« Á chacun son métier, le nôtre est l’assurance »

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Avec ses 3 300 collaborateurs dont la moitié intervient dans le cœur de métier, la SAA propose aux particuliers et aux entreprises des solutions assurantielles adaptées et compétitives. Grâce aux résultats encourageants enregistrés en matière de diversification, la SAA a amélioré la configuration de son portefeuille en réduisant, d’année en année, le poids relatif de la branche automobile, tout en maintenant une croissance de cette dernière, en dépit de la quasi-stagnation du parc assurable, due à l’arrêt des importations. En 2019, et malgré un contexte difficile, marqué par une période d’instabilité avant le retour à l’ordre institutionnel, la SAA a pu maintenir ces performances opérationnelles et a même consolidé sa position sur le marché. Tournée vers l’avenir, la SAA est prête à relever davantage de défis. C’est une entreprise citoyenne au service de l’économie nationale. « Á chacun son métier », affirme dans l’entretien qui suit son président-directeur général, Nacer Saïs.

El Djazaïr.com : Avant tout, Monsieur le PDG, peut-on avoir un aperçu général succinct sur l’activité d’assurance ?

Nacer Saïs : L’activité d’assurance est, par essence, une activité économique contribuant au développement socio-économique d’un pays par son rôle de protecteur des biens, des personnes et des situations financières, ainsi que par son rôle de contributeur au financement de l’économie. L’assurance est une industrie financière qui se consacre à la gestion du risque des agents économiques que sont les particuliers et les entreprises. Elle remplit deux principales fonctions : la couverture du risque proprement dite et la collecte et le recyclage de l’épargne ainsi dégagée au sein de l’économie. Généralement, la non-prise de risques est de nature à entraver l’innovation et à freiner l’activité. Les assureurs apportent la sécurité et la quiétude et proposent de couvrir ces risques en les intégrant dans une mutualité. Les agents économiques peuvent ainsi gérer les aléas en minimisant l’incertitude et en transférant le risque à l’assureur. En prenant à leur charge les conséquences financières des aléas, les assureurs, à travers l’indemnisation des sinistres, donnent un revenu de substitution et un pouvoir d’achat à leurs assurés, et leur garantissent ainsi une réelle indépendance. L’assurance facilite donc la prise de risques, indispensable à tout développement économique.

El Djazaïr.com : Quel regard portez-vous sur le marché national des assurances ? Le poids économique de l’assurance dans notre pays reste faible…

Nacer Saïs : Absolument. Comparé aux autres marchés, le marché national des assurances est en recul en termes de développement et de contribution à l’économie. Deux indicateurs mettent en évidence ce recul : le taux de pénétration, exprimant le total des primes d’assurance collectées annuellement, rapportées au produit intérieur brut ; et la densité d’assurance, représentant la dépense effectuée annuellement par les ménages, consacrée à l’achat d’assurance. Le premier indicateur, de l’ordre de 0,70% en Algérie, est nettement en deçà de la moyenne mondiale, qui tourne autour de 6%. Avec un montant de 30 dollars par tête, la densité d’assurance est également l’une des plus faibles au monde. La moyenne mondiale étant de 600 $/habitant. Ces indicateurs, relativement stables ces dix dernières années, sont en relation quasi directe avec les règles de fonctionnement des entreprises d’assurances, la façon de faire de ces mêmes sociétés, et surtout, le niveau de la demande d’assurance exprimée par les ménages et les entreprises. Le marché des assurances a connu, certes, une croissance à deux chiffres durant la période 2009-2013 notamment, à la faveur d’une conjoncture économique ultra favorable, caractérisée par des niveaux de croissance économiques élevés, conjoncture rendue possible par la flambée des prix du baril sur les marchés internationaux. En revanche, et depuis 2014, le marché a évolué à un rythme régressif en raison, entre autres, du ralentissement dans les investissements publics et d’une baisse des importations notamment des véhicules automobiles. De ce constat, nous pouvons aisément tirer la conclusion que la croissance du marché est intimement liée au niveau de demande d’assurance exprimée par les agents économiques, lequel varie en fonction de la situation économique. En d’autres termes, la croissance du marché a rarement été la résultante d’un travail en profondeur des acteurs, visant à susciter des demandes additionnelles de couverture notamment dans les segments non soumis à l’obligation d’assurance. Je disais tout à l’heure que les raisons du recul de notre marché étaient également à rechercher dans la façon de faire des compagnies d’assurances. En effet, force est de constater que la concurrence que se livrent les acteurs, fondée quasi exclusivement sur les prix, constitue un des facteurs expliquant la faiblesse du rendement du marché et de sa contribution marginale à la richesse nationale. Cette pratique, si elle ne venait pas à être endiguée, risque, à terme, d’affaiblir ces mêmes sociétés et d’altérer leur équilibre et leur solvabilité, ce qui n’est pas souhaitable. L’autre facteur à l’origine du recul du marché des assurances en Algérie tient, à notre sens, au rôle-pivot et protecteur de l’Etat, rendant difficile l’émergence d’une véritable culture et d’une industrie d’assurance. A titre d’illustration, la prise en charge budgétaire, de façon récurrente, des conséquences de certains évènements catastrophiques, tels que les tremblements de terre ou les inondations, en dépit de l’existence d’un régime d’assurance obligatoire, a fait que dix-sept années après la promulgation du dispositif d’assurance Cat-Nat, le taux de couverture en assurance du parc immobilier national est resté très faible, avec un taux n’excédant pas 10%. Ces insuffisances, qu’il conviendra de prendre sérieusement en charge dans le cadre des réformes à venir, ne doivent pas occulter les avancées certaines enregistrées par le marché, notamment en termes d’organisation et de règles de fonctionnement. Ces dernières ont connu une amélioration significative à travers les différentes réformes réalisées depuis 1995, que ce soit en termes d’ouverture, de la diversité des intervenants et des formes de distribution ; qu’en termes de supervision, de la solvabilité et de la gouvernance.

