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Le Président Abdelmadjid Tebboune affirme :

« La vie des Algériens est plus importante que toute autre chose»


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20 Mai 2020 | 10:00
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Auteur : Yahia MAOUCHI


Le président de la République Abdelmadjid Tebboune s’engage à «prendre en charge l’ensemble des revendications sociales» des citoyens, et estime qu’il est nécessaire « de passer à la vitesse supérieure» dans le changement politique.

Née de la volonté révolutionnaire et de la solidarité de tous ses enfants, l’Algérie ne changera pas. En dépit de la crise sanitaire qui frappe le pays depuis le début du mois de mars, pour les plus hautes autorités de pays, la santé des Algériens est plus importante que l’économie. « Nous faisons prévaloir la vie du citoyen sur l’économie, car la vie de l’Algérien est au-dessus de toutes considérations », confesse le président de la République. « La vie du citoyen algérien est plus importante pour nous plus que toute autre chose. Nous essayerons de faire preuve de sagesse dans nos décisions. Nous n’essayons nullement d’imiter un autre pays. Nos décisions sont basées uniquement sur ce que disent nos scientifiques en matière d’épidémiologie. » C’est l’une des phrases-phares du président de la République, lors de l’entrevue avec des responsables de médias nationaux diffusée par la Télévision et la Radio nationales. Ainsi, à travers cette réponse, le chef de l’Etat réitère toute l’importance qu’accordent les pouvoirs publics à la vie humaine, qui demeure l’une de leurs priorités en ces temps de pandémie. « Le plan adopté par l’Algérie auquel elle a associé ses professeurs en médecine et ses spécialistes en la matière a donné des résultats positifs», relève-t-il. Cependant, poursuit le Président Tebboune, «nous sommes attristés par le décès de chaque Algérien tant pour les médecins exposés au danger que pour nos concitoyens ». À cet effet, Abdelmadjid Tebboune regrette le fait que la situation sanitaire se dégrade à nouveau, déclarant que « nous étions sur le point de vaincre l’épidémie avant de ré-autoriser la reprise des activités commerciales». À cet égard, le Président affirme que si le nombre d’infections augmentait davantage, il serait probable d’imposer des mesures de confinement draconiennes. Rappelons que le gouvernement avait décidé, début Ramadan, l’extension de la liste des commerces pouvant rouvrir tels que ceux de l’habillement et des gâteaux traditionnels, néanmoins certains locaux ont enregistré une grande affluence sans respect des mesures sanitaires, une situation que le Président Tebboune estime incompréhensible. « Nous avons tenté d’établir un équilibre entre le confinement et ce qui peut être protégé de l’économie nationale. Nous avons relancé certaines activités jugées nécessaires par le gouvernement mais le problème n’est pas tant l’allègement ou la réouverture de certains magasins que le comportement des citoyens », dénonce M. Tebboune. La fermeture des magasins rouverts au début du mois de Ramadhan est devenue « une revendication populaire » après la hausse de nombre de cas de Covid-19 enregistrée récemment, fait-il savoir.

