Épidémie de Covid-19 en Algérie. Quels enseignements faut-il en tirer ?

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De toute l’histoire de l’humanité, il n’y a jamais eu d’épidémie ou de pandémie qui ont été à l’origine d’une mobilisation internationale aussi importante que celle à laquelle a conduit l’infection Covid-19, et d’une couverture médiatique d’une telle ampleur pour les raisons que tout le monde connaît. De nombreux dirigeants, dont ceux des pays considérés comme dotés de systèmes sanitaires développés, ont déclaré, après plusieurs semaines de lutte, que leurs pays n’étaient pas suffisamment préparés pour faire face à la pandémie liée à la Covid-19 qui a mis à nu de nombreuses défaillances au niveau de leurs systèmes sanitaires.

De toute l’histoire de l’humanité, il n’y a jamais eu d’épidémie ou de pandémie qui ont été à l’origine d’une mobilisation internationale aussi importante que celle à laquelle a conduit l’infection Covid-19, et d’une couverture médiatique d’une telle ampleur pour les raisons que tout le monde connaît.
De nombreux dirigeants, dont ceux des pays considérés comme dotés de systèmes sanitaires développés, ont déclaré, après plusieurs semaines de lutte, que leurs pays n’étaient pas suffisamment préparés pour faire face à la pandémie liée à la Covid-19 qui a mis à nu de nombreuses défaillances au niveau de leurs systèmes sanitaires.
Comme cela est connu, un système sanitaire est d’autant plus performant que tous les acteurs intervenants, représentés par le personnel soignant (médecins, paramédicaux), le corps administratif, le corps pharmaceutique, avec ses volets biologique et industriels, ainsi que le personnel de soutien (agents de sécurité, agents de nettoyage) ont été bien formés sur les plans aussi bien théorique que pratique dans leurs domaines respectifs. Ajouté à cela, une stratégie dans laquelle tous les intervenants connaissent leurs devoirs, leurs droits, leurs tâches ainsi que les objectifs qui leur sont fixés. Tous ces atouts permettent de faciliter la coordination entre ces différents acteurs, une condition nécessaire pour optimiser la qualité des soins. Cette optimisation est d’autant plus importante qu’un système sanitaire est doté de méthodes d’évaluation permettant d’accéder en temps réel à l’état des lieux au niveau de tous les maillons d’intervention, ainsi qu’aux différents dysfonctionnements de telle manière à apporter les ajustements nécessaires. Toute cette dynamique rappelle celle d’un moteur de voiture dont les pièces ont été assemblées et reliées à un tableau de bord dont les signaux permettent de renseigner en temps réel sur son état, ainsi que d’orienter la recherche des causes des dysfonctionnements.
Une question se pose d’elle-même : à quels dysfonctionnements ont fait allusion les dirigeants de ces différents pays ? S’agit-il d’un problème d’aptitude au niveau des différents corps lié à la qualité de leurs formations théorique et pratique ? D’un problème de coordination entre les différents corps ? D’un manque de moyens matériels pour faire face à cette pandémie ? D’un problème lié aux méthodes d’évaluation qui n’ont pas permis de dépister et de prévenir les dysfonctionnements ? S’agit-il d’une origine multifactorielle résultant d’une combinaison, à des degrés variables, entre ces différents dysfonctionnements ?
De la voix de nombreux dirigeants dans le monde, la lutte contre cette pandémie a été considérée comme une véritable guerre ayant été à l’origine d’une mobilisation de toutes les forces vives d’un pays tant sur le plan sanitaire que sur les plans social, économique et sécuritaire. Sur le volet sanitaire, plusieurs batailles ont été livrées, sur plusieurs fronts, afin de tenter de freiner cette épidémie. Le confinement et les gestes barrières avaient pour but de rompre la chaine de transmission de la maladie. Les examens virologiques et radiologiques tels que la PCR et le scanner thoracique ont été utilisés dans le dépistage et le diagnostic positif de l’infection. Les médicaments, et à leur tête l’hydroxychloroquine étaient indiqués dans les formes symptomatiques de la maladie, alors que les unités de réanimation avaient pour tâche de prendre en charge ses formes graves.