El Djazaïr.com : Quelle est la réforme que vous jugez prioritaire au regard de la situation du marché ?

Nacer Saïs : A notre avis, la réforme la plus urgente serait celle qui permettra l’amélioration de la supervision tant en termes d’organisation, que de règles prudentielles auxquelles sont soumises les organismes d’assurance. Parlant des règles prudentielles, il nous semble pertinent de réformer le dispositif actuel, qui se limite aux seuls éléments quantitatifs de fonds propres et de marge de solvabilité, pour aller vers un régime plus global. Autrement dit, un système qui détermine le niveau de fonds propres requis à partir des risques auxquels font face les sociétés d’assurances, liés notamment à la qualité de la gouvernance, à la nature du portefeuille d’affaires, au degré de fiabilité du système d’information, à la politique de réassurance et à la gestion financière. Comme nous considérons qu’il est temps de réformer le modèle actuel de supervision pour aller vers la création d’une agence indépendante de contrôle, à l’instar de ce qui existe dans bon nombre de pays.

El Djazaïr.com : Quels sont les obstacles majeurs à l’émergence d’un vrai secteur des assurances en Algérie ?

Nacer Saïs : Pour l’émergence d’un marché des assurances plus développé dans notre pays, et davantage contributif à la richesse nationale, l’apport de l’ensemble des acteurs impliqués est requis. D’abord les compagnies d’assurances par le retour à l’orthodoxie de la profession et au respect des principes la régissant : vendre au juste prix et respecter les engagements pris vis-à-vis des assurés, en payant les sinistres dans les délais et en favorisant l’innovation en termes de prestations (assistance sous toutes formes, ventes en ligne, facilités en matière de déclaration de sinistres, d’expertise, de réparation,…). Nous gagnerons par ailleurs, en tant que communauté des assureurs, à engager, sans tarder, une réflexion sur des sujets communs de nature à faire évoluer la pratique de l’assurance sur notre marché et de la hisser graduellement aux standards universels. La mise en œuvre de la convention IDA (indemnisation directe des assurés) me semble être un des chantiers majeurs. Cette mise en œuvre généralisée permettra à coup sûr une réduction substantielle des délais d’indemnisation des victimes des sinistres RC automobile, et par conséquent, une amélioration de l’image des assureurs auprès des consommateurs d’assurance. La question des barèmes d’indemnisation concernant les dommages corporels et son actualisation constitue également un sujet sur lequel devraient travailler les parties concernées et dont la prise en charge impacterait positivement la crédibilité de la profession.
L’Etat, à travers le nouveau paradigme économique qui se dessine, a un rôle prépondérant à jouer en vue de promouvoir la pénétration de l’assurance en Algérie. Le transfert graduel vers le marché de l’assurance, de tout ce qui peut relever de la sphère assurantielle, favoriserait l’extinction progressive du traitement budgétaire des conséquences dommageables d’évènements aléatoires et participerait à la création d’un cercle vertueux de financement de l’économie à travers le développement de l’assurance.
La récente décision des hautes autorités du pays de confier au secteur de l’assurance, la prise en charge de la couverture du personnel médical, en lien avec la pandémie Covid-19, et d’en subventionner la prime d’assurance, est très encourageante et de nature à ouvrir de nouvelles perspectives en faveur de la profession d’assurance.