Prise en charge des préoccupations sociales
Dans le même contexte, Abdelmadjid Tebboune rassure que le confinement sanitaire n’augmentera pas le chômage. Cependant, il relève que l’agriculture en Algérie génère près de 25 milliards de dollars annuellement, ajoutant que le pays possède près de 27 millions de têtes de bétail. De plus, il est possible de produire et de satisfaire les besoins nationaux en huile et en sucre, à travers l’agriculture saharienne, capable de contribuer à la réduction de la facture des importations, avance le premier magistrat du pays. Par ailleurs, le Président affirme que les couches moyennes et défavorisées de la société continueront à bénéficier des soutiens directs et indirects de l’Etat, que la politique généreuse du logement ne changera pas, que toutes les catégories socioprofessionnelles méritantes seront accompagnées, et leur pouvoir d’achat sera augmenté. A cet effet, M. Tebboune s’engage que les projets de logement ne seront pas arrêtés en dépit des difficultés financières auxquelles fait face le pays, à la suite de la chute des cours du pétrole, assurant que la question du logement est l’un des éléments les plus importants du programme du développement humain en Algérie. En outre, le président de la République annove que les projets seront relancés sans aucun problème, avec la mobilisation des assiettes foncières nécessaires. « Ces projets seront encore moins coûteux que l’on ne le pensait », promet-il.
Sur le plan social, le Président Tebboune assure que « nous disposons de moyens d’évaluation et de contrôle. Nous prendrons en charge toute personne ayant perdu sa source de revenu, notamment les journaliers », avant d’ajouter que « le gouvernement s’attelle à l’examen d’une politique bien ficelée pour les industriels et les commerçants ayant enregistré des pertes importantes du fait de la pandémie », citant entre autres les procédures de soutien adoptées et l’allègement des impôts. En somme, au volet social, le Président de la République s’engage à prendre en charge toutes les préoccupations sociales après la crise sanitaire, et ce loin de la politique d’achat de consciences. « Cela n’a rien à voir avec un quelconque prétendu achat d’une paix sociale. Non, l’Algérie est ainsi faite. Née de la volonté révolutionnaire et de la solidarité de tous ses enfants, elle ne changera pas », souligne le chef de l’Etat. Il s’engage, en outre, à résoudre les problèmes de toutes les catégories, à l’instar du personnel du secteur de l’éducation, et ce, selon un programme déterminé, préconisant des tripartites, à l’avenir, pour examiner tous les dossiers. En somme, affirmant appliquer la déclaration du 1er Novembre, consacrant le caractère social de l’Etat algérien, Abdelmadjid Tebboune réitère, dans toutes les réponses aux questions, l’objectif essentiel de la République, à savoir donner aux Algériens les moyens de vivre heureux. Mais pour vivre heureux, il faut au minimum un toit qui préserve la dignité.

Pas de recours à l’endettement extérieur
Par ailleurs, en dépit de la double crise sanitaire et pétrolière dans laquelle patauge le pays, le chef de l’Etat rassure que l’Etat ne recourra ni à l’endettement extérieur ni à la planche à billets pour ses besoins financiers face à la chute des prix du pétrole, mais plutôt à l’emprunt auprès des citoyens. Concernant la première solution, il soutient d’abord que l’Algérie ne recourra pas aux crédits extérieurs. «Nous n’irons pas au Fonds monétaire international (FMI) ni à la Banque mondiale car l’endettement porte atteinte à la souveraineté nationale. Une expérience que nous avons vécue au début des années 1990. Si nous empruntons aux banques étrangères, on ne peut parler ni de la Palestine ni du Sahara Occidental », argue-t-il. Toutefois, le président de la République précise que l’endettement extérieur demeure une « possibilité » pour les projets économiques à haute rentabilité, comme la construction d’un port commercial. De façon plus claire, il affirme que si nous nous endettons pour 2 milliards de dollars pour un projet d’investissement qui nous rapportera par la suite 4 milliards de dollars, ce type d’endettement n’est pas exclu. Abdelmadjid Tebboune rejoint ainsi un large cercle d’économistes nationaux qui plaident pour ce mode d’endettement extérieur : s’endetter pour des projets d’investissements productifs de biens et services rentables et non pas pour l’importation ou la consommation. Le chef de l’Etat exclut également la planche à billets à cause de ses répercussions négatives. « La question est de savoir qui paiera cette dette ? Une telle démarche entraînera une hausse de l’inflation alors que le revenu des ménages restera stable.» Plus optimiste, le Président de la République opte plutôt pour le recours à l’emprunt local. « Nous préférons emprunter aux Algériens en leur donnant toutes les garanties nécessaires. » Et de préciser en ce sens que « le secteur privé représente quelque 6 000 milliards de dinars ou 10 000 milliards de dinars de fonds et que des garanties et des facilitations seront accordées aux propriétaires de ces fonds pour contribuer à l’économie nationale. Si certains demandent l’ouverture de banques islamiques sans intérêts, la porte est ouverte, et la Banque centrale est prête à accorder l’agrément. » Le chef de l’Etat par cette déclaration veut drainer l’argent qui circule hors des circuits bancaires et celui de la communauté d’affaires et des particuliers.

