Lazhar Latreche, président directeur général de la BEA

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Dans le cadre de ses engagements, la Banque extérieure d’Algérie contribue activement au financement de l’économie nationale en accentuant ses concours aux différents segments de clientèle domiciliés à ses guichets et participe activement en syndication dans le financement des grands projets structurants (Sonatrach, logements, aéroport). « La présence des autres banques ne nous fait pas peur ; bien au contraire, leur présence est une stimulation supplémentaire qui ne peut que nous faire du bien, en se remettant constamment en cause, et en ne se focalisant que sur le client, pour reprendre l’adage bancaire « Connaitre son client », nous affirme son président directeur général dans l’entretien qui suit. Lazhar Latreche y croit dur comme fer : « Il faut toujours garder à l’esprit : qui dit client dit ressources et qui dit ressources dit emplois donc crédit, métier de base de la banque ».

El Djazaïr.com : Monsieur le P-DG, vous êtes à la tête de la BEA depuis décembre 2019.  Quel bilan en faites-vous, vous qui connaissez si bien la banque, ayant déjà occupé en son sein de nombreux postes de responsabilité.

Lazhar Latreche :  Vous savez et, je ne vous l’apprends pas, être à la tête d’une aussi grande banque que la Banque extérieure d’Algérie, n’est pas une chose aisée. Chaque jour qui passe apporte son lot de défis à relever, pour lequel je compte me consacrer, au même titre d’ailleurs que mes prédécesseurs. Je compte aussi sur l’appui indéfectible des employés de la banque, qui ont toujours répondu présents, dans les moments difficiles et ont déployé de grands efforts pour maintenir la banque là où elle est, à la première place en Algérie et, pour améliorer son rang au niveau africain et pourquoi pas mondial. Maintenant, le bilan à dresser présentement est le suivant : ayant fait toutes mes « classes » au sein de cette institution me permet de porter un regard aussi objectif que possible, la BEA est leader en Algérie par la taille de son bilan et de ses résultats et ce, depuis quelques exercices déjà. A ce titre, et malgré la baisse relevée au niveau du total bilan (3.262 millions de dinars contre 3.298 millions de dinars en 2018), ainsi que du résultat net (62.548 millions de dinars en 2019, contre 76.776 millions de dinars en 2018), la BEA demeure un acteur incontournable sur la place financière. Cette baisse trouve son explication dans la baisse drastique des revenus des hydrocarbures. Il faut toujours avoir à l’esprit que la BEA est la banque de la plus grande compagnie nationale « Sonatrach ». Par ailleurs, la contribution de la Banque en matière d’engagements est en constante évolution ; en témoigne le niveau des crédits consentis à la clientèle entre 2018 et 2019 (2.112.245 millions de dinars, en 2018 contre 2.188.024 millions de dinars en 2019), conforté par un renforcement des fonds propres de la banque, grâce à l’opération d’augmentation de son capital social, qui est passé de 150.000 millions de dinars, en 2018 à 230.000 millions de dinars en 2019. Sur le plan des engagements, la BEA contribue de façon significative aux financements des grands projets structurants qui relèvent de divers secteurs d’activités (énergie, habitat, industrie, services,…). Une bonne partie des opérations de commerce extérieur transite par les guichets de la BEA. Sans occulter le fait que la banque compte parmi ses clients l’un des plus importants, Sonatrach, dont l’apport en devises pour le pays n’est plus à démontrer.

El Djazaïr.com : Le capital de la BEA a été porté à près de 1,9 milliard de dollars.  Que peut-on comprendre par-là, Monsieur le P-DG ?

Lazhar Latreche : Le capital social de la BEA est passé de 150 milliards de dinars à 230 milliards de dinars, soit une hausse de 53%.  Cette opération a été rendue possible grâce au cumul d’importants résultats réalisés durant les exercices précédents, qui ont permis de constituer des réserves assez conséquentes. Il faut comprendre par-là que la banque a considérablement augmenté ses engagements envers sa clientèle, en lui octroyant des crédits sous diverses formes (Investissement, exploitation …).

El Djazaïr.com : Comme bon nombre d’institutions, entreprises et autres organismes financiers, la BEA a eu à gérer ces derniers mois une crise sanitaire sans précédent.  Comment avez-vous vécu cette période au sein de votre banque ?

Lazhar Latreche : A l’instar des autres banques de la place, qu’elles soient publiques ou privées, des autres établissements financiers relevant du secteur des assurances, et/ou des autres entreprises de production ou commerciales, la BEA s’est inscrite en droite ligne avec les instructions des pouvoirs publics, afin de gérer au mieux la crise sanitaire et ses effets. Les instructions émanant du Premier ministère ont été appliquées à la lettre, concernant la mise au vert de 50% des employés de la banque, accordant la priorité aux femmes enceintes, au personnel souffrant de maladies chroniques…. Le recours au télétravail a aussi permis aux services de la banque de poursuivre efficacement leurs activités, particulièrement dans la région de Blida, où s’était déclarée l’épidémie du coronavirus.

