Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 114 - Juin 2018

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Recherche scientifique

Une nécessaire vigilance

Sécurité alimentaire

Par Yahia MAOUCHI



L’Ecole supérieure des sciences de l’aliment et des industries agroalimentaires (ESSAIA), a organisé, au niveau de son siège, ses 2es rencontres scientifiques internationales placées sous le thème « La prévention des toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) en industrie agroalimentaire et maitrise du risque en IAA et en restauration collective ». Assurer la sécurité sanitaire alimentaire est aujourd’hui plus que jamais un objectif prioritaire dans le monde entier. De nombreuses crises sanitaires alimentaires ont secoué nombre de pays dont le nôtre et menacé la santé des consommateurs. En Algérie, les toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) occupent une place prépondérante dans ce classement. « Ces journées sont venues du constat alarmant du nombre de cas d’intoxication alimentaire – 6000 cas – enregistré en Algérie. L’une des principales causes de ces toxi-infections alimentaires collectives, reste le non-respect  rigoureux  des bonnes pratiques de fabrication et d’hygiène dans les installations industrielles ainsi que le non-respect des bonnes pratiques de préparation en restauration collective », a confirmé le Professeur Meriem H. Ben-Mahdi, directrice de l’École supérieure des sciences de l’aliment et des industries agroalimentaires d’Alger, lors de l’ouverture des travaux de ces deuxième rencontres scientifiques. Interrogé par El Djazaïr.com sur l’objectif de ces rencontres, notre interlocutrice a indiqué qu’« il est totalement naturel de mettre en place ce type de journée, à la fois pour réunir les industriels, les opérateurs sociaux-économiques, et bien-sûr les autorités. Et cela, afin d’informer le public par rapport aux différentes avancées réglementaires, notamment après la promulgation du décret exécutif n°17-140 du 11 avril 2017 fixant les conditions d’hygiène et de salubrité lors du processus de mise à la consommation des denrées alimentaires destinées à la consommation humaine, pour enrichir le débat, et  sortir avec des recommandations par rapport à ce sujet qui est plus que vital, et d’un intérêt majeur. Des milliers de cas d’intoxications sont déclarés chaque année avec une incidence médicale et économique importante sans occulter le lourd impact qu’elles peuvent avoir sur l’entreprise en charge de sa fabrication et/ou commercialisation. Les répercussions en termes d’image et de confiance sont considérables et souvent irréversibles auprès du consommateur. Certes, le risque zéro n’existe pas, mais nous pouvons réduire ces risques, et surtout offrir et garantir au consommateur algérien un aliment sain, de bonne qualité nutritionnelle, sanitaire et organoleptique. Et là, il faut savoir que les avancées technologies sont là pour essayer de promouvoir et d’apporter des solutions efficaces. Ainsi, notre modeste ambition est d’essayer d’apporter des informations concrètes. C’est pour cela que nous avons réuni des experts algériens, mais également des experts étrangers (belges et canadiens), spécialisés dans tout ce qui est filière boisson », nous dit-elle, ajoutant : «Nous souhaitons sortir avec des recommandations, et sensibiliser tout un chacun, notamment les industriels à la nécessité d’améliorer les conditions de fabrication, les bonnes pratiques de fabrication et d’hygiène, la traçabilité des produits qui constitue un problème majeur en Algérie. Et nous essayons de les associer (les industriels), et ce à travers des formations, puisque nous sommes un outil de formation ».

Pour une synergie producteurs-recherche scientifique
Il convient de rappeler que ces 2es rencontres scientifiques internationales ont été rehaussées par la présence et l’intervention d’experts avérés, nationaux et internationaux, et de différents acteurs gouvernementaux et d’opérateurs socio-économiques. Ainsi, interrogé par El Djazair.com, sur l’intérêt de ce genre d’étude, le Dr Bernard China, de l’Institut scientifique de santé publique de Bruxelles, a souligné que « l’intérêt est de pouvoir assembler les différents acteurs du secteur agroalimentaire, et que les gens puissent développer des collaborations de telle façon qu’on puisse intégrer l’ensemble de la filière. Mais également de telle façon que les problèmes soient identifiés, relativement tôt, et traités tout au long de la chaine. L’agroalimentaire, c’est toute une chaine d’acteurs qui se succèdent, de la production primaire à la transformation, en passant par la distribution, la restauration et donc les consommateurs également. Ainsi, si à chaque étape on arrive à améliorer la qualité, la santé des consommateurs sera meilleure, et c’est cela notre objectif ».
Pour sa part, le Dr Eric Lamiot, de Teluq-Université du Québec, nous a précisé que l’objectif de ce genre de rencontre est « de comparer les différents types de traitements qui existent dans l’industrie, et voir les avantages et les inconvénients de chacun, et puis permettre aux gens qui assistent à la conférence de faire un choix plus éclairé, quand ils auront à monter une ligne de production. L’idée c’est de dire également que les traitements qu’on peut utiliser dans l’industrie pour traiter les aliments ne sont pas une solution aux problèmes de la salubrité alimentaire. Mais c’est une partie de la solution, et ça doit être vu dans un cadre beaucoup plus large, et global de l’aliment ».
Tandis que Sami Kolli, directeur de la qualité et de la consommation au ministère du Commerce, a indiqué que l’équipe du ministère en charge de la protection de consommateur, représentée par la direction de la qualité et de la consommation, a présenté une communication autour des nouveaux dispositifs relatifs à l’hygiène, à travers le décret exécutif n°17-140 du 11 avril 2017 fixant les conditions d’hygiène et de salubrité lors du processus de mise à la consommation des denrées alimentaires destinées à la consommation humaine. « Et bien sûr nous avons annoncé que nous allons élaborer six arrêtées interministériels. Le premier concerne l’obligation de la mise en place de la méthode HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point). C’est-à-dire, que les industriels auront à fixer les points critiques qui peuvent influer sur la qualité hygiénique, et la conformité en termes d’hygiène des produits finis offerts aux consommateurs. Ce texte s’applique à toutes les étapes de fabrication, de transport, et de manutention. À chaque fois qu’il y a une intervention sur le produit, il faut qu’il y ait respect des règles d’hygiène, y compris la chaine de froid », insiste le représentant du ministère du Commerce. Cette rencontre est également une occasion pour écouter les industriels, les chercheurs, et la communauté scientifique. « L’administration ne doit pas s’enfermer sur elle-même. Au contraire, elle doit s’ouvrir. Et tout ce que nous faisons sur le plan pratique, doit être suivi d’effet par la recherche scientifique. Nous avons des produits algériens qui ont une qualité irréprochable, alors il faut les hisser au niveau international. Et la meilleure manière pour le faire, c’est de se rapprocher de la communauté scientifique. A travers ces journées, nous avons la possibilité de rencontrer des nouveaux intervenants, mais également de côtoyer des experts internationaux. Cet espace qui nous offre l’école, est aussi un espace magnifique pour échanger et s’autoévaluer » s’est félicité M. Kolli. Par ailleurs, le même responsable a annoncé le lancement d’un projet contre le gaspillage des denrées alimentaires. Un événement qui aura lieu le 14 décembre 2017. « Nous aurons le lancement officiel d’un projet grâce à l’accompagnement de la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture), qui va nous accompagner à travers l’expertise. D’abord nous allons recevoir des éminents experts qui vont essayer de nous accompagner pour acquérir des mécanismes et des outils, pour sensibiliser, et vulgariser toutes les actions qui vont nous mener à une lutte efficace contre le gaspillage des denrées alimentaires », a-t-il dit.