Lutte contre la surfacturation
Interrogé à ce sujet, le président de la République se veut optimiste sur la possibilité de sortir de la situation économique que traverse le pays en raison du Covid-19 et de la chute des prix du pétrole. Les raisons de cet optimisme ? La stabilité des réserves de change en Algérie, due à l’élimination de la surfacturation. « La cadence de consommation des réserves de change du pays sera moins rapide que les années précédentes grâce à l’élimination du phénomène de la surfacturation et du surcoût des projets en Algérie. A cet effet, nous avons réussi, à préserver près de 30 % de nos réserves de change », affirme-t-il. Par ailleurs, parmi les facteurs ayant permis de contrôler les réserves de change, le Président Tebboune relève « la maîtrise des importations, en ce sens que nous n’importons que ce dont le pays a véritablement besoin ». Pour le Président Tebboune, la valeur des produits alimentaires nécessaires dont a besoin le pays s’élève à près de 9 milliards de dollars par/an, ajoutant que beaucoup de produits importés auparavant seront fabriqués localement et par conséquent, interdits d’importation.

Une crise pétrolière conjoncturelle
Interrogé sur la crise pétrolière que les pays producteurs de pétrole, et notamment l’Algérie, M. Tebboune estime qu’il s’agit d’une crise « conjoncturelle et non structurelle ». Le chef de l’Etat table sur une remontée des cours du pétrole à 40 et 45 dollars le baril le second semestre 2020. « La roue de l’économie mondiale ralentie en raison de la pandémie sera relancée prochainement. Même si la relance de l’économie mondiale est de l’ordre de 20% seulement, les prix du pétrole augmenteront. Certes la crise sanitaire et pétrolière a créé en Algérie une situation difficile mais elle est loin d’être catastrophique », assure le Président Tebboune.

Des ressources minières inexploitées
Dans le même ordre d’idées, le chef de l’Etat indique que l’Algérie pourra avoir dans deux années une croissance économique forte « pour peu que des hommes d’affaires intègres s’impliquent », appelle-t-il, annonçant la préparation du lancement de l’exploitation des ressources naturelles et minérales inexploitées à ce jour. «L’Algérie regorge d’importantes ressources inexploitées à l’instar des minéraux rares. L’Algérie occupe la 3e ou 4e place au monde, en termes de réserves, notamment pour l’or, le diamant, l’uranium, le cuivre et bien d’autres. J’ai donné des instructions au ministère de l’Industrie pour établir un recensement précis de ces richesses et élaborer un cahier des charges avec des banques d’affaires aux fins de leur exploitation. C’est inconcevable pour l’Algérie de ne pas exploiter ces ressources et d’interdire aux autres de le faire. S’il est nécessaire de s’associer avec des pays amis dans ces projets, nous le ferons », indique le Président de la République.

Le projet de révision de la Constitution
Sur le volet politique, et en dépit de la crise sanitaire qui frappe le pays, depuis le début du mois de mars, le président Tebboune assure que les choses ne vont pas durer plus longtemps, appelant ainsi à passer à la vitesse supérieure dans les changements politiques. « En ce qui concerne l’activité politique, j’ai donné des instructions pour entamer l’impression du texte du projet de révision de la Constitution et de l’envoyer aux acteurs politiques, à la société civile et aux médias pour débat et enrichissement, et ce, dès la semaine prochaine », précise le président de la République. Une démarche qui vise, dira-t-il à éviter la perte de temps même en cas de prolongement du confinement imposé actuellement du fait de la propagation du Covid-19. Abondant dans le même sillage, le Président Tebboune révèle qu’un autre texte est actuellement à l’étude, à savoir le nouveau code électoral, précisant à ce propos qu’une commission spéciale veille à son élaboration pour que l’Algérie ait d’ici la fin de l’année d’autres institutions solides. Un processus que le Président s’engage à mener à son terme. En outre, cette rencontre est également une occasion pour la mise en avant des associations. A cet effet, M. Tebboune, réitère son engagement pour la création d’un plus grand nombre d’associations civiles d’intérêt général tout en bénéficiant de subventions. « La société civile est invitée à prendre les choses en main et à avoir son mot à dire dans la gestion ». Et rappeler qu’il s’agit là d’un engagement qu’il a pris depuis son élection à la tête du pays, le 12 décembre 2019.

