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N° 115 - Août 2018

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Agriculture

L’agriculture algérienne face au défi de la souveraineté

Elle a fait l’objet d’Assises nationales

Par Farid HOUALI



Perçu comme l’un des plus importants moteurs de la croissance économique, le secteur de l’agriculture constitue, de ce fait, une priorité pour les autorités algériennes dans la perspective de réduire la dépendance alimentaire, et diversifier l’économie nationale tributaire de la «rente pétrolière» (les hydrocarbures représentant 97% des exportations et 70% des recettes fiscales). C’est pourquoi l’agriculture a fait l’objet d’Assises nationales, au Centre international des conférences Abdellatif Rehal à Alger, lors desquelles a été particulièrement soulignée la nécessité de relancer le secteur dont la dynamique contribue fortement, actuellement, à la croissance économique et à l’amélioration de la sécurité alimentaire du pays, d’une part, et, d’autre part, de mettre à contribution les nouvelles technologies et techniques de production agricole au service de l’efficacité et de l’efficience  de l’ensemble du secteur agricole national. D’autant que l’agriculture participe à hauteur de 12% au PIB national et occupe plus du quart de la population active, représentant 2,5 millions équivalents emplois permanents auxquels s’ajoute l’insertion de jeunes diplômés du secteur sans activité et 22.253 micro-entreprises créées dans le segment de l’appui à l’exploitation agricole. Tandis que la  valeur de la production agricole, qui est passée de 500 milliards DA en 2000 à 3.000 milliards DA en 2016, représente plus de 70% des disponibilités alimentaires. Une récolte, fruits d’énormes investissements. En effet, environ 220 milliards de dollars de recettes d’hydrocarbures ont été consacrés au secteur de l’agriculture pour développer aussi bien l’amont (production) que l’aval (agroalimentaire) agricoles. L’amont agricole bénéficiera dés l’année 2001, d’un programme spécial de développement (PNDA), rebaptisé en PNDAR avec l’intégration de la dimension rurale. L’enjeu de cette politique était de mettre fin à des décennies de tâtonnements et d’échecs, et protéger les ressources qui permettent d’assurer la sécurité alimentaire du pays.  Avant donc de mettre en œuvre le PNDAR, un diagnostic de la situation de l’agriculture algérienne, de 1962 à 1999, a été réalisé pour identifier ce qui freinait son développement. Il en est ressorti que le « désinvestissement dans ce secteur était essentiellement dû à un problème de financement ». L’État décide alors de mettre en place le crédit lié, un montage financier dans lequel sont mises à contribution les banques en plus de subventions accordées et les réformes engagées via le ministère de l’Agriculture et le développement rural durant les deux dernières décennies, dans le cadre des différents programmes quinquennaux de relance de la croissance économique, ont permis au secteur de réaliser des résultats « très encourageants », l’objectif étant le développement de l’agriculture pour diversifier les ressources et constituer des alternatives économiques aux hydrocarbures. Aujourd’hui, l’Algérie assure plus de 70% de son alimentation par la production nationale. Elle dégage aussi, selon les chiffres du département de l’Agriculture, des excédents pour certains produits qui lui permettent d’être présente sur le marché international dont les dattes, huile d’olive, produits maraîchers, pomme de terre et fruits.
Dans un bilan portant sur les réalisations du secteur depuis 2000 jusqu’à 2016, il est relevé en effet que la production des céréales est passée de 9,3 millions de quintaux (Mq) en 2000 à 34,3 Mq en 2016, en hausse de 268%. La production nationale en blé dur est passée de 4,86 Mq à 19,3 Mq (+298%), alors que celle du blé tendre a enregistré une hausse de 83% en passant de 2,7 Mq à 5,02 Mq. S’agissant de la tomate destinée à la transformation industrielle, sa production est passée de 4,7 Mq à 12,3 Mq (+160%), tandis que pour le maraîchage, sa production est passée de 33,08 Mq à 131,03 Mq. Quant à la pomme de terre, sa production est passée de 12,07 Mq à 47,8 Mq entre les deux périodes de comparaison, alors que les dattes ont enregistré une hausse de 182% en passant de 3,6 Mq à 10,2 Mq.  Les viandes ont aussi enregistré une hausse dans leur production en passant de 2,5 Mq à 5,3 Mq (+114%), tandis que les viandes blanches ont atteint 5,1 Mq en 2016 contre 1,9 Mq en 2000. Pour le lait, il a été produit 3,5 millions de litres en 2016 contre 1,5 millions de litres en 2000 (+127%).  D’autres produits ont également enregistré des hausses en matière de production: les œufs (+231%), l’avoine (+783%), les fourrages (+987%), les légumes secs (+241%), le tabac (+38%), les oignons (+383%) et la viticulture (+180%). Il convient de souligner dans le même contexte que la valeur de la production agricole a atteint plus de 3 000 milliards DA en 2016, soit l’équivalent de prés de 30 milliards de dollars, contre 359 milliards de DA (5 milliards de dollars) en 2000, soit une contribution substantielle du secteur de l’agriculture dans le PIB de l’ordre de 12% contre 8% en 2000.
Depuis, l’État aura consacré près de 3.000 milliards de dinars à la production nationale auxquels s’ajoutent les investissements du secteur privé, ce qui a permis d’opérer un bond qualitatif en matière de production agricole avec une hausse de 200% dans certaines filières. Il convient à ce propos de rappeler les décisions « historiques » d’effacement de la dette des agriculteurs, en 2001 et 2009, pour un montant global de 22 milliards de dinars, ainsi que le lancement d’un programme d’appui aux activités agricoles, en 2009, qui se « poursuivra » en dépit de la conjoncture financière difficile que traverse le pays.

