturelle qui fut destinée à accompagner les entreprises durant une phase précise de l’évolution de l’économie nationale à une politique structurelle ambitieuse de développement de la compétitivité des entreprises et dont les dimensions sont notamment:
- l’appui à la modernisation compétitive de l’ensemble des fonctions de l’entreprise ;
- l’accompagnement soutenu de l’entreprise, notamment des start-up, dans l’appui et le conseil durant les différentes étapes de son développement ;
- la mise à niveau de l’environnement des entreprises qui reste encore une dimension critique insuffisamment prise en compte dans les programmes d’appui aux entreprises ». 
Ammar Belhimer


Absorber des déficits commerciaux inquiétants

Peu productive, l’industrie abandonne le marché national aux fournisseurs étrangers. D’essence rentière, l’économie algérienne reste fortement dépendante des hydrocarbures et peine à générer une croissance endogène et auto-entretenue. En 2011, l’économie algérienne hors hydrocarbures n’a contribué qu’aux deux tiers du produit intérieur brut (PIB) du pays, au tiers des recettes budgétaires de l’Etat (les recettes ordinaires n’ont couvert, cette même année 2011, que 50 % des dépenses de fonctionnement de l’Etat) et à 2 % des exportations  (1 % si l’on exclut les produits dérivés des hydrocarbures).
Outre qu’elles ne sont pas renouvelables, les ressources énergétiques connaissent une production décroissante que couvre la hausse des cours sur les marchés mondiaux depuis 2006. Ainsi, la production des hydrocarbures connaît une diminution moyenne annuelle d’environ 3,3 % depuis cette date et une baisse cumulée de l’ordre de 20 %  pour la période 2006-2011. La hausse des prix masque cette tendance, maintenant les recettes d’exportations à des niveaux élevés : 72 milliards de dollars en 2011. Comparativement, les exportations hors hydrocarbures n’ont rapporté que 1,22 milliard de dollars la même année, ce qui représente 1,7 % des recettes totales d’exportation revenant, pour l’essentiel, à 80%, à trois opérateurs : Sonatrach (46,6 %) avec les solvants Naphta dérivés des hydrocarbures, (19,3 %) avec l’ammoniac et les engrais et Cévital (14,1 %) avec le sucre, les graisses et les huiles.
Par Ammar Belhimer
Forte hausse des importations
Le commerce extérieur reste, de ce fait, générateur d’inquiétudes : si au cours des années 1995- 2003, les importations ont été relativement stables (variant de 9 à 13 milliards de dollars), avec une légère fluctuation des exportations (de 10 à 24 milliards de dollars), la période suivante (2004- 2011) connaîtra une très forte augmentation des opérations d’importation, en raison des besoins induits par la mise en œuvre du programme de soutien à la relance économique engagé à partir de l’année 2004. En 2011, les importations ont été à un niveau jamais égalé de 47,2 milliards de dollars (contre 18,3 milliards de dollars en 2004, soit un accroissement de plus de 158 %). Fort heureusement, les exportations étaient, elles aussi, au rendez-vous, avec un montant de 73,5 milliards de dollars, enregistré la même année (contre 32 milliards de dollars en 2004, soit une augmentation de 129 %).
Certes, la structure des importations par groupes de produits affecte 65 % de leur valeur globale durant la période 2004- 2011 au secteur de l’industrie, concerné essentiellement par les importations des biens d’équipements et des biens destinés au fonctionnement de l’outil de production. Néanmoins, les importations des « biens alimentaires et non alimentaires » absorbent un peu plus de 36 % du volume global, soit 17,17 milliards de dollars.  A l’intérieur de ce groupe, les hausses ont surtout concerné les céréales (192 %), les véhicules de tourismes (142 %), les médicaments (100,8 %), les sucres (333 %) ainsi que les laits (88 %).