45 wilayas ont enregistré des intoxications alimentaires en 2017
Evoquant les wilayas qui ont enregistré le plus grand nombre de consommateurs touchés par les intoxications alimentaires, le responsable a tenu à préciser que la wilaya de Blida vient en « tête » avec 933 cas  (15,50%), Médea 368 (6,11%), Constantine 328 (5,44%) et Batna 317 (5,26%). La commune de Guerouaou dans la wilaya de Blida est la localité qui a enregistré le plus grand cas de TIAC au niveau national en 2016, avec 697 personnes touchées (produit incriminé : lben), en second lieu, la commune de Médéa avec 302 cas (produit incriminé : pâtisserie ; mille-feuilles). D’ailleurs, il a déploré le décès de quatre personnes durant les neuf premiers mois de l’année en cours en raison des TIAC. En outre, il ressort à travers l’exploitation des données fournies par les neuf directions régionales du Commerce, pour les neuf premiers mois de l’année 2017 que  6650 personnes ont été touchées sur le territoire national dont 4846 cas enregistrés au niveau de la restauration collective, des fêtes familiales et des repas familiaux (72.87%).  Par ailleurs, selon, le Pr Mouffok, directrice de laboratoire de bactériologie des aliments et eaux et environnement de l’Institut Pasteur, Alger, les aliments insalubres sont à l’origine de 2 millions de décès par an. Ces aliments contenant bactéries, virus, parasites ou des substances chimiques sont responsables de plus de 200 maladies. « La sécurité sanitaire des aliments constitue un défi permanent pour les exploitants du secteur. L’importance de la maîtrise des risques liés aux TIAC est justifiée par leur fréquence élevée et ce malgré les mesures de surveillance au niveau de la production, de la distribution et de la conservation des aliments », a précisé Mme Mouffok, qui a estimé que plusieurs éléments sont indispensables pour assurer la sécurité des aliments. Dans ce contexte,  elle a plaidé pour le renforcement et le respect des lois et autres textes règlementaires, la création d’un système national de management comportant des représentants relevant d’autorités différentes, cadre de concertation et de réflexion à même de prendre les décisions pertinentes en rapport avec le risque encouru, et la création d’un organe indépendant à l’adresse des autorités chargées de la prise de décision, pour assurer le travail d’expertise en vue de la production d’avis pertinents et motivés, et enfin, l’appréciateur du risque doit porter un jugement en toute indépendance en faisant abstraction des retombées des décisions qui seront prises en conséquence. Il est à souligner que la prévention des TIAC est devenue, aujourd’hui, une priorité nationale et des mesures préventives et opérationnelles ont été prises par l’instauration des normes et des procédures réglementaires, telles que l’obligation de la mise en place du HACCP dans les industries agro-alimentaires, et le renforcement des opérations de contrôles et d’inspections. Pour autant, l’efficacité de ces actions reste limitée en raison du manque de formation et d’expertise dans les systèmes de gestion de la qualité et de la traçabilité. En somme, ces 2es rencontres scientifiques internationales ont été une occasion d’échange d’expériences entre les différents acteurs du secteur notamment dans les avancées technologiques permettant une meilleure maitrise du risque alimentaire, la proposition de stratégies efficaces en matière de sécurité sanitaire des aliments, et la maitrise des risques en restauration collective. Rappelons enfin que l’ESSAIA avait organisé en 2016 ses premières rencontres scientifiques internationales ayant pour thème « La labellisation des produits du terroir : état des lieux et perspectives », un événement qui avait permis de faire un premier point de situation sur le processus de labellisation des produits du terroir algérien mais et offert également un espace d’échange d’expériences et d’informations concrètes entre chercheurs et opérateurs socioéconomiques impliqués.
Y. M.



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