El Djazaïr.com : Le marché de la réassurance, y compris les acceptations internationales, a enregistré une croissance de 11% en 2019 par rapport à 2018, selon le bilan annuel du Conseil national des assurances (CNA). Qu’est-ce qui a motivé cette augmentation ?

Nacer Saïs : Cette croissance appréciable du chiffre d’affaires réalisé par le réassureur national, la CCR, est le fruit d’un travail de plusieurs années, accompli par cette société en direction des marchés extérieurs. La CCR parvient aujourd’hui à vendre ses prestations à l’international en participant aux programmes de réassurance de sociétés étrangères, ce qui l’a aidée à augmenter sensiblement le chiffre d’affaires provenant de l’international. La CCR, à travers cette stratégie, vise à équilibrer, à terme, la rubrique de la balance des paiements relatives aux primes transférées à l’étranger dans le cadre de l’achat des protections nécessaires à la couverture de certains risques algériens, et aux rentrées de devises provenant de la participation à l’assurance des risques situés à l’étranger.

El Djazaïr.com : Le ministère des Finances a approuvé l’autorisation d’exercice sur le marché algérien des assurances pour plusieurs courtiers de réassurance et de sociétés d’assurance étrangers. Les compagnies nationales sont-elles prêtes pour la « concurrence»?

Nacer Saïs : L’idée de soumettre les cabinets de courtage internationaux à un agrément préalable à tout exercice sur le marché algérien est une mesure de protection des intérêts du marché. Cela permet à l’autorité de supervision de vérifier les garanties offertes par chaque courtier liées au professionnalisme, à la taille du cabinet, à son implantation internationale et aux services qu’il est en mesure d’apporter au marché local. S’agissant des sociétés à capitaux étrangers, celles-ci activent depuis de longues années, à la faveur de l’ouverture de notre marché décidée en 1995. Pour répondre à votre question, je dirai que le secteur public d’assurance reste, en dépit de cette ouverture, dominant avec une part dépassant les 70%.

El Djazaïr.com : Souvent, des compagnies d’assurance notamment privées accusent les compagnies du secteur public de concurrence « déloyale ». Qu’en pensez-vous ?

Nacer Saïs : Non, les choses ne se présentent pas comme ça. Nous intervenons sur un marché complètement ouvert à la concurrence. Chaque acteur tente d’augmenter sa part de marché d’année en année ou du moins préserver celle-ci quand le marché traverse des cycles bas. De par la nature de leur activité, les sociétés d’assurance sont normalement soumises à l’impératif d’allier entre la croissance de leur niveau d’activité et celui de préserver leur solvabilité et leur équilibre financier. De ce fait, les outils permettant de réaliser cette équation sont étroitement liés à la stratégie marketing, de distribution, de service après-vente et de risk management, avant qu’ils ne soient d’ordre tarifaire. Ce qui est constaté sur notre marché, c’est malheureusement cette propension des acteurs à favoriser l’option de la concurrence sur les tarifs. Les produits se vendent ainsi à des prix ne reflétant pas tout le temps le coût réel des prestations y découlant, avec tout ce que cela fait peser sur les sociétés comme risque potentiel de difficulté à faire face aux engagements souscrits. Le problème ne se pose donc pas en termes de clivage public/privé, mais plutôt en termes d’outils de la concurrence à revisiter, à la faveur d’une refonte des règles prudentielles et par une organisation adaptée de la supervision, comme souligné plut haut. Cela est bien sûr notre avis. Nous souhaitons que le prochain amendement de la loi prévu soit de nature à favoriser, à travers les nouvelles mesures qu’il apportera, un meilleur développement du marché et un retour à l’orthodoxie de la profession.