Le  Centre national de l’informatique et des statistiques (CNIS), qui est un service déconcentré de la Direction générale des douanes qui veille à l’application des lois et règlements à la facilitation et au contrôle du commerce et du suivi des flux commerciaux, suit l’évolution des marchandises depuis leur arrivée en rade jusqu’à leur enlèvement.
Ses statistiques font ressortir les tendances lourdes suivantes pour les périodes la plus récentes :
- durant  2009-2011, l’investissement, la revente en l’état  et le fonctionnement  représentent respectivement une part moyenne de l’ordre de 12%, 38% et 42,5% dans le commerce extérieur. Les importations destinées à la revente en l’état  ont augmenté de l’ordre de 31% ;
- les six premiers pays fournisseurs de l’Algérie représentent plus de 52% du commerce extérieur (France, 15,08%; Chine, 10,03% ; Italie, 9,91% ; Espagne, 7,26% ; Allemagne, 5,42%).
S’agissant des flux financiers, il est relevé, entres autres, le recul des financements des importations par cash et l’augmentation de celles financées par lignes de crédit (de l’ordre de 395% pour la période 2008-2011, à la suite de l’entrée en vigueur du Crédoc par la LFC 2009) ; 44% des domiciliations des importations sont assurées par les banques publiques.
A la faveur de la confirmation de cette tendance prolifèrent les importateurs : 20 434 en 2011 et leur nombre va en décroissant (25 409 en 2008, soit une diminution de 24 %). Leur répartition recense 19 056 opérateurs privés qui totalisent 75 % du volume global des importations, contre 1 378 entreprises publiques pour le reste durant la même année.
A l’ombre de cette concentration croissante des activités d’importation se multiplient certaines pratiques illicites, au titre desquelles le rapport recense : le transfert illégal de capitaux ; la surfacturation et les fausses déclarations en douane ; les importations fictives avec location de registres de commerce ; le développement de la contrefaçon à l’avantage de la concurrence déloyale ; la constitution de monopoles qui font le commerce de produits spéculatifs ; le détournement de subventions au profit de la contrebande.
Plusieurs problématiques affectent les échanges extérieurs de l’Algérie (gouvernance, subventions ciblées, équilibre avec nos partenaires étrangers, manque de mesures administratives pour réguler l’accès des produits étrangers au marché algérien).
Pour protéger la production nationale, il est envisagé, à l’image de ce qui se fait dans d’autres pays, de prévoir des barrières administratives pour canaliser et réguler l’entrée sur le marché algérien de produits étrangers. Cette action devrait être conduite en parallèle avec le démantèlement tarifaire et une organisation infrastructurelle du commerce extérieur de notre pays (développement des ports, de terminaux aux normes internationales), pour ne pas s’arrêter et l’aspect organisationnel.
Une attention particulière pour la stratégie de promotion des exportations conduite à partir de l’année 2005 a permis :
- l’instauration d’une coordination intersectorielle pour la promotion de l’export ;
- l’installation du Conseil national consultatif de promotion des exportations- (CNCPE) ;
- la création d’un corps de conseillers à l’exportation;
- la dotation d’ALGEX de l’autorité, comme des moyens humains et matériels, lui permettant d’assurer les missions qui lui sont assignées;
- l’installation de bureaux de représentation et d’expansion commerciale à l’étranger;
- la refonte du Fonds spécial de promotion des exportations (FSPE);
- l’organisation de la participation nationale aux manifestations commerciales à l’étranger ;
- l’adaptation des statuts de la CACI et des Chambres de commerce et d’industrie régionales afin qu’elles puissent participer au développement du commerce extérieur …
Ammar Belhimer

Lever les obstacles à l’investissement

Le rapport préconise d’œuvrer à lever les contraintes de nature juridique, celles liées au foncier industriel, celles attachées au financement de l’investissement et, enfin, celles dues à l’attitude de l’administration.
Les contraintes de nature juridique : l’instabilité et l’incohérence juridiques ; la confusion, les contradictions, la disparité et de la dispersion entre les textes réglementaires ; l’inapplicabilité de certains textes réglementaires ; les vides juridiques et/ou l’absence de textes d’application ; la date d’effet des mesures adoptées s’appliquant avec rétroactivité ; l’introduction de mesures de filtration et de régulation de l’investissement.