Plusieurs défis restent à relever
Le Plan d’Action du Gouvernement pour 2015-2019 a pour objectifs s’agissant de l’agriculture: une augmentation des surfaces irriguées d’un million d’hectares supplémentaires, un soutien aux économies d’eau, une augmentation considérable des surfaces plantées en oliviers pour atteindre un million d’hectares, le développement des infrastructures de régulation (chambres froides, silos), la promotion de la mécanisation sans oublier les céréales, le lait et l’arboriculture, réduire progressivement les importations et relancer les exportations ».
C’était d’ailleurs entre autres, une des recommandations des travaux des assises nationales de l’agriculture, tenues lundi 23 avril dernier au Centre international des conférences Abdellatif Rehal à Alger.
Ces mêmes recommandations, faudrait-il le rappeler sont issues des 9 ateliers ouverts depuis le 11 mars dernier jusqu’au 22 avril, à travers lesquels il a été mis en exergue la nécessité de soutenir le secteur agricole, différentes branches de production, et de renforcer son rendement dans le cadre de la démarche de l’Etat à diversifier l’économie.
Ainsi, le premier atelier dont le thème était le foncier agricole a été sanctionné par plusieurs recommandations dont la préservation et la protection des terres agricoles et la mise en valeur des terres arables et la poursuite de la récupération des terres inexploitables.
Le deuxième atelier qui a été consacré aux ressources en eau destinées à l’agriculture et à l’irrigation, un élément essentiel et un facteur principal dans la production, a été couronné également par plusieurs recommandations dont la nécessité d’œuvrer à l’extension de la superficie irrigable à travers une grande mobilisation d’eau conventionnel et non conventionnel destinée à l’irrigation, tout en œuvrant à économiser l’eau à travers la sensibilisation sur l’impératif d’utiliser des matériels d’irrigation susceptibles d’économiser l’eau notamment en ce qui concerne les récoltes stratégiques.
Le troisième atelier a examiné le financement, l’investissement agricole et l’industrie alimentaire et a été sanctionné par plusieurs recommandations dont l’encouragement des établissements financiers pour le développement de nouveaux produits bancaires à même de soutenir les activités rurales et agricoles ainsi que celles de la pêche.
Il s’agit également de la nécessité d’encourager le financement des investissements agricoles à travers le Leasing. Le quatrième atelier portant sur la valorisation des produits agricoles et les industries manufacturières a été sanctionné par plusieurs recommandations exhortant à l’utilisation de semences, de plantes et de légumineuses approuvées et l’orientation vers l’usage des intrants bio, outre la modernisation des systèmes de production à travers le développement d’équipements agricoles adaptés avec les différents produits et zones climatiques.
S’agissant du cinquième atelier consacré au dossier de l’exportation des produits agricoles, une série de recommandations ont été formulées à savoir l’adaptation du programme d’exportation des produits agricoles avec les besoins des pays importateurs, le renforcement des pôles agricoles spécialisés dans la production des récoltes non saisonnières connaissant une forte demande dans les marchés extérieurs. Le développement rural et la promotion de la richesse forestière étaient le thème du sixième atelier, où les participants ont mis l’accent sur la nécessité de valoriser les ressources territoriales, la réhabilitation des zones rurales à travers la mise en oeuvre des projets structurés créateurs de richesse et d’encourager les initiatives régionales visant le développement durable des activités agricoles.
Les participants au septième atelier, dédié au secteur de la pêche et l’aquaculture, ont soulevé plusieurs recommandations entre autres l’impératif de classifier les métiers de la pêche et de l’aquaculture parmi les métiers pénibles, appelant à l’octroi de facilités bancaires en faveur des projets d’investissement dans ce domaine.
Le 8ème atelier s’est attelé à examiner la formation, l’orientation et la recherche scientifique dans le secteur agricole et a recommandé d’œuvrer à la révision, la modernisation et l’adaptation du système de formation au développement agricole.
Pour ce qui est de la recherche scientifique, le même atelier a recommandé la nécessité d’œuvrer à l’intégration des activités scientifiques des instituts techniques agronomiques au Système national de recherche scientifique et de développement technologique, et à la valorisation des programmes et projets de la recherche scientifique à travers le partenariat avec le secteur économique.
Quant à l’orientation agricole, l’atelier a conclu à la nécessité de renforcer et moderniser le Système national de l’orientation agricole, de le réadapter à travers la mise en £œuvre des règles d’orientation, nationales et locales, et d’instaurer un mécanisme d’information destiné au monde agricole et rural. Par ailleurs, le 9ème atelier a conclu à plusieurs recommandations, dont la nécessité de valoriser les efforts des opérateurs du secteur dans leurs efforts visant la création des conseils professionnels et interprofessionnels, dans leur souci d’améliorer le cadre de travail et d’animation ainsi que de tisser des relations efficaces avec les Chambres agricoles, outre la nécessité de mettre en place des mécanismes de suivi et d’évaluation des activités de développement par les Chambres agricoles afin de faciliter et accompagner les jeunes porteurs de projets.