La garantie de la liberté d’expression
Pour ce qui concerne la garantie de la liberté d’expression, le Président Tebboune assure qu’elle est garantie en Algérie mais dans les limites du respect de la loi et loin de tout alarmisme, affirmant qu’il s’appuie dans son rapport avec la presse nationale sur «le dialogue continu et l’effort de persuasion ». M. Tebboune relève que depuis son accession à la présidence de la République, le siège de la Présidence est ouvert à tous les médias publics ou privés. Néanmoins tient-il à préciser, « il existe des choses inadmissibles tant pour nous que pour les journalistes qui dénoncent, eux aussi, cette confusion entre la notion de liberté et l’anarchie ». «Tandis que certains journalistes commettent des erreurs par manque de formation ou d’expérience et œuvrent à les rectifier, d’autres en commettent délibérément en s’appuyant sur des parties étrangères », soutient-il. Le Président Tebboune assure qu’il « ne déviera pas du principe de la souveraineté nationale et de la Déclaration du 1er Novembre quelles qu’en soient les circonstances ». « La souveraineté avant toute chose. Elle ne fera jamais l’objet de marchandage ou d’achat des consciences», avertit-il. Et de réitérer son engagement à soutenir la liberté d’expression « sans laquelle on ne saurait avancer davantage », soulignant sa détermination à « lutter avec acharnement contre l’insulte, l’injure, la diffamation et le faible niveau qui a parfois provoqué des problèmes diplomatiques à travers les programmes télévisés ». Le Président Tebboune cite les différentes facilitations dont jouissent près de 126 quotidiens, dont la majorité «fait la publication et l’impression aux frais de l’Etat, outre la publicité dont ils jouissent, alors qu’ils ne payent aucun droit d’abonnement à Algérie presse service, ni impôts, et malgré cela, nous ne les avons pas fermés». « La démocratie ne saurait être bâtie sans un Etat fort qui recourt à la loi, seul moyen pour trancher, et c’est là notre ambition », rappelle-t-il.

L’examen du baccalauréat maintenu
Sur un autre chapitre, le président de la République aborde le sort de l’année scolaire 2019/2020, précisant qu’il n’y aura pas d’année blanche et que la décision de passer les examens nationaux dépend de l’évolution de l’épidémie dans le pays. L’examen du baccalauréat aura bel et bien lieu, confirme-t-il, selon les conditions exceptionnelles que traverse la nation et sera basé sur les cours dispensés durant la période précédant le confinement. Ce qui permet de lever l’ensemble des craintes quant à l’avenir des enfants. S’agissant des examens nationaux du primaire et du moyen (5e et BEM), le Président Tebboune appelle à temporiser, car l’année scolaire s’achève habituellement vers le 15 juin. «Si les chiffres, concernant la propagation du Covid-19 venaient à baisser, nous pourrons envisager une solution. En revanche, si le scénario contraire se produit, il y aura d’autres issues à prévoir, mais pas celle de l’année blanche et les élèves concourront aux épreuves sur les cours qui leur ont été dispensés», assure-t-il. « La définition du seuil des cours reviendra aux enseignants » auxquels il promet de résoudre leurs problèmes liés aux salaires, aux statuts et autres, selon un calendrier à arrêter graduellement.

L’économie du savoir
Concernant le secteur de l’Enseignement supérieur, le président de la République salue l’esprit d’innovation chez les jeunes, qui a éclos en pleine crise de coronavirus, se félicitant de « la richesse des cerveaux» dont dispose l’Algérie et qui lui permet de créer de la richesse à partir de rien. A ce propos, M. Tebboune exhorte à accorder aux universitaires plus de facilités pour même fin à leur émigration à l’étranger, soulignant que l’Algérie se dirige vers une économie du savoir. «L’Algérie, pays fort de sa jeunesse, dispose de près de 100 centres universitaires qui forment entre 250.000 et 300.000 diplômés par an», se félicite-t-il, ajoutant avoir instruit le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à l’effet de permettre aux étudiants universitaires de mieux exploiter leurs énergies, l’université n’étant « pas un distributeur de diplômes, mais plutôt la base de tout développement ». Dans ce contexte, le Président Tebboune indique avoir autorisé chaque université à créer un bureau d’études commercial qui traite avec son environnement économique, pour faire de l’université un facteur d’influence direct sur l’économie.
Y. M



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