Quand la MAP s’essaye à l’art difficile du fact checking et échoue lamentablement

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Le correspondant de la MAP à Bruxelles vient de grimper d’un palier dans la novlangue propagandiste qui est consubstantielle à cette agence de presse. Désormais, il ne s’agit plus seulement de convertir les échecs essuyés dans la capitale européenne en glorioles bien pitoyables, mais bien plus de s’attaquer aux médias qui rapportent des informations véridiques sur la position de l’UE, vis-à-vis de la question du Sahara Occidental.
Un bref rappel des faits s’impose. L’agence de presse algérienne, APS, a publié, le 4 juillet 2020, une dépêche intitulée «L’UE ne reconnaît pas la marocanité du Sahara Occidental», en référence à une réponse écrite du Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, à une question d’un député européen sur l’indication de l’origine des produits alimentaires importés dans l’UE, en provenance du Sahara Occidental. La limpidité de cette réponse semble avoir énormément irrité le Makhzen au point que le Diafoirus de la MAP à Bruxelles a été instruit de pondre à la hâte une dépêche, mal ficelée et infestée de contrevérités, pour s’attaquer à l’APS, en lui imputant à tort la commission d’une prétendue «fake news».

Le syndrome des guillemets
Pour déconstruire cette dépêche absconse, rien de tel que de citer, dans le texte, la déclaration du Haut Représentant de l’Union européenne telle qu’elle a été retranscrite, le 3 juillet 2020, sur le site officiel du Parlement européen. Il est ainsi écrit noir sur blanc que «la position de l’UE concernant le Sahara Occidental est guidée par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et demeure que le Sahara Occidental est un territoire non autonome, dont le statut final sera déterminé par les résultats des processus dirigé par l’ONU, que l’UE soutient pleinement».
Vous avez bien lu : territoire non autonome dont le statut reste à déterminer. Cela ne souffre aucune ambigüité et veut bien dire que le Sahara Occidental n’est pas un territoire marocain. Toute personne, qui n’est pas frappée d’imbécilité chronique, le comprend ainsi. Sont exclus, bien entendu, ceux qui sont biberonnés à la fiction auto-suggestive du «Sahara marocain», thèse auto-entretenue par le Makhzen et ses relais médiatico-propagandistes dopés à la méthode Coué.
En réalité, les agenciers de la MAP répugnent à reprendre, de manière sincère et fidèle les communications officielles de l’UE et leurs dépêches stéréotypées manquent cruellement de guillemets pour des «journalistes» voulant s’adonner à un travail sérieux de fact checking.
Comble de malchance pour ces derniers, le même Haut Représentant de l’Union européenne, Josep Borrel, vient de faire publier, ce jour, une nouvelle réponse à une question écrite posée par l’eurodéputé allemand Guido Reil, qui ne laisse aucune marge aux interprétations délibérément tendancieuses de la part des représentants patentés de la puissance occupante du Sahara Occidental.
En effet, la toute récente déclaration du chef de la diplomatie européenne réaffirme, une nouvelle fois, que «la position de l’UE concernant le Sahara Occidental demeure que le Sahara Occidental est un territoire non autonome, dont le statut final sera déterminé par les résultats du processus en cours dirigé par l’ONU». «L’UE rappelle son soutien aux efforts du secrétaire général des Nations unies pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui garantira l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental dans le cadre d’arrangements conformes aux principes et aux objectifs de la Charte des Nations unies», a-t-il précisé. Une réponse, en termes identiques, avait été formulée par ce même responsable en date du 18 février 2020, sous la référence E-004218.
De même, cet agencier de la MAP, qui hante les couloirs du PE, ne peut pas ignorer la résolution du Parlement européen du 16 janvier 2019 accompagnant l’accord agricole UE-Maroc qui transcrit explicitement dans son point «P» la phrase suivante : «Considérant que l’Union européenne et ses Etats membres ne reconnaissent pas la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara Occidental.»
S’agissant des références tronquées et biaisées, au sujet de positions soi-disant favorables à la «marocanité» du Sahara Occidental, exprimées par le commissaire européen à l’Economie, Paolo Gentiloni, et à sa compatriote, l’ancienne Haute Représentante de l’UE, Federica Mogherini, il convient, une fois de plus, de convoquer les guillemets pour prendre cet agencier, incorrigiblement manipulateur, la main dans le sac.
Le commissaire Gentiloni a pris grand soin de souligner clairement dans sa réponse (référencée E-004342/2019), en date du 26 mars 2020, que les accords conclus entre l’UE et le Maroc le sont «sans préjudice des positions respectives des parties sur le statut du Sahara Occidental». Tandis que l’ancienne cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, a dédié sa dernière réponse parlementaire à une question sur le Sahara Occidental, le 29 novembre 2019 (référence E-002937/2019), en affirmant que «la position de l’UE consiste à soutenir les efforts du secrétaire général des Nations unies pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui garantira l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental dans le cadre d’arrangements conformes aux principes et objectifs de la Charte des Nations unies».