El Djazaïr.com : Et comment est perçue la situation financière du pays ?

Lazhar Latreche : La crise financière que traverse actuellement le pays n’a pas débuté en 2019 ou en 2020, mais bien avant. Elle a commencé en 2014, période durant laquelle les prix du baril de pétrole avaient connu les premières prémices de la tendance baissière, pour atteindre les niveaux que nous leur connaissons aujourd’hui, sur les marchés mondiaux. Vous le savez autant que moi et l’ensemble du peuple algérien, l’économie nationale dépend exclusivement des recettes que nous tirons des hydrocarbures, le gaz y compris. Il est impératif pour ne pas dire vital de diversifier nos recettes en devises, au regard du niveau actuel de nos réserves de change et de privilégier la valeur « travail ». La crise financière, conjuguée à la pandémie de Covid-9, nous rappelle et nous interpelle, à juste titre, sur la fragilité de notre économie. Il faut réagir maintenant pour adopter d’autres réflexes, en axant tous nos efforts sur le client, qui doit demeurer au cœur de nos préoccupations. Cette crise n’est-elle pas un mal pour un bien ? Seul l’avenir nous le dira. A nous de réagir.

El Djazaïr.com : Que fait la BEA pour être toujours à l’écoute de sa clientèle, sachant que le réseau bancaire compte une vingtaine d’autres établissements ?

Lazhar Latreche : Cette question est d’une extrême importance. Je m’explique. Tel que précédemment évoqué, le client dont les besoins ne font qu’augmenter, particulièrement en matière de paiement électroniques, est devenu très exigeant. A ce sujet, la BEA compte lancer très prochainement le e-mobile. Il faut rester à l’écoute de ses moindres frétillements, de ses moindres désirs, dans le seul but de collecter sa ressource. Notre devise est « le client est au centre de nos préoccupations ». Le paysage bancaire national a vu l’émergence de nouvelles banques privées, qu’elles soient à capitaux algériens ou étrangers. Si cette ouverture a eu des effets positifs sur les banques publiques, en revanche, elle a eu des répercussions négatives (cas d’El Khalifa Bank, de la BCIA, etc.). Néanmoins, et comme vous l’avez si bien mentionné, la présence des autres banques ne nous fait pas peur ; bien au contraire, leur présence est une stimulation supplémentaire qui ne peut que nous faire du bien, en se remettant constamment en cause, et de ne se focaliser que sur le client, pour reprendre l’adage bancaire « connaitre son client ». Il faut toujours garder à l’esprit : qui dit client dit ressources qui ressources dit emplois donc crédit, métier de base de la banque.

El Djazaïr.com : Peut-on s’attendre à l’ouverture de nouvelles agences (au niveau national et à l’étranger) ?

Lazhar Latreche : Bien que la BEA soit la seule banque publique qui possède un réseau d’agences uniquement au niveau des grandes villes, si l’on devait tenir compte de son activité traditionnelle (financement des hydrocarbures, de la sidérurgie, du maritime), aujourd’hui, il faut impérativement marquer notre présence dans les régions là où nous sommes absents. C’est l’un des axes majeurs sur lequel repose la stratégie commerciale de la BEA. Pour ce qui est de notre présence à l’étranger, et vous le savez, la BEA compte s’implanter en Europe, plus particulièrement en France. Nous comptons ouvrir dans un proche avenir une succursale à Paris, le dossier étant déjà à un stade avancé. Nous ne manquerons pas d’informer en temps opportun l’opinion nationale et surtout la communauté algérienne installée en France et en Europe, de la date d’ouverture, après avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires à l’exercice de l’activité bancaire en Europe. Il va sans dire que la communauté algérienne installée en Europe constitue un véritable vivier, en matière de ressources. Rendez-vous est donc pris dans un très proche avenir, pour lui assurer les meilleurs services et mettre à sa disposition les produits qui répondront à son attente, pourquoi pas le financement islamique…

El Djazaïr.com : Qu’en est-il de la communication au sein de la BEA ?

Lazhar Latreche :  La communication est un outil très important dans la vie d’une entreprise, quelle que soit la nature de son activité. L’activité bancaire étant une activité très spécifique, la communication doit jouer un rôle important dans la vulgarisation des produits bancaires et des services que nous offrons à notre clientèle. Au sein de la banque, la communication occupe une place privilégiée dans notre organisation. Elle constitue notre force de frappe qui vient vulgariser et expliquer aux clients nationaux les services que la BEA se propose de leur offrir et les produits que nous mettons à leur disposition. Qui dit communication dit aussi marketing auquel il faut donner la dimension qu’il lui sied, pour mener à bien, cette noble mission, qu’est la banque.

 F. H.

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