Une des batailles clefs sur le plan stratégique était celle de l’information dans tous ses aspects. Il s’agissait d’informer et de sensibiliser la population dans le but de lui faire prendre conscience des risques de cette pandémie. Ce maillon de la stratégie avait également pour rôle de collecter des données sur le terrain afin de s’enquérir de l’évolution de l’épidémie et d’apporter les ajustements nécessaires. Dans une situation idéale, et face à cette pandémie totalement imprévisible liée à ce nouveau virus, une stratégie efficace est celle qui permet à un pays de : concevoir ses propres tests virologiques et de les fabriquer en quantité suffisante afin de réussir la stratégie basée sur le diagnostic, le dépistage de masse et le confinement des cas positifs. Cela n’est évidemment possible que grâce à une collaboration étroite entre l’industrie pharmaceutique et la recherche scientifique. La remarque pourrait s’appliquer aux masques et à tout le matériel de protection dont le rôle dans la rupture de la chaine de transmission intrahospitalière, ainsi qu’au niveau de la population générale, n’est plus à démontrer. Mettre au point un traitement efficace permet de limiter la propagation de l’infection Covid-19 et de prévenir ses formes graves. L’optimisation de ce traitement passe obligatoirement par une formation préalable continue, théorique et pratique, de l’ensemble du corps médical (médecins généralistes et médecins spécialistes) et paramédical afin de mener à bien les démarches diagnostiques et les plans d’action thérapeutiques. Disposer d’unités de soins intensifs, rapidement accessibles pour les patients, répondant aux standards internationaux aussi bien sur le plan humain que sur le plan matériel, qui ont pour objectifs de réduire les taux de mortalité des formes graves de cette affection. Disposer de leaderships préalablement formés, à l’échelle locale, régionale et nationale dans tous les domaines intervenant dans la gestion de cette pandémie et dont le plan d’action, dirigé par des coordinateurs de haut niveau, permet, grâce à une maitrise de toutes les interfaces sociale, politique et économique, de concrétiser sur le terrain la stratégie adoptée. Rendre l’action des différents intervenants plus efficace et plus accessible à l’évaluation grâce une base de données locale, régionale et nationale, centralisée, reliée en réseau et permettant de faire un état des lieux en temps réel. Être capable de gérer en parallèle toutes les autres urgences telles que les hémorragies digestives, les formes graves de maladies neurologiques, cardiovasculaires, pulmonaires et bien d’autres maladies, certaines d’entre elles étant plus mortelles que l’infection Covid-19.
De l’avis des tous les spécialistes du monde, l’Allemagne reste l’un des rares pays à avoir pu concilier de façon optimale et équilibrée entre tous les aspects de prise en charge de cette infection. En témoigne la faible mortalité chez les patients admis en réanimation et la maitrise de l’épidémie, avec reprise de l’activité économique, dans des délais plus courts que ceux de nombreux pays développés.
Tenter de se rapprocher des performances de ce pays devrait constituer un véritable challenge pour un pays comme l’Algérie. Cela passe par une évaluation objective des résultats obtenus dans la gestion de cette épidémie dans le but d’apporter les ajustements nécessaires dans le futur. Grace aux décisions prises par l’Etat, les mesures de confinement et des gestes barrières ont été optimisées au maximum tout en essayant de maintenir l’équilibre entre la sauvegarde des vies humaines et la préservation d’un service minimum sur le plan des activités socio-économiques. L’analyse des données européennes montre que l’épidémie était d’autant plus importante que la densité de la population était élevée, et que les moyens de transport permettaient un déplacement rapide des individus. A titre d’exemple, les moyens de transport permettent un déplacement 4 à 5 fois plus rapide dans une ville comme Paris par rapport à Alger. Une donnée qui pourrait expliquer le fait que pour les mêmes périodes, le nombre de sujets touchés par l’infection était 7 à 8 fois plus élevé à Paris qu’à Alger. D’autre part, le nombre de sujets atteints dans les régions les moins peuplés de France, un des foyers de cette pandémie, était 6 fois moins élevé par rapport à Paris. Ces données sont importantes à prendre en considération pour gérer la période de déconfinement et prévenir d’autres épidémies dans le futur par l’adoption de mesures permettant des réguler le nombre de passagers dans les moyens de transport, et de mieux répartir la population sur l’ensemble du territoire algérien.
Sur le plan des tests virologiques, il est important de rappeler qu’il existe deux types de tests. Les tests dont les résultats reposent sur l’analyse des prélèvements rhino-pharyngés, avec comme chef de file la PCR et les tests immunologiques sanguins dont les plus utilisés sont les tests rapides. La PCR est plus couteuse, se caractérise par une bonne sensibilité (autour de 70%) et permet de poser le diagnostic d’une infection évolutive. Ainsi sa place est bien définie dans le diagnostic positif de l’infection, dans le dépistage chez les sujets contacts et dans le dépistage de masse. Les tests immunologiques moins couteux ont pour but de rechercher les anticorps dont la détection permet d’établir que le sujet a été infecté par le virus. Toutefois, leur présence ne permet pas de dater l’infection, et