Une phobie de la jurisprudence européenne
Ce goût immodéré pour la désinformation et la manipulation chez les agenciers de la MAP s’accompagne systématiquement d’un florilège vaniteux et imaginaire de soi-disant «cautions» attribuées à tort à des responsables européens pour «réécrire» à la sauce makhzenienne les éléments de droit consacrés par la jurisprudence européenne. En fait, les seules cautions que la chancellerie marocaine à Bruxelles a pu débaucher se résument à un quarteron d’eurodéputés racistes et xénophobes qui émargent au Rassemblement national (ex-Front national) et qui font l’objet d’enquête de la part de l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) comme la très «intéressée » Frédérique Bilde qui est citée dans l’affaire des assistants fictifs du FN – elle doit rembourser la somme conséquente de 40 000 euros – et son sinistre et haineux acolyte, Nicolas Bay, qui glorifie la colonisation française à longueur de tweets, car l’indépendance de l’Algérie lui est restée au travers de la gorge.
Pris dans son élan de faussaire zélé, l’agencier de la MAP soutient crânement que «dans chaque affaire portée devant la Cour de justice de l’UE (CJUE), le recours du Polisario est rejeté systématiquement comme irrecevable» (sic). Bien entendu, il se garde bien d’expliquer que la CJUE considère dans ses arrêts que «le peuple du Sahara Occidental doit être regardé comme étant un tiers» (point 106 de l’arrêt C-104/16 P du 21 décembre 2016) et qu’en vertu du principe d’autodétermination, qui «fait partie des règles de droit international applicables dans les relations entre l’Union et le royaume du Maroc» (point 89 dudit arrêt), le Sahara Occidental dispose d’un «statut de territoire séparé et distinct» (point 92 dudit arrêt), le Front Polisario ne peut donc être regardé comme ayant la qualité pour agir en annulation d’un accord qui ne couvre pas son territoire. Voilà l’explication de l’irrecevabilité du Front Polisario, sur le plan purement formel, telle qu’explicitée par la CJUE. Cela n’a absolument rien à voir avec le fond.
De plus, dans ce même arrêt du 21 décembre 2016, la Commission européenne reconnaît que «l’inclusion du Sahara Occidental, sans le consentement du peuple sahraoui, dans les accords d’association de libéralisation UE-Maroc serait contraire au droit à l’autodétermination». Sachant que l’Exécutif de l’UE a déclaré ne pas contester «la qualité de représentant du peuple sahraoui dont jouit le Front Polisario et qui lui a été reconnue par l’Assemblée générale de l’ONU» (point 44 de l’arrêt T512/12 du 10 décembre 2015).
Ces positions de principe seront confortées par l’arrêt du 27 février 2018 (C-266/16) lequel affirme que «l’accord de pêche conclu entre l’UE et le Maroc est valide dès lors qu’il n’est pas applicable au Sahara Occidental et aux eaux adjacentes à celui-ci» (point 88). Avant de réitérer l’exigence du «consentement» du peuple sahraoui, préalablement à toute extension d’accord à ce «territoire distinct et séparé», indépendamment du caractère «bénéfique» dudit accord. Bien plus encore, la résolution du Parlement européen du 16 janvier 2019 accompagnant l’accord agricole UE-Maroc mentionne dans son point «P» : «Considérant que l’Union européenne et ses Etats membres ne reconnaissent pas la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara Occidental ; que les Nations unies et l’Union africaine reconnaissent le Front Polisario comme étant le représentant de la population du Sahara Occidental».
Enfin, dans une ordonnance du 15 novembre 2019, en lien avec le recours en annulation de l’accord agricole UE-Maroc (affaire T-279/19), le tribunal de l’UE rappelle notamment que le Sahara Occidental «est un territoire non autonome, disposant en droit international d’un statut séparé et distinct du royaume du Maroc» (point 10) ; et que «la notion de territoire du Maroc, applicable dans le cadre de l’accord d’association, doit être comprise comme renvoyant à l’espace géographique sur lequel le royaume du Maroc exerce la plénitude des compétences reconnues aux entités souveraines par le droit international, à l’exclusion de tout autre territoire, tel que celui du Sahara Occidental» (point 33).
Face à ces éclairages aveuglants sur la non-reconnaissance par l’UE de la marocanité du Sahara Occidental, comment alors expliquer l’égarement et le délire du correspondant de la MAP à Bruxelles autrement que par la grande frustration de Rabat qui vit très mal les avancées enregistrées par la cause sahraouie au sein des différentes sphères de l’Union européenne. Nul ne doute que ces avancées seront confirmées avec éclat en fin d’année lorsque la CJUE annulera les accords scélérats Maroc-UE – agriculture et pêche, obtenus au terme d’une véritable forfaiture – qui spolient le peuple du Sahara Occidental, en attentant à ses droits inaliénables et imprescriptibles et à sa souveraineté permanente sur ses ressources naturelles.
S. H.
(*) Politologue

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