Par Ammar Belhimer
Voilà qui milite pour une production normative de choc, incitative et contraignante selon le cas, et des institutions solides, fluides, synergétiques et interactives sans faire doublant. Dans un système où la loi interdit plus qu’elle ne régule ou n’encadre et qu’elle exclut et détruit beaucoup plus qu’elle n’intègre et ne construit, le chemin qui reste à parcourir semble d’autant plus dissuasif qu’il est parsemé d’embûches (les réflexes et les mentalités) plus difficiles à fissurer qu’un atome, pour paraphraser Einstein à propos des préjugés.
L’expérience récente des réformes nous enseigne que la bureaucratie, les blocages et les conservatismes sont d’autant plus forts qu’il n’y a pas de construction normative et institutionnelle à combattre. C’est dire qu’il y a en la matière un effort « légistique » évident à entreprendre.
L’enjeu est de passer d’un « pays de lois », d’ailleurs méconnues (absence de culture juridique et citoyenne) ou violées (impunité et passe-droits) à « un Etat de droit » qui donne à l’économie une assise juridique pérenne.
Cette instabilité juridique contraste avec l’immobilisme politique et « l’échec renouvelé » en matière de vision et de doctrine.
A cet égard, une comparaison tirée du dernier rapport de la Banque mondiale Doing Business 2013 est édifiante : notre pays est relativement bien classé lorsqu’il s’agit de « régler l’insolvabilité » (déclarer une faillite ou solder une affaire) – il est 62e sur 185 – mais il se trouve en piètre position lorsqu’il s’agit de créer une entreprise – il est alors 156e.
Seconde série de contraintes : celles liées au foncier industriel. Elles sont recensées à différentes niveaux : dans le mode d’attribution du foncier industriel  (concessions aux enchères publiques, concessions de gré à gré, en passant par le Conseil des ministres, puis la wilaya, après avis du ministère sectoriel) ; le manque d’harmonisation des procédures et de traitement des dossiers ; les lenteurs dans l’établissement des actes de concession ; le prix de référence du calcul de la redevance locative ; l’état des terrains octroyés et des zones industrielles ; les statuts des terrains octroyés, souvent objet d’un litige entre l’Etat et les particuliers, voire même entre les démembrements de l’Etat ; la rareté des terrains dans les grandes métropoles ; l’absence d’une base de données relative à l’offre foncière.
Afin de débureaucratiser l’investissement dans le tourisme, la loi de finances 2013 propose l’octroi en gré à gré des terrains destinés à l’investissement touristique et situés dans les zones d’expansion touristique directement par le wali sur décision du Calpiref.
Les entreprises spécialisées dans l’aquaculture profiteront quant à elles de l’expansion du périmètre des dépenses du Fonds national de développement de la pêche et de l’aquaculture pour inclure les aides à la promotion de cette filière au même titre que la pêche.
Troisième série de contraintes celles attachées aux financements de l’investissement. Elles touchent aux conditions d’octroi des crédits ; la centralisation et des lenteurs dans les décisions de financement ; la faiblesse des fonds de wilayas et des contraintes de mise en œuvre des participations ; la faiblesse des caisses de garantie des crédits.
Il en résulte un « effet d’éviction » et une faible accessibilité du secteur privé (53% seulement des crédits) aux financements de la part des banques privées (elles ont en charge 85,6% des crédits octroyés). Ceci dans un contexte, paradoxal, d’excès d’épargne et de liquidités  résultant d’une faible intermédiation financière : le niveau de transformation (rapport dépôts/crédits) ne dépassant pas 60%.
Nous sommes en présence de banques en situation de surliquidités dans un contexte d’économie assoiffée d’investissement, sans que la Banque d’Algérie puisse lever le petit doigt puisque son indépendance est largement entachée et sa mission réduite  à la stabilité des prix, d’une part, et à la sécurité et à la stabilité du système bancaire, d’autre part.