El Djazaïr.com : Quand on parle de la relation assureur-assuré, elle est en premier lieu commerciale et administrative. Les assurés se plaignent généralement d’une certaine bureaucratie mais aussi de la lenteur dans la prise en charge des sinistres. Que se fait-il au sein de la SAA afin d’éviter ce constat ?

Nacer Saïs : L’ensemble des actions initiées ces dernières années au niveau de notre entreprise convergent vers un seul objectif : fournir une prestation de qualité à nos clients. La modernisation de notre réseau de distribution par un relookage généralisé de nos agences, la formation dans les domaines commercial et de conseil à la clientèle de nos personnels, la consolidation de notre système d’information, sont autant d’actions dont le but est d’améliorer les conditions d’accueil des assurés et de la prise en charge de leurs besoins en amont et en aval de la souscription des contrats d’assurance. Les résultats satisfaisants enregistrés par notre compagnie, dans un contexte économique peu favorable, témoignent de la confiance que nous accordent les deux millions d’assurés que compte le portefeuille de la SAA, et traduisent la justesse des options choisies.

El Djazaïr.com : Pourquoi une nouvelle filiale spécialisée dans la sécurité et le gardiennage ?

Nacer Saïs : Á chacun son métier ; le nôtre est l’assurance. Du point de vue stratégique, la création d’une telle filiale est d’une grande importance pour l’avenir de la SAA, qui n’est pas à sa première initiative puisque deux filiales, une dédiée au nettoyage et l’autre à l’expertise, ont déjà été créées par le passé. Cette façon de faire poursuit plusieurs objectifs : celui de transférer les activités ne rentrant pas dans le périmètre métier de la société, à des entités spécialisées, de sorte à permettre à notre société de se recentrer davantage sur son cœur de métier et de développer les activités y relatives. Le deuxième souci est celui de transformer des centres de coûts en centres de profit, en accompagnant nos filiales vers une diversification de leurs sources de revenu, en développant des partenariats avec d’autres clients.

El Djazaïr.com : Quelle a été la vision qui a permis à la SAA d’être là où elle est aujourd’hui ?

Nacer Saïs : A partir de 2014, et après une situation d’embellie financière de plusieurs années, à la faveur d’un baril à plus de 100 dollars, notre économie est entrée dans une phase de régression avec un impact négatif sur le niveau d’investissements publics et des importations. La demande d’assurance ayant régulièrement suivi les mouvements de la croissance économique, le secteur des assurances a été de fait affecté par cette régression.
La SAA, comme l’ensemble des acteurs du marché, a profité de la période de croissance économique pour réaliser des performances remarquables en termes de niveau d’activité et de rentabilité. En venant à la SAA, j’ai trouvé une société, certes, en situation financière assez confortable, mais recélant, néanmoins, des éléments de fragilité avec une dépendance quasi totale à la seule branche automobile, un réseau peu préparé au jeu de la concurrence et des outils de gestion nécessitant rénovation. Notre démarche a consisté à mettre en place une stratégie retenant comme impératifs la diversification du portefeuille et la sortie graduelle de la dépendance à la branche automobile; vision intégrant comme cibles stratégiques une organisation tournée vers le marché et le client, une ressource humaine suffisamment qualifiée et motivée, et un système d’information efficient et moderne.
Cette transformation de la société vers davantage de commercialité a consisté concrètement dans l’accompagnement du réseau de vente et sa mise en situation de pouvoir jouer pleinement son rôle de vitrine commerciale. Elle a consisté aussi dans l’amélioration à la fois de la qualité des prestations par l’utilisation plus accrue des nouvelles technologies, et de la productivité du travail par une optimisation des effectifs et l’innovation en termes de produits d’assurance. Notre souhait est de pouvoir permettre, à terme, à la doyenne des sociétés d’assurance d’opérer une véritable mutation et de l’accompagner à asseoir les fondements d’une société moderne tournée vers l’avenir.

El Djazaïr.com : On vous laisse le soin de conclure…

Nacer Saïs : Mes vifs remerciements à votre magazine de m’avoir offert cette tribune pour parler non seulement de la SAA, mais aussi du secteur des assurances, de ses défis et surtout de ses perspectives, au vu des mutations socio-économiques que connait notre pays.
Y. M.

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