Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 121 - Juin 2019

Go

Tlcomunications

Aucune alternative la russite

Houda-Imane Faraoun, ministre de la Poste, et des TIC

Par Leila BOUKLI



El-Djazair.com : Passer de chercheur confirmé à un poste politique, est-ce un grand changement?

Houda-Imane Faraoun: Voyez-vous madame, faire de la science, c’est avant tout mieux connaître son monde et son entourage, s’en imprégner et œuvrer pour son progrès ; c’est un peu pareil quand il s’agit de faire de la politique. C’est simplement l’approche qui change. Si l’on se penche un peu sur l’histoire des sciences, on s’aperçoit qu’à d’autres époques les scientifiques ont été remarquablement plus impliqués dans la vie politique de leurs nations. Un des exemples qui me viennent à l’esprit en ce moment est celui de Paul Langevin. Excellent scientifique à qui on doit l’invention du sonar, et qui a des achèvements dans des domaines diversifiés (magnétisme, gaz ionisés, mouvement brownien, etc.), il fut l’un des premiers à comprendre l’importance de la théorie de la relativité, et il soutint fortement Einstein à une époque où l’antigermanisme et l’antisémitisme étaient puissants en France. Il s’est battu pour la paix, pour les mutins de la mer Noire, contre le fascisme et le nazisme, il a été président de la Ligue des droits de l’Homme… Sans compter son rôle dans les conseils Solvay. Bref, il montre qu’on peut être un grand scientifique, un grand enseignant, et aussi un citoyen engagé en politique. Donc pour répondre à votre question, il ne s’agit pas d’un grand changement, l’engagement est le même et l’objectif est le même, la volonté par contre est redoublée.

El-Djazair.com : Si je comprends bien, vous comptez introduire la recherche dans les TIC?

Houda-Imane Faraoun : Les technologies de l’information et de la communication sont en perpétuelle révolution, à peine un produit est né, que son successeur est déjà en phase de gestation. L’accompagnement par la recherche, appliquée en premier lieu mais également théorique et avant-gardiste, est un impératif pour la réussite du secteur.

El-Djazair.com : Plusieurs facteurs ont contribué au fait que le secteur des TIC a pris un retard palpable en Algérie ?

Houda-Imane Faraoun : Au-delà de la contrainte économique relative au déploiement sur un territoire aussi vaste que le nôtre, il y a l’appropriation des technologies qui ne s’est pas encore opérée, ou du moins qui s’opère très lentement. Ceci handicape l’émergence de l’innovation dans les TIC au niveau national. Le développement d’un tissu industriel dans les produits liés aux TIC, je cite à titre d’exemple la fibre optique, permettrait de créer un environnement favorable où les compétences pourront s’exprimer et se développer à volonté.

El-Djazair.com : Votre département compte-t-il fabriquer la fibre optique, actuellement importée?

Houda-Imane Faraoun: Le besoin en fibre optique est grandissant en Algérie. Nous serons amenés dans les années à venir à installer des centaines de milliers de kilomètres pour un déploiement efficace sur l’ensemble du territoire. D’autre pays, notamment africains, suivent la même voie et manifestent les mêmes besoins. S’approprier l’industrie de la fibre optique serait non seulement le moyen de réduire le coût en évitant l’importation, mais également l’occasion de créer de la valeur ajoutée, de créer de l’emploi pour les diplômés des universités, de développer un écosystème favorable au développement technologique, mais également d’ouvrir des perspectives gigantesques pour l’exportation.

El-Djazair.com : Comment ?

Houda-Imane Faraoun : Une étude technico économique est en cours pour mettre en place le meilleur schéma participatif pour développer cette industrie.

El-Djazair.com : Est-ce à dire que les scientifiques sont déjà à pied d’œuvre ?

Houda-Imane Faraoun : Effectivement, une équipe de jeunes scientifiques est déjà engagée sur l’étude du volet technologique ; alors que pour le financement du projet, un appel sera lancé pour créer un consortium capable de prendre en charge un projet 100% algérien.