peut, à défaut d’une PCR, aider dans la décision thérapeutique chez les sujets symptomatiques. Leur positivité ne permet pas d’évaluer le degré de l’immunisation de l’individu ni de prédire sa durée. Il est évident que pour des raisons de disponibilité, les tests diagnostiques n’ont pas été un point très fort dans la stratégie menée en Algérie. En effet, la PCR et, à défaut, les tests rapides, ont été essentiellement utilisés chez les sujets symptomatiques dans le but de décider de la mise en route du traitement. Ainsi, le dépistage de masse ne semble pas possible pour le moment. On pourrait éventuellement miser sur un dépistage ciblé dans l’entourage des sujets infectés et utiliser, dans le cadre des études épidémiologiques, les tests rapides, qui pourront être fabriqués en quantités importantes en Algérie, pour estimer, parmi la population, le taux d’individus qui ont présenté une infection Covid-19. Il s’agit de stratégies dont l’adoption se fera évidemment après évaluation du rapport coût/bénéfice.
Une des particularités de l’Algérie est d’avoir opté pour une stratégie de Test and treat, basée sur la recherche de l’infection et son traitement par la très controversé, pour des raisons pas très claires, bithérapie associant l’hydroxychloroquine et l’azithromycine. Avant d’aborder la problématique de son efficacité, il est important de préciser que 80% des infections à coronavirus sont bénignes et peuvent guérir de façon spontanée, sans avoir à recourir à un traitement spécifique. Près de 15% des patients feront une pneumonie hypoximiente (diminution de la saturation en oxygène dans le sang) modérée à sévère (nécessité d’un fort débit à oxygène pour maintenir une saturation sanguine acceptable) alors que moins de 5% développeront une forme grave. Ainsi, les vrais enjeux de ce traitement restent la réduction de la contagiosité et la prévention des formes graves de l’infection. L’analyse des résultats obtenus avec les plus de 7000 malades traités en Algérie par la bithérapie, une des plus grandes séries de patients dans le monde, traités par ce protocole, permettra très certainement de contribuer dans la réponse à ces interrogations par l’évaluation du R0 (nombre de sujets contaminés par un sujet infecté) post-thérapeutique et de l’incidence (nombre de nouveaux cas) des formes sévères chez les patients traités. Dans une évaluation préliminaire faite par l’équipe de médecine interne de l’EHS Salim Zmirli d’El Harrach chez plus de 1000 patients, le modèle épidémiologique 80%-15%-5% a été globalement respecté, aucune forme grave et aucune contamination dans l’entourage n’ont été observées parmi les patients traités par bithérapie, après leur sortie de l’hôpital. La tolérance du traitement a été très bonne puisqu’aucun effet secondaire significatif n’a été observé parmi les patients traités. Quatre formes graves, habituellement de très mauvais pronostics, traités durant la même période (14/05/2020 au 17/05/2020) ont favorablement évalué sous biothérapie type Tocizulimab. Toutes ces données devraient être confirmées, sur une plus grande échelle, par l’établissement d’un modèle épidémiologique algérien post-thérapeutique qui nous permettra d’avoir une idée plus précise sur la place de ce protocole thérapeutique dans la prise en charge de l’infection Covid-19. La prise en charge des formes graves, au niveau des unités de soins intensifs, a représenté en Algérie une parmi les difficultés majeures dans la lutte contre l’infection Covid. L’exemple dans la maitrise de cet aspect de l’infection reste l’Allemagne qui, grâce à ses capacité industrielles, ses standards de réanimation médicale particulièrement exigeants et des capacités adaptatives en termes de lits de réanimation, a enregistré le plus faible taux de mortalité dans le monde. En Algérie, cette épidémie a montré la nécessité de séparer, dans le cursus de formation universitaire, la réanimation médicale de la réanimation anesthésique (patients opérés pour des affections chirurgicales simples). Elle a également montré la nécessité de multiplier le nombre de services de réanimation médicale et d’en revoir les standards. Par ailleurs, les difficultés rencontrées sur le terrain lors de l’accueil des patients, notamment au début de l’épidémie, et dans le respect des standards de nettoyage au niveau des hôpitaux, en situation de grande affluence, devrait nous amener à se pencher de manière plus pointue sur la formation des agents d’accueil et de nettoyage. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de l’amélioration de la qualité d’accueil des patients et vise à apporter de la sérénité dans l’environnement des soins.


Professeur Mohamed El Amine Boudjella
Pour une Algérie engagée dans le développement et dans la promotion de la paix dans le monde

A suivre…

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