L’inexploitation effective des terres, un vrai casse-tête
Étant « un réel obstacle » au développement du secteur de l’agriculture, le ministre de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche, Abdelkader Bouazghi, a appelé dans son intervention lors des assises nationale de l’agriculture, tous les walis à intervenir en vue de récupérer les terres agricoles inexploitées pour les orienter vers les partes désirant les mettre en valeur, en vertu du principe de « la terre appartient à celui qui l’exploite ».  Le ministre a, à l’occasion, fait état de 300.000 hectares exploités sur un total de 1,7 millions d’hectares octroyés dans le cadre des contrats de concession ou de mise en valeur. Evoquant les efforts déployés dans le sens de la régularisation du foncier agricole, le ministre a souligné que l’opération de reconversion des contrats de jouissance en des contrats de concession à permis la régularisation de 180.000 contrats sur un total de 220.000 contrats concernés, appelant les walis à redoubler d’efforts afin de régulariser les cas en suspens avant la fin de l’année. Le ministre a, par ailleurs, réaffirmé l’engagement de l’État à libérer les initiatives, à soutenir l’investissement privé dans le domaine agricole, à encourager le secteur agroalimentaire qui est mis à profit par les pouvoirs publics pour absorber et valoriser l’excédent de la production agricole et à réunir toutes les conditions à même de booster les importations de produits agricoles, notamment par l’adoption d’un système national du label de qualité. Il a dans le même contexte, invité les agriculteurs à améliorer leurs performances et à rationnaliser l’utilisation des eaux d’irrigation par le recours aux techniques d’économie d’eau et aux techniques d’irrigation modernes, rappelant l’objectif du Gouvernement de porter les superficies irriguées de 1,3 million d’hectare actuellement à 2 millions d’hectare les prochaines années. « 64% des terres arables sont exploitées, soit 8,5 millions d’hectares, ce qui nécessite d’intensifier les efforts afin d’inciter les opérateurs à investir dans plus de 3 millions d’hectares inexploités, a indiqué à ce propos Abdelkader Bouazghi, mettant l’accent sur la nécessité de faire face au phénomène de détournement des terres agricoles fertiles à d’autres fins. En effet, la concession a remplacé le droit de jouissance de ces terres attribuées depuis 1988 jusqu’à 2010 sous forme d’exploitations individuelles (EAI) et collectives (EAC). Cependant, alors qu’on ne cesse d’évoquer de part et d’autre, la relance du secteur agricole, ces terres demeurent inexploitées et parfois quasiment abandonnées. L’État par le bais du ministère de l’Agriculture s’est décidé d’agir. Ainsi, sur les 800.000 hectares à avoir été attribuées à des investisseurs, quelque 250.000 hectares de superficies agricoles non exploitées ont été récupérées jusqu’en février dernier. « La non-exploitation de celles-ci est perçue comme un abus de droit », avait indiqué récemment Hamid Hamdani directeur central chargé de l’organisation foncière au ministère de l’Agriculture lors de son intervention sur les ondes de la chaîne III de la Radio nationale.  Réfutant l’idée que le ministère ait agi dans un esprit « répressif », le représentant du département de l’Agriculture a expliqué que la mesure s’inscrit beaucoup plus dans une approche « dissuasive », destinée à pousser les bénéficiaires de terres agricoles à les travailler.  Les terres récupérées seront redistribuées au bénéfice de porteurs de « projets structurants », entendre par là ceux à même de développer des filières « à forte dimension économique », à l’exemple des céréales, du lait, de l’élevage et de l’arboriculture, autant de projets créateurs d’emplois et de valorisation des productions agricoles.

