Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 110 - Dec 2017

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Emploi

Vers l’institutionnalisation de la relation Emploi-Université

Afin de rapprocher les jeunes diplômés du monde du travail

Par Yahia MAOUCHI



Un projet d’envergure dénommé Tawdif pour l’amélioration des perspectives d’emploi des diplômés universitaires vient d’être lancé en Algérie. S’étalant sur 31 mois, cette initiative est financée par le Royaume-Uni et mise en œuvre depuis le mois de septembre 2016 par le Bureau international du travail (BIT). Ce projet est actuellement mis en œuvre dans trois wilayas pilotes, à savoir Tlemcen, Bejaia et Biskra avec trois objectifs, Il s’agit notamment du renforcement des aptitudes des étudiants en techniques de recherche d’emploi et d’entrepreneuriat, de l’amélioration de l’adéquation des formations avec l’exigence du monde de travail et aussi du renforcement des capacités des structures institutionnelles concernées par l’insertion professionnelle des jeunes. Un comité de pilotage englobant les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et celui du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, les agences ANEM (Agence nationale de l’emploi) et l’ANSEJ (Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes), en partenariat avec l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) et la CGEA(Confédération générale des entreprises algériennes) a été mis en place. Si auparavant le problème du « cadrage juridique » se posait, celui-ci vient d’être levé avec l’annonce faite par Noureddine Ghouali, directeur général des enseignements et de la formation supérieure au ministère, à l’occasion d’une rencontre portant sur la thématique « De l’Université au monde du Travail », organisée à l’École supérieure d’hôtellerie et de restauration (ESHRA, Ain Benian), par le ministère du Travail et le Bureau international du travail (BIT), en présence de Mohamed Ali Deyahi, directeur du bureau de BIT à Alger pour les pays du Maghreb, et Mme Saïda Neghza, présidente de la Confédération générale des entreprises algériennes.
Sur ce sujet, le représentant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé que le ministère compte présenter prochainement, un texte de loi qui permettra d’institutionnaliser la relation entre l’université et l’entreprise. Il est nécessaire, estime-t-il, de mener des actions concrètes notamment en ce qui concerne le nombre de formations mises en place par le ministère. « Nous avons ramené le nombre de formations de 6000 à 800 permettant ainsi plus de visibilité », a-t-il dit. Ces réformes visent notamment la création des liens forts entre l’université et le monde du travail. Dans le même sillage, Mourad Zemali,  ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, a souligné que l’Algérie a investi considérablement dans les différents dispositifs d’emploi pour soutenir l’insertion des jeunes, notamment les diplômés de l’enseignement supérieur. Cet effort s’est traduit par la mise en œuvre du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP), géré par l’ANEM à partir de 2008, et les dispositifs de soutien à l’entrepreneuriat, gérés par l’ANSEJ et la CNAC, respectivement en 1997 et 2004, auxquels viennent s’ajouter les dispositifs gérés par le secteur de la Solidarité nationale.
La mise en place de ces dispositifs s’est également traduite par « un effet direct sur la création d’emploi et sur l’évolution à la baisse du taux de chômage, notamment des jeunes, qui est passée de 54% en 2000 à 29,7% en 2017». Tandis que «le taux de chômage global, qui était de 29,5% en 2000, a été ramené à 12,3%, en avril dernier». Concernant le taux de chômage des diplômés, ce dernier est passé de 21,4% en 2010 à 17,6% en avril 2017. Relevant que l’Algérie est citée parmi les nations ayant consenti le plus d’efforts et consacré d’importants moyens financiers aux secteurs de l’Éducation, de la Formation et de l’Enseignement supérieur, et d’une manière générale à la promotion de sa ressource humaine, le ministre a fait savoir qu’«en l’espace de quatre décennies, le nombre d’étudiants est passé d’un peu plus de 12.000, à plus de 1.6 million, cette année ». Et de préciser qu’« en 2016, ce sont plus de 324.000 diplômés qui sont sortis des universités algériennes ». Cependant, poursuit M. Zemali, « force est de constater que sur le nombre de plus en plus important des sortants de l’université qui arrivent sur le marché du travail, un grand nombre est confronté à de sérieuses difficultés d’insertion dans le monde du travail, notamment les diplômés en sciences humaines ». Un problème loin d’être l’apanage  de l’Algérie, fera-t-il remarquer, puisque, selon des études menées par le BIT, le chômage des jeunes est resté, au cours des deux dernières décennies, en moyenne, trois fois plus élevé que celui des adultes, et, dans certains cas, il en est cinq fois supérieur. L’une des raisons identifiées pour le chômage des diplômés de l’enseignement supérieur réside dans l’insuffisance d’adéquation entre leur cursus de formation, et les besoins des entreprises. « Les jeunes optent souvent pour des filières universitaires, académiques et rarement professionnelles, avec des perspectives d’emploi limitées ce qui limite ainsi leurs chances d’insertion dans le monde du travail. De nos jours, le diplôme, à lui seul, ne constitue plus une protection contre le chômage », souligne le ministre de l’Emploi.