Un financement propre aux PME
Une première urgence découle de ce constat : le besoin pressant d’un financement propre aux PME, une sorte de banque publique d’investissement chargée de soutenir financièrement les entreprises de croissance. Elle pourrait mutualiser les moyens de l’Etat, des épargnants et, pourquoi pas, des régions.
La Banque publique d’investissement aurait pour mission :
- de soutenir financièrement les petites et moyennes entreprises ;
- de proposer des services d’accompagnement à l’innovation, d’investissement productif et à l’export ;
- de soutenir les secteurs d’avenir (principalement les énergies renouvelables et de substitution) ;
- d’investir pour financer des projets de long terme. Elle sera accessible pour les entreprises grâce aux guichets uniques de l’ANDI dans chaque région.
Adossé à ce financement, un système approprié de garantie. La Caisse de garantie des prêts d’investissement PME se plaignait récemment de ce que les banques algériennes n’ont pas encore assimilé le rôle des garanties offertes par la Caisse afin de faciliter le financement des petites et moyennes entreprises.
La caisse partage les risques de non-remboursement des crédits auprès des banques en remboursant 80 % de la valeur du crédit pour les projets de création d’entreprise et 60 % s’il s’agit du développement des petites et moyennes entreprises. Le remboursement des prêts s’effectue dans un délai d’un mois au maximum
Les garanties offertes par la Caisse sont les meilleures sur la place financière, comparativement à ce qui est en vigueur dans d’autres pays comme la Tunisie, le Maroc et la France, mais elles sont méconnues. 
Faute d’avoir mis en place des financements adéquats, le contexte macro-économique favorise les activités commerciales et d’importation au détriment de la compétitivité de l’investissement et de l’incitation à investir.
Rapportées à cette tendance dominante, la faible lisibilité du mode de gouvernances PME et la faible maturation de leurs projets sous l’angle financier paraissent un alibi persistant.
Pour relancer davantage les PME algériennes, le projet de loi de finances 2013 élargit l’appui financier de la Caisse de garantie des crédits d’investissement aux PME aux entreprises dont une partie du capital est détenue par le fonds d’investissement de l’Etat.
Quatrième famille de contraintes : celles résultant de l’attitude de l’administration.
Elles s’expriment par l’intervention de plusieurs acteurs dans un même processus ; des lenteurs dans la délivrance des autorisations (permis de construire, registre de commerce, séjour des étrangers, visas) ; l’absence de coordination entre les administrations et la multiplication des dossiers ; la faiblesse de l’efficacité des guichets uniques (absence de prérogatives, absentéisme, carence en compétences).
Une cinquième et dernière famille de contraintes sont relatives à la sous-traitance. Celle-ci est toujours en souffrance en raison de l’absence de cadre général cohérent et efficace de promotion de la sous-traitance ; de l’inefficacité et de l’inefficience des dispositifs d’appui ; de l’absence de mesures d’appui spécifiques à la sous-traitance ; de l’absence d’information sur le marché de la sous-traitance ; de l’absence de coordination nationale et locale nécessaire à une mise en œuvre cohérente et efficace des différentes mesures et programmes de développement de la sous-traitance arrêtés par les pouvoirs publics et devant impliquer tous les acteurs concernés ; des difficultés  d’application par les donneurs d’ordre des dispositions prévues par le code des marchés publics, notamment les articles concernant la préférence nationale et l’article 54 traitant l’obligation de recourir à la production nationale avant tout lancement d’un appel d’offres international ; de la faiblesse du management qui reste en deçà des normes requises dans le métier de sous-traitance ; de l’absence de dispositions réglementaires propres à la sous-traitance (contrat type adapté aux particularités de la sous-traitance, médiation, etc.) ; de l’ampleur et de la prolifération tolérée du secteur informel.
Ammar Belhimer



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