El-Djazair.com : Votre accession au poste de ministre a-t-il était motivé par vos compétences ?

Houda-Imane Faraoun: De toutes les façons je n’ai pas grand-chose d’autre à offrir, si ce n’est mon acharnement à la tâche et mon amour pour l’Algérie. Lorsqu’il s’agit de travail, je suis une personne assez envahissante. Je ne peux pas me contenter d’effleurer un dossier, ni m’empêcher de creuser, d’aller au fond, de faire des investigations. Je me retrouve toujours à travailler sur une pléthore de dossiers en parallèle. Ayant été dans le secteur de la recherche, cela m’a souvent conduit sur des dossiers intersectoriels. Je pense que j’ai été remarquée, mise à l’épreuve et choisie pour assumer des responsabilités plus larges. Je ferai en sorte que jamais ce choix ne soit regretté.

El-Djazair.com : Vous êtes femme, professeur des universités, jeune, jolie. Vos rapports avec vos collègues ?

Houda-Imane Faraoun : Très fraternels. Pour ne rien vous cacher, j’ai toujours été à l’aise avec les relations verticales, notamment d’hiérarchie, et en aucun moment je n’ai redouté de trouver une quelconque difficulté à gérer un département de cette taille. Par contre, j’ai eu un moment d’hésitation sur l’accueil que me réserveraient les membres du gouvernement. Cette hésitation fut très vite dissipée, ayant été accueillie dans un esprit de fraternité et de collégialité. Un seul mot d’ordre, être solidaire et travailler en équipe.

El-Djazair.com : Votre agenda vous permet-il de goûter aux joies de la famille ?

Houda-Imane Faraoun : Pas autant que je le souhaiterais. Mais cela n’a rien de nouveau, cela fait un moment que j’expérimente le sacrifice de la vie familiale, et je pense avoir trouvé le bon équilibre qui me permet de donner le maximum à mon travail sans pour autant me priver du soutien moral que me procurent les courts, mais très denses, moments que je passe avec mes proches.

El-Djazair.com : Avez-vous un message à faire passer aux femmes algériennes ?

Houda-Imane Faraoun : Ne vous embourbez pas dans de faux problèmes et des considérations pseudo-modernistes. Etre une femme moderne, c’est avant tout prendre part au développement de la nation, dans toutes ses dimensions, et quel que soit le volet où l’on s’engage. Etre une femme moderne ne passe certainement pas par l’abandon de la féminité ni par l’adoption d’un comportement masculin. Etre une femme moderne passe surtout par l’accomplissement de soi et la persévérance à réussir tout ce que l’on entreprend. En tant que femme, j’entends que l’on me respecte, que l’on me donne les mêmes chances et opportunités pour mon développement personnel, mais j’attends aussi que l’on me juge selon mon mérite, sans traitement de faveur. J’entends être une force constructive, en tant que citoyenne, être un acteur du progrès, et j’attends que je sois associée à l’épanouissement de mon entourage. Ce que je peux dire à mes concitoyennes c’est : définissez votre objectif et travaillez pour l’atteindre ; ne regardez pas trop autour et fixer l’horizon. Vous verrez que votre valeur se définit par votre apport dans votre environnement et par rien d’autre. Tel était le cas pour toutes les grandes dames de l’histoire.

El-Djazair.com : Qui a en premier contribué à faire de vous la personne que vous êtes aujourd’hui?

Houda-Imane Faraoun : Une femme. La meilleure de toutes. Ma mère. Elle m’a appris à avoir confiance en moi, à être fière de moi, et surtout à avoir de l’estime pour ma personne. Voyez-vous, il s’agit des ingrédients de base d’une vie réussie. Lorsqu’on a confiance en soi on avance. Lorsqu’on est fière de soi on ne s’encombre pas avec les préjugés. Et lorsqu’on a de l’estime pour soi, on refuse toute alternative à la réussite. Merci maman.
L. B.



Du même auteur

Par Leila BOUKLI

Les plus lus

Saison estivale
Par Farid HOUALI.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya De Annaba

Version PDF