Création de trois Clubs de recherche d’emploi
Compte tenu de l’insuffisance de l’intersectorialité en matière de prise en charge de la problématique de l’insertion professionnelle de jeunes diplômés, les relations formelles entre les universités et les entreprises sont peu nombreuses. Toutefois, il est intéressant de relever que certaines universités ont commencé à piloter des centres de carrières appelés « Bureau de liaison Entreprise-Université-Bleu » qui établissent des liens entre elles et les entreprises. Dans ce contexte, le projet « de l’université au monde du travail » s’inscrit pleinement, dira le ministre, « dans notre démarche visant la mise en place des actions nécessaires de reconversion pour les diplômés de l’enseignement supérieur demandeurs d’emploi et des actions de formation à l’insertion professionnelle des étudiants, dans le contexte d’un renforcement de la coopération entre les universités et les entreprises ». L’objectif final étant d’offrir des perspectives d’emploi améliorées pour les diplômés universitaires à travers l’amélioration de leurs compétences en recherche d’emploi, de leur employabilité de base et de leur aptitude à l’entrepreneuriat. Il a fait savoir en outre qu’une enquête sur les besoins en compétences auprès des entreprises a été lancée et que trois premiers clubs de recherche d’emploi ont été créés au niveau des universités de Bejaia, Tlemcen et Biskra. « Ces clubs permettront d’offrir des conseils et des orientations, pour une meilleure intégration dans le marché de l’emploi et un accompagnement de qualité pour maîtriser les différentes techniques d’embauche ». D’autre part, la mise à disposition de l’ANEM d’une nouvelle mallette sur les techniques de recherche d’emploi à destination des jeunes devrait permettre à 500 conseillers de l’Agence nationale de l’emploi et au personnel universitaire de maîtriser les techniques de recherche d’emploi améliorées. Les résultats des enquêtes prévues dans le cadre de ce projet permettront, souligne le ministre du Travail, d’identifier au mieux les besoins en compétences et d’informer les acteurs locaux en vue de développer des actions de promotion de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Par ailleurs, convié à prendre la parole, Barry Lowan, ambassadeur du Royaume-Uni en Algérie, a, notamment, déclaré que « le Royaume-Uni est fier de soutenir l’OIT, ainsi que les institutions et l’université algériennes, afin d’aider les jeunes Algériens à aboutir à un projet professionnel cohérent, mais surtout à intégrer avec succès le monde du travail ». Tout en saluant l’importante coopération entre l’université, les institutions publiques et le secteur privé, le diplomate britannique a émis le souhait de voir cette coopération «de plus en plus régulière».

Une tripartite sur la relation Université-Entreprise
Dans le but de renforcer l’insertion des jeunes diplômés de l’université dans le monde du travail, Abdelmadjid Sidi-Said, Secrétaire général de l’UGTA,  a annoncé que « l’UGTA proposera, à l’occasion de la tenue prochaine de la 20e réunion tripartite, l’organisation d’une rencontre exceptionnelle qui sera consacrée à la problématique portant sur la relation entre l’université et l’entreprise pour débattre des mesures à prendre dans ce domaine ». Ainsi, dans l’optique de colmater le schisme entre universités et entreprises, la tripartite annoncée devrait s’enquérir des moyens à même de mettre les deux secteurs en phase en tablant essentiellement, toujours d’après les déclarations de Sidi Saïd, sur l’anticipation et l’orientation des étudiants pendant le cursus universitaire vers les secteurs employeurs, en y associant les entreprises. Une politique qui, d’ailleurs, a fait son chemin aussi bien dans le secteur de l’Enseignement supérieur que dans celui de la Formation professionnelle. Cette rencontre vise, selon M. Sidi Saïd, à « créer une passerelle » entre l’université et l’entreprise pour renforcer l’insertion professionnelle des jeunes universitaires diplômés, relevant que « 75% des demandes d’emploi reçues par la cellule de l’emploi au niveau de l’UGTA, émanent des jeunes universitaires de différentes filières ». Pour remédier à cette situation, le patron de la centrale syndicale a indiqué que l’objectif de la prochaine rencontre « est de rapprocher l’université de l’entreprise », appelant à anticiper et à orienter l’étudiant pendant son cursus universitaire vers le monde du travail avec la participation de tous les acteurs concernés. « Il faut agir rapidement et dépasser les clivages entre les universitaires et les chefs d’entreprises », a appelé Abdelmadjid Sidi Said.

Y. M.



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