L’agriculture en chiffre
En Algérie, la superficie globale exploitable est de 8,5 millions d’hectares (ha), dont 5,7 millions ha relevant du domaine privé et 2,8 millions ha relevant du domaine de l’État, selon les statistiques du ministère de l’Agriculture qui font ressortir que 3,1 millions ha, soit 36 % sont actuellement inexploitées. Concernant la production agricole, le ministre de l’Agriculture, du Développement local et de la Pêche, Abdelkader Bouazghi affirmait lors de la clôture des travaux des ateliers préparatoires des Assises nationales de l’agriculture, (dimanche 22 avril) que la production nationale frôlait les 3.000 milliards de DA (près de 30 milliards de dollars), alors qu’elle ne dépassait pas 350 millions de DA en 2000. Cette production, permet également de subvenir à 70 % des besoins nationaux et de contribuer au Produit intérieur brut (PIB) à hauteur de 12 %, ce qui traduit, « une avancée notable à la faveur de la politique publique de soutien et d’encouragement du secteur agricole ». Le secteur de l’agriculture et de la pêche prévoit des évolutions significatives de la production d’ici 2022, selon les données communiquées lors des Assises nationales de l’agriculture. Ainsi, la production attendue dans la filière céréale est de 53 millions de quintaux (qx) en 2022 contre une moyenne de 50,1 millions de qx entre 2009 et 2012. Pour la pomme de terre, la production devrait quasiment doubler en passant à 69,5 millions de qx en 2022 contre 35,1 millions de qx en moyenne annuelle de la période 2009-2012. Concernant les dattes, les prévisions du secteur tablent sur une hausse à 11 millions de qx (contre 6,9 millions de qx). Quant aux viandes rouges, la production attendue est de 6,3 millions de qx en 2022 (contre 4 millions de qx). Pour les viandes blanches, la production devrait augmenter à 6,7 millions de qx (contre 3 millions de qx). La production de lait frais devait aussi connaître une hausse significative pour s’établir à 4,8 milliards de litres en 2022 (contre 2,8 milliards de litres). Les données du secteur prévoient, par ailleurs, une nette amélioration de la production de la filière pêche et ressources halieutiques en 2022 pour atteindre 200.000 tonnes contre 100.0000 tonnes actuellement, avec la création de 40.000 nouveaux emplois. Globalement, le secteur de l’agriculture représente une valeur ajoutée dans le PIB de 12,3 % en 2016 contre 8,77% en 2000. L’agriculture est classée ainsi en 3ème position après les hydrocarbures et les services en matière de contribution au PIB algérien